« Mayotte à genoux : l'urgence d'une réparation sociale profonde » (Marcel Rinaldy)
Marcel Rinaldy

Photo d'illustration
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Depuis des années, Mayotte suffoque. Entre crises politiques, sociales, économiques et humanitaires, la population mahoraise subit, résiste, loin des yeux et loin du cœur de la France hexagonale. Et voilà que le pire est survenu. Un cyclone dévastateur. Chido est le drame de trop. Une catastrophe qui arrache le voile de l'indifférence. Il est enfin l'heure que toute la France regarde Mayotte avec les yeux de la vérité.
Il aura fallu cette tragédie pour que l'on se souvienne de Mayotte. Aujourd'hui, la solidarité s'organise et les premiers secours arrivent. Avec une émotion intense et sincère, la solidarité va pallier aux besoins humanitaires les plus urgents. Mais dès demain, il faut répondre à l'urgence absolue de reconstruire ce territoire sur des bases solides. Il faut agir tout de suite.
La réalité est brutale : Mayotte, territoire le plus pauvre de France, se débat dans une précarité insoutenable. Avant même ce cyclone, 77 % de sa population recensée vivait sous le seuil de pauvreté, avec un chômage à 34 % et un niveau de vie sept fois inférieur à la moyenne nationale. À cela s'ajoute une immigration clandestine massive, amplifiant une misère déjà insupportable. On estime à plus de 150 000 le nombre de personnes vivant hors des radars administratifs, souvent dans des conditions indignes, qui plongent les plus jeunes dans une spirale de délinquance de survie quasi inéluctable.
Ce chaos appelle des réponses immédiates et courageuses. Oui, il faut aborder la question migratoire, mais cela doit se faire avec transparence, réalisme et surtout : humanité. Oui, il faut faire face à l'insécurité qui gangrène la vie quotidienne, mais ces mesures, bien qu'indispensables, ne suffiront pas à elles seules. Nous prônons la création d'une coopération régionale sincère et efficace avec les pays voisins. L'urgence est systémique : l'accès à l'eau, l'état du système de santé, les infrastructures éducatives, et la création d'emplois nécessitent une attention prioritaire. Mayotte souffre d'un effondrement structurel qui exige un plan de reconstruction immédiat.
Je parle au nom des acteurs économiques de Mayotte. Nous avons depuis des années alerté les autorités, proposé des solutions et travaillé avec les élus locaux pour élaborer des initiatives concrètes. Mais nos voix se heurtent trop souvent au silence, aux lenteurs administratives et à l'inaction ministérielle dues aux valses entêtantes dune pléiade de nouveaux gouvernements. Combien de promesses non tenues, de visites annoncées puis reportées ? Combien de ministres ont promis de prendre la mesure de la situation, sans jamais franchir le paillasson du seuil de nos réalités.
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Pendant ce temps, la situation se détériore, et les solutions que nous avons proposées sont restées lettre morte. Nous ne pouvons plus accepter cette indifférence qui condamne Mayotte. Il est impératif que ces promesses trouvent une concrétisation immédiate, que des actions claires et ambitieuses soient mises en œuvre. Plus question de détourner les yeux face à la crise profonde qui n'a que trop durée.
Loin des projecteurs, les Mahorais ont toujours montré une résilience exemplaire. Mais leur capacité à tenir bon a des limites qui viennent d'être soufflées. Nous, entrepreneurs, citoyens, élus locaux, sommes prêts à reconstruire. Prêts à réparer.
Il est temps de mettre de côté les egos en surpoids, les rivalités politiques et les discours creux. Mayotte appelle à une mobilisation nationale immédiate. Nous réclamons la création d'une task force pour pouvoir combiner les compétences de tous les acteurs et en majorité, celles des Mahorais.
Mayotte, terre française, doit aussi redevenir une terre d'espoir et d'avenir. Il est temps, enfin, de lui donner les moyens de se relever. Ce n'est pas seulement un devoir moral : c'est une responsabilité républicaine. Alors agissons. Maintenant. Et remettons Mayotte debout.
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(*) Marcel Rinaldy est un chef d'entreprise, à la tête du groupement d'intérêt économique 3M regroupant plusieurs sociétés qui emploient plus de 150 salariés à Mayotte. Basé tout d'abord à La Réunion depuis 2002, Il crée sa première structure en 2009. Quatre ans plus tard, il s'envole pour Mayotte, où il prend la Présidence du GIE. Marcel Rinaldy s'implique dans les milieux professionnels et associatifs : l'UMIH 976, Medef, CCI Mayotte pour laquelle il assure la fonction de président du service Développement économique. Marqué par l'insécurité grandissante et les conditions sociales alarmantes du département, il crée, fin août 2020, le Collectif du Monde Économique de Mayotte (CMEM) avec d'autres chefs d'entreprise pour porter la voix des acteurs économiques dans la lutte à engager contre l'insécurité sur le territoire ultra-marin.
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