Notre soumission volontaire aux GAFA

Les GAFA et consorts sont devenus si puissants à travers le globe, elles sont désormais si présentes voire indispensables à nos existences, qu'elles rivalisent avec les États. L'Union européenne, et mêmes les États-Unis de Trump, ne s'y sont pas trompés et nous assistons, médusés, aux premières salves de cette bataille des titans que le livrent sous nos yeux pouvoirs publics et corporations mastodontiques. Par Michel Santi, économiste*

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(Crédits : DR)

Dans les Évangiles selon les GAFA, la frontière nationale devient une relique barbare. Elle doit s'effacer, elle doit disparaître afin de permettre à ces entreprises transnationales de réellement prendre leur envol et d'asseoir leur domination sur des États réduits au rôle de simples administrateurs. La globalisation selon ces hyper corporations ne peut se concrétiser que sur le cadavre des États empilés l'un sur l'autre, l'un à côté de l'autre : prix à payer pour assurer la toute-puissance intrusive des GAFA. Bien plus riches que bien des États - même occidentaux -, les Apple et consorts doivent en effet écraser ce concept - encore résilient chez nombre de nos concitoyens - de frontière afin de mieux pouvoir leur subtiliser leurs informations personnelles, avant de se les échanger, de se les monnayer. Réduits au simple rang de matière première, notre vie, notre parcours, notre famille, nos amis, notre correspondance et nos moments intimes sont donc patiemment amassés par ces sociétés. Pire encore puisque nombre d'entre nous les leurs offrons gracieusement et en quantités industrielles.

N'est-il pas aberrant que Facebook ou Google en sachent bien plus sur nous aujourd'hui que l'État et que le pays dans lequel nous vivons ? Tandis que nos nations démocratiques sont strictement règlementées et encadrées, les entreprises technologiques capitalisent sur un savoir nous concernant qui ferait rougir d'envie tout dictateur. Il n'est donc pas si loin, le jour où un usager, ou un groupement d'individus, prendront le parti d'Apple ou d'Amazon contre leur propre État. Car la capacité de persuasion - et de chantage aussi ! - de ces GAFA est d'ores et déjà massive auprès de nombre d'individus que leur accordent bien plus de confiance qu'en leurs pouvoirs publics.

La bataille des cœurs et des esprits semble ainsi basculer en faveur des GAFA du fait de la soumission quasi absolue de sociétés et de personnes qui leur tendent systématiquement l'autre joue. Notre allégeance à la technologie est sur le point de supplanter celle au pays nous ayant vus naître et dont nous sommes issus. L'identité nationale est, pour sa part, en train de rendre l'âme au profit de la marque de l'entreprise. Un jour pas si lointain, la Coupe du Monde de football verra s'opposer - non la France au Brésil - mais Facebook contre Google.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants», préface de Philippe Bilger.

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Commentaires 3
à écrit le 06/04/2018 à 15:48
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Un nouvel ordre par » la technologie » et d’autres paramètres... Dommage que les «  hommes » n’ont toujours rien compris de l’évolution et n’ont toujours pas appris : «  des leçons du passé «  pour construire «  un avenir « apaisant » pour tous les h...

à écrit le 03/04/2018 à 13:39
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"N'est-il pas aberrant que Facebook ou Google en sachent bien plus sur nous aujourd'hui que l'État et que le pays dans lequel nous vivons ?" N'est il pas aberrant que BAYER nous empoisonne depuis des décennies sans qu'aucun politicien ne mette un...

à écrit le 03/04/2018 à 11:50
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C'est marrant, quand je vois "soumission volontaire" j'entends "consentement passif". Et ce consentement est en grande partie construit par nos chers médias dont LaTribune fait partie. C'est-à-dire que leur complaisance avec nos politiques fait que n...

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