OPINION. La Silicon Valley : de « soft power » à « sharp power » ?
Véronique Chabourine

Photo d'illustration
DR
Véronique Chabourine

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La Silicon Valley, comme symbole de la Big Tech, longtemps perçue comme le fer de lance du « soft power » américain, joue désormais un rôle bien plus complexe dans les dynamiques de pouvoir, mêlant « soft power », manipulation stratégique (techniques de « sharp power ») et domination technologique et émergence en tant qu'acteur politique à part entière.
Des figures emblématiques comme Peter Thiel et Elon Musk, par leurs visions techno-libertariennes, leurs projets technologiques et leurs liens avec les sphères politiques, incarnent ce basculement.
Peter Thiel, soutien affiché de Donald Trump, a non seulement contribué à sa campagne mais a aussi mis ses outils, comme Palantir, au service de politiques de surveillance et de contrôle. Elon Musk, fraîchement nommé à la tête du Departement of Government Efficiency (DOGE) de son côté, par ses initiatives comme SpaceX, Starlink ou l'acquisition de Twitter, a consolidé son influence sur des infrastructures critiques et les débats publics, devenant un acteur incontournable des relations internationales.
Les plateformes technologiques, quant à elles, ont joué un rôle déterminant dans les élections américaines, notamment en 2016, en rendant possible l'exploitation massive des données. Facebook et Cambridge Analytica ont transformé les campagnes électorales en outils de micro-ciblage sans précédent, tandis que Twitter et X amplifient les discours polarisants et les désinformations, redéfinissant les règles du jeu démocratique. À l'échelle mondiale, ces entreprises imposent leurs normes, influençant les gouvernements et les populations et favorisant parfois des logiques autoritaires.
Ce pouvoir, hybride par nature, dépasse largement les frontières américaines. Les géants de la Silicon Valley, comme symbole de la Big Tech, par leur domination économique et technologique, rivalisent avec les États, redessinant les équilibres géopolitiques. Cette capacité à conjuguer « soft power » et « sharp power » donne naissance à de nouveaux modèles de gouvernance, dépassant les personnalités politiques traditionnelles et les structures étatiques. Ces entités technologiques ne se contentent pas d'influencer : elles incarnent des formes dépersonnalisées de pouvoir. Dotés d'une capacité unique à imposer leurs règles et à détenir les outils pour les appliquer.
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Cela soulève des enjeux cruciaux : comment les démocraties peuvent-elles réguler des entités dont l'influence globale dépasse les mécanismes de contrôle traditionnels, et comment éviter qu'une vision techno-autoritaire ne devienne le modèle dominant de gouvernance ?
Véronique Chabourine