Minéraux industriels : n’oublions pas ces gisements d’intérêt national !

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Du silex au smartphone, les minéraux ont toujours eu une place capitale dans le quotidien des hommes.
Du silex au smartphone, les minéraux ont toujours eu une place capitale dans le quotidien des hommes. (Crédits : Unsplash)
OPINION. Alors que les décideurs cherchent des solutions pour réindustrialiser la France, il ne faudrait pas oublier de préserver l’existant et notamment les minéraux industriels, ces gisements d’intérêt national et régional peu connus qui représentent pourtant un formidable atout pour notre pays. Par Franck Evanno, président de la filière Minéraux Industriels France et directeur de l’entreprise Fulchiron.

Rien de plus abstrait pour les Français que les « minéraux industriels ». Le « caillou » évoque spontanément dans les esprits les outils des premiers hommes et leur étonnante habileté à donner au silex les formes les plus développées... De manière moins évidente, il fera penser au smartphone que nous tenons dans nos mains. Et pourtant ! Qui sait, par exemple, que celui-ci contient jusqu'à 60 % de minéraux dans sa coque (carbonates, sables siliceux, argiles) sa batterie (carbonates de calcium, sables extra siliceux, argiles) son acier renforcé (sables extra siliceux, andalousite et chaux) et son verre (sable siliceux).

Du silex ouvragé à la tablette tactile, il y a des centaines de milliers d'années d'évolution, au travers desquelles on mesure l'importance de ces gisements d'intérêt national... Car la France disposant d'un patrimoine géologique exceptionnel sur son sol, ainsi qu'un savoir-faire mondialement reconnu, la filière des minéraux industriels est un acteur de premier plan pour l'avenir de notre pays, dont tirer le meilleur profit permet de rester aux avant-postes industriels et technologiques.

Une dynamique industrielle incontournable

 Aujourd'hui, la filière des minéraux industriels représente une vingtaine d'entreprises, soit plus de 3 000 emplois directs et plus d'un million d'emplois indirects... car elle rend possible un grand nombre d'industries, dont certaines produisent des biens essentiels. En effet, lors de la période de confinement, PME et grands groupes ont continué d'extraire et de transformer les minéraux pour pouvoir approvisionner aussi bien l'industrie pharmaceutique, que les entreprises agroalimentaires en passant par celles du  traitement de l'eau. Sans cette production, certaines activités vitales auraient dû s'interrompre, faute de matière première.

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Au travers de cette période difficile, les Français ont compris qu'il pouvait être imprudent de produire à l'autre bout du monde des biens dont on pouvait avoir un besoin urgent quand les frontières sont fermées. Heureusement, grâce aux 80 usines présentes sur le territoire, notre pays exporte davantage de minéraux industriels qu'il n'en n'importe, ce qui fait de notre filière une des rares à représenter un solde excédentaire sur la balance du commerce extérieur.

Une chance pour nos territoires

Nos 200 carrières localisées sur l'ensemble du territoire français représentent un atout territorial d'une valeur inestimable : c'est l'opportunité d'emplois directs et indirects dans toutes les régions concernées. Du manœuvre à l'ingénieur R&D, la diversité des métiers proposés garantit la mixité sociale.

L'implantation d'une carrière permet d'entretenir l'environnement et la biodiversité en ménageant une présence respectueuse de l'activité humaine au sein de sites naturels, et en proposant des milieux neufs, ouverts à de nouvelles combinaisons d'espèces, de nouveaux processus, voire de nouvelles fonctions.

Cet ensemble vertueux permet d'assurer le développement économique de zones parfois défavorisées. Ajoutons que l'implantation géologique de ces carrières rend l'activité quasiment impossible à délocaliser. Certains sites sont même uniques en Europe, comme la carrière d'andalousite de Glomel exploitée par la société Imerys en Bretagne.

Une filière d'excellence sous pression

Et pourtant on aurait tort d'y voir une rente de situation. En effet, les normes d'hygiène et de sécurité exigeantes, la réglementation tatillonne, l'impératif d'innovation, la nécessité de la formation professionnelle, le soin obsessionnel de l'environnement, contribuent à créer une filière d'excellence, tout en soumettant nos entreprises à des obligations auxquelles échappe la concurrence internationale. Et nous ne parlons même pas des charges qui écrasent la vitalité de nos entreprises. Tout ceci a, hélas, pour conséquence de nuire à notre compétitivité. Aujourd'hui, des industriels du carrelage et de la céramique sanitaire ont quitté la France pour se rapprocher des importations turques de feldspath où il est moins cher de produire (l'Espagne, l'Italie).

Pour réindustrialiser de manière efficace la France, il serait bien que les décideurs prennent conscience des problématiques auxquelles sont actuellement confrontées les industries qui sont ancrées sur le territoire. Car, n'en doutons pas, ce pays abonde de gisements d'intérêt national et régional, et les minéraux industriels en sont un bel exemple.

« En France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées », disait-on jadis. En France, on a des minéraux industriels et le savoir-faire pour les exploiter, peut-on affirmer aujourd'hui. Faisons tout pour continuer d'utiliser au mieux cette opportunité.

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