OPINION. « Entre la France et l'Allemagne, un principe de réalité... »
Guy Maugis

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Comment sauver le couple franco-allemand ? La question semble légitime, tant les deux nations traversent une période difficile : l'Allemagne est confrontée à une crise économique et à des élections législatives à risques, tandis que la France subit une crise politique et budgétaire aggravée par l'explosion de sa dette publique. Pilier historique de la construction européenne, ce duo peine aujourd'hui à mobiliser les 27 États membres, alors même que l'Union européenne doit se préparer à affronter les pressions de la nouvelle administration américaine. Droits de douane, régulation de l'intelligence artificielle et des réseaux sociaux, fiscalité, dépenses militaires des États membres : autant de dossiers cruciaux qui nécessitent un front européen uni. Or, l'attention de chacun des deux partenaires est monopolisée par ses propres difficultés nationales, ce qui ne peut qu'affaiblir leur relation. Inévitablement, la vie de couple s'en ressent.
La célébration du 62ᵉ anniversaire du Traité de l'Élysée, le 22 janvier dernier, en est une illustration frappante : un simple déjeuner entre Emmanuel Macron et Olaf Scholz, passé presque inaperçu, témoigne du manque d'élan actuel dans cette relation essentielle. Pourtant, il est impératif que cette alliance se ressaisisse, non seulement pour le bien des deux pays, mais aussi pour l'avenir de l'Europe dans un contexte mondial de plus en plus incertain
En réalité, il n'est nul besoin de « sauver » le couple franco-allemand, tout simplement parce qu'une séparation est inconcevable. Entre la France et l'Allemagne, un principe de réalité s'impose : les deux nations sont indissociablement liées sur le plan économique. L'Allemagne est le premier client de la France, ainsi que son premier investisseur européen. Les entreprises allemandes emploient plus de 346 000 salariés en France (1) et sont le deuxième employeur étranger après les entreprises américaines. Les liens entre leurs industries manufacturières sont particulièrement étroits : Airbus, l'association entre Air Liquide et Siemens dans le domaine de l'hydrogène vert, ou encore le succès d'Alstom dans de nombreux projets de mobilité dans les villes allemandes en sont autant d'illustrations. De grands projets de coopération industrielle sont par ailleurs bien vivants, qu'il s'agisse du Système de combat aérien futur (SCAF) ou du char MGCS. Bien que complexes, ces dossiers nourrissent des liens profonds entre les écosystèmes industriels et de recherche des deux pays.
L'Europe se trouve à la croisée des chemins et doit faire un choix décisif en faveur d'une solidarité renforcée plutôt que du chacun pour soi. Face au souverainisme américain et aux offensives commerciales chinoises, elle doit impérativement consolider ses défenses, reprendre l'initiative dans les technologies d'avenir et mobiliser des investissements massifs dans la recherche et le développement. Cet effort est inenvisageable sans l'engagement total de la France et de l'Allemagne, qui demeurent les deux principales puissances économiques, industrielles et scientifiques du continent.
Ce partenariat ambitieux constitue un véritable « projet de vie » pour nos deux nations. Il est suffisamment porteur de sens pour que nous puissions en tirer satisfaction, même si certaines batailles paraissent presque perdues d'avance, comme celle de l'enseignement de l'allemand en France. En effet, le nombre de germanistes dans l'enseignement secondaire a chuté, passant d'environ 300 000 en 2010 à seulement 132 000 en 2023.
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Cependant, il existe des raisons d'espérer. L'enquête réalisée en décembre 2024 par l'Ambassade de la République fédérale d'Allemagne en France, en partenariat avec le CSA, apporte un éclairage encourageant : « l'envie d'Allemagne » est nettement plus prononcée chez les jeunes Français âgés de 18 à 24 ans que chez leurs aînés. Ainsi, 46 % d'entre eux aimeraient aller étudier en Allemagne, 43 % souhaiteraient y travailler, et 76 % aspirent à découvrir la culture allemande.
Peut-être ces chiffres annoncent-ils une nouvelle lune de miel entre la France et l'Allemagne, tournée résolument vers la jeunesse et l'avenir. Ce renouveau pourrait marquer le début d'une collaboration encore plus étroite, portée par l'élan des nouvelles générations et leur soif de bâtir un futur commun.
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(1) Insee, novembre 2023.
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(*) Guy Maugis est président de la Chambre Franco-Allemande de Commerce et d'Industrie. Président de Robert Bosch France de 2004 à 2016, puis conseiller du directoire du groupe Bosch de 2016 à 2019, Guy Maugis a travaillé plusieurs années au ministère de l'Equipement. Il a ensuite poursuivi sa carrière chez Pechiney où il a notamment dirigé l'usine de laminage de Rhenalu Neuf- Brisach, puis au sein du groupe américain PPG dont il a présidé la branche verre Europe. Après le rachat de PPG Glass Europe par ASAHI Glass, Guy Maugis a pris la présidence des activités automobiles du groupe japonais. Il est par ailleurs, président de l'AFNOR. Guy Maugis est polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées, et titulaire d'un diplôme en droit.
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