Les députés de LREM sont-ils les "community managers" de la nation ?

L'arrivée massive de députés LREM va apporter de nombreux changements, notamment en raison de nombreux profils issus de l'économie et de la culture du numérique. Par Arno Pons, directeur général de 5emeGauche-Herezie Group, délégué général de la fondation « Digital New Deal », enseignant à SciencesPo.

3 mn

Arno Pons.
Arno Pons. (Crédits : DR)

Une révolution est belle et bien en marche, et il ne s'agit pas uniquement de la révolution politique d'Emmanuel Macron, mais aussi celle plus profonde de la révolution numérique. Les deux semblent intimement liées, le succès de l'étiquette République En Marche aux législatives est autant une conséquence du « dégagisme » ambiant lié à une classe politique vieillissante et déconnectée, qu'à une soif de participation, vague de fond liée à la « digitalisation des esprits ».

Les députés de la République En Marche sont les premiers élus d'une nouvelle ère, celle de la génération post-internet et post-bipartisme.

Une identité d'entrepreneurs politiques

Et si cette génération Macron devrait être fidèle à leur leader, elle devrait a priori aussi l'être à leur identité d'entrepreneurs politiques. Leur autonomie vis-à-vis du parti va nécessairement offrir une liberté de ton qui devrait donner naissance à une forme inédite d'animation au sein du groupe REM.

Cette nouvelle majorité aura sans doute à cœur de lutter contre la désintermédiation qui guette en politique en redevenant cet intermédiaire représentatif indispensable à notre vie politique.

Ces députés d'un nouveau type, issus pour l'essentiel de la société civile, vont dessiner un mode représentatif plus en phase avec les nouvelles attentes. Leur légitimité en tant qu'acteurs de la vie économique et l'énergie de leur jeunesse sont autant de promesses de réussite de la transformation sociale.

"L'assemblée sociale"

L'Assemblée nationale couleur En Marche pourrait être ainsi l'occasion de repenser totalement le rôle du Palais Bourbon en devenant « l'assemblée sociale » qu'appelait Pierre Mendes-France de ses vœux dans « La République moderne » en 1962.

Sociale tout d'abord au sens politique du terme. En devenant à la fois la chambre de représentation citoyenne et celle des forces vives de notre pays, l'Assemblée nationale peut devenir la « chambre des négociations collectives » en s'appuyant, via ses nouveaux députés, sur un monde professionnel connecté au réseau de citoyens actifs (que devrait être le parti En Marche) et faire enfin aboutir l'idéal de social-démocratie tant attendu dans notre pays.

Si elle veut éviter que la rue soit le seul lieu d'expression du peuple, la nouvelle majorité a intérêt à réussir ce que le Conseil économique, social et environnemental (CESE) n'est jamais parvenu à faire en devenant le lieu d'expression d'une démocratie sociale et continue.

"Social Media"

Sociale ensuite au sens digital du terme, c'est-à-dire « Social Media ».

Les députés devront en plus de ces nombreuses missions législatives qui sont les leurs, ajouter une nouvelle casquette en devenant les administrateurs de leurs communautés locales, les « community manager » d'un réseau social physique : la nation.

A l'instar des community manager sur internet qui animent et fédèrent des communautés présentes sur les réseaux sociaux comme Facebook, ces « community organizer » de l'ère digital auront la responsabilité de relayer l'action du gouvernement sur le terrain, modérer les réactions, et remonter les commentaires en qualifiant politiquement l'humeur des citoyens (leurs « like»).

Ce rôle de community manager, situé à l'articulation entre « syndicaliste de la société civile » et représentant politique local, serait un formidable moyen de faire émerger des leaders d'un nouveau genre.

Ce serait aussi l'opportunité de donner un rôle inédit au parti En Marche, en devenant une forme hybride entre un parti classique et un mouvement « ouvert » à la prise de décision et « connecté » aux communautés. Une sorte de politique « Open Source » ouverte à la participation de chacun. Bref continuer à disrupter les partis politiques et à ringardiser la politique pré-internet...

3 mn

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Commentaires 18
à écrit le 28/06/2017 à 15:00
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Pour l'instant la présence du parti En Marche et de leurs relais locaux est assez classique. Ils ne sont pas plus digitaux que les LR ou PS à mes yeux. Il y a une vraie stratégie de fond qui dépasse la communication à mettre en place. Ce Mr Pons pr...

à écrit le 28/06/2017 à 12:46
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Cette analyse est très intéressante, mais je ne suis pas sûr que celà doit se cantonner aux députés LREM. La France Insoumise n'est pas mal placée pour le faire, et pour le PS ce serait l'occasion pour eux également de se renouveler.

à écrit le 27/06/2017 à 23:51
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Si je comprends bien, les représentants "d'en marche" parce que connectés, seraient plus influant et plus en phase avec le monde digitalisé d'aujourd'hui. Au final, si je ne le suis pas, je risque d'être inaudible pour le gang des geeks "d'en Mar...

à écrit le 27/06/2017 à 23:04
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"continuer à disrupter les partis politiques et à ringardiser la politique pré-internet..." pas certain que Ferrand soit la bonne personne pour incarner la disruption

à écrit le 27/06/2017 à 22:16
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Je ne sais pas ce que c'est un parti open source, mais on sent bien qu'En Marche incarne quelque chose de nouveau. Il faut effectivement ouvrir le débat parlementaire aux citoyens internautes.

à écrit le 27/06/2017 à 21:37
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c'est effectivement une chance unique de renouveler la façon de faire de la politique. Que ce soit avec change.org ou autres moyens, il faut que les députés s’adaptent aux réseaux sociaux et aux attentes des français.

à écrit le 27/06/2017 à 21:34
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En Marche est une start-up, les députés sont des community managers... sauf que la France ce n'est pas la silicon valley. Mais bon aujourd'hui avec Macron il semblerait que le rêve ne soit plus si américain que ça. Alors why not.

à écrit le 27/06/2017 à 17:16
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"Ces députés d'un nouveau type, issus pour l'essentiel de la société civile" Aisée.

à écrit le 27/06/2017 à 16:09
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C'est tellement moderne REM que le "CDI de projet" qu'ils veulent mettre dans la loi travail a été mis en place dès 2003 en Italie sous Berlusconi (loi Biagi ) avec le nom "travail sur projet" ou "contrat de collaboration professionnelle " (co.co.pro...

à écrit le 27/06/2017 à 15:30
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En Marche devenant une ne sorte de parti politique « Open Source », voilà une beau programme qui va continuer de moderniser la vie politique.

à écrit le 27/06/2017 à 14:55
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Vous avez demandé à vos élèves de venir commenter ou quoi !? C'est ça le niveau actuel à sciences po ? Vraiment très inquiétant.

à écrit le 27/06/2017 à 13:57
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Références à Pierre Mendes France pour l'Assemblée sociale et à Saul Alinski pour community organizer... c'est vraiment du SciencesPo dans le texte, mais c'est aussi assez original comme angle.

à écrit le 27/06/2017 à 13:40
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"le succès de l'étiquette République En Marche aux législatives est autant une conséquence du « dégagisme » ambiant lié à une classe politique vieillissante et déconnectée" Succès avec plus de 51% d'abstention ? Succès alors que Macron au premier...

le 27/06/2017 à 15:27
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Les gens ne votent pas forcément par conviction, vous avez raison, je vous rejoins totalement. Mais je pense que les gens commentent avec conviction comme vous le faites ici sur mon article. Vous écouter, vous répondre et analyser votre commentai...

le 27/06/2017 à 16:01
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"Mais je pense que les gens commentent avec conviction comme vous le faites ici sur mon article. " Pas de bol je n'ai pas de conviction car comme le dit Nietzsche "les convictions sont pires que des prisons" donc votre accusation déguisée de subj...

le 27/06/2017 à 18:00
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L'abstention est a 57 %, je crois..... du point de vue adhésion on fait mieux..

à écrit le 27/06/2017 à 13:38
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"les community manager d'un réseau social physique : la nation", j'aime beaucoup!

à écrit le 27/06/2017 à 13:29
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Très bonne analyse, les députés ont une belle opportunité devant eux de renouveler le genre.

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