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OPINION. « Nous, Européens, pouvons encore ouvrir la voie vers une paix juste et durable en Ukraine et donc en Europe »

Jean-Marc Germain

Publié le 24 février 2025 à 07:00

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Le Quotidien Numérique

16 juillet 2026

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OPINION. Le 24 février 2025 marque les trois ans de la guerre d'agression lancée par la Russie contre l'Ukraine. Depuis cette date, le peuple ukrainien endure une souffrance quotidienne qui menace de détruire son identité. Les objectifs de Poutine demeurent inaccessibles, tandis que la résistance ukrainienne et l'aide internationale se renforcent. La situation géopolitique s'intensifie, notamment avec le retour de Trump, menaçant l'équilibre fragile de la guerre et de la paix. Par Jean-Marc Germain, député européen (*).

24 février 2022, 24 février 2025. Trois ans. Voilà trois ans que la Russie mène sa guerre d'agression meurtrière contre l'Ukraine. Trois ans que le peuple ukrainien vit sous la menace quotidienne des bombardements. Trois ans que « l'opération spéciale » de Poutine s'acharne en piétinant toutes les conventions du droit international.

Les missiles russes visent sans discrimination hôpitaux, écoles et quartiers résidentiels. Son armée torture, viole et exécute sommairement civils et militaires. Elle use d'armes chimiques et de boucliers humains. À Boutcha, à Izioum, elle a commis d'effroyables massacres. Ses bombes détruisent monuments, musées et lieux de culte dans ce qui s'apparente à une tentative d'anéantissement du patrimoine national. Des centaines de milliers d'Ukrainiens, dont des dizaines de milliers d'enfants, ont été illégalement déportés en Russie, tandis que, dans les territoires occupés, une campagne de russification forcée et d'effacement de la culture, de l'histoire et de la langue ukrainienne est en marche. La destruction massive des infrastructures électriques du pays oblige des millions d'Ukrainiens à affronter des températures glaciales sans chauffage ni eau courante. En 2025, selon l'ONU, 12,7 millions d'Ukrainiens nécessiteront une assistance humanitaire, dont 5 millions qui feront face à la faim. En trois années de combats, le bilan côté ukrainien s'élève à plus de cent mille victimes, militaires et civils confondus, et plus de 10 millions de réfugiés.

Toutes ces atrocités pour quel résultat ? Selon le laboratoire d'idées américain Institut pour l'étude de la guerre, depuis la stabilisation du front à l'hiver 2022, la Russie a avancé sur un peu moins de 5 000 km², soit moins de 1 % de la superficie de l'Ukraine. Ceci au prix de plus de 600 000 pertes. Moscou n'a atteint aucun de ses objectifs majeurs : les Ukrainiens opèrent toujours à Koursk ; les quatre oblasts revendiqués à l'automne 2022 échappent encore à son contrôle ; et surtout, Kiev reste souveraine et indépendante, son gouvernement et sa population plus déterminés que jamais à rejoindre l'UE et l'OTAN.

Si Poutine a jusqu'ici été tenu en échec, c'est avant tout grâce à la résistance héroïque du peuple ukrainien, qui, contre toute attente, a su freiner et repousser le rouleau compresseur russe, alors que le Kremlin et les états-majors occidentaux réunis pensaient voir le pays capituler en quelques semaines. Mais c'est aussi grâce au soutien exceptionnel de la coalition alliée apporté à l'Ukraine.

D'après l'Institut pour l'économie mondiale de Kiel, les Européens et Américains se sont engagés à hauteur de plus de 360 Md€ d'aide financière, pour les deux tiers provenant des pays d'Europe, et dont plus de 110 Md€ pour la seule Union européenne. Malgré leurs divisions internes, les 27 ont aussi imposé 15 trains de sanctions successifs contre la Russie, le dernier en date ayant été adopté en décembre 2024. En dépit de la résilience de l'économie russe, ces sanctions ont eu un réel impact sur les marges de manœuvre dont dispose le Kremlin et augmentent significativement la pression sur le régime.

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Mais le retour fracassant de Donald Trump à la Maison-Blanche menace de tout faire basculer. Le président américain n'a pas perdu un instant pour déployer sa politique de brutalisation sur l'échiquier international : Panama, Canada, Groenland, Palestine — la liste des nations pour lesquelles il demande la soumission, parfois sous menace de les rayer de la carte, ne fait que s'allonger. Que la Russie remette en cause l'intégralité territoriale des nations ne suffisait plus. À présent, les États-Unis, ancien garant suprême de l'ordre international, se prêtent aussi à ce funeste jeu.

Et voilà maintenant que Trump engage des négociations étroites avec Poutine afin de régler à deux la question du futur de l'Ukraine. Voilà qu'il exclut que toute adhésion ukrainienne à l'OTAN et qu'il demande à Zelensky un tribut de 500 milliards de dollars sans contrepartie. Voilà qu'il traite ce dernier de « dictateur », l'accuse d'avoir initié la guerre, et évoque la possibilité que l'Ukraine devienne « russe, un jour ». Cette paix que Trump prépare, seul avec le Kremlin, n'est rien d'autre que la capitulation imposée à Kiev et aux Européens.

Nous refusons catégoriquement la légitimité de telles négociations. Ce serait un retour à la logique arbitraire, injuste et impitoyable de l'impérialisme, celle qui voudrait que quelques grandes puissances puissent se partager le monde entre elles, sans égard aux intérêts des nations concernées.

Cet ordre mondial, c'est celui que Poutine cherche depuis toujours à rétablir — lui qui a décrit la fin de l'URSS comme la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle, lui qui a déclenché cette guerre en 2014 par refus d'accepter la décision souveraine de l'Ukraine de se tourner vers l'Europe, lui qui l'a portée à son paroxysme en 2022 afin d'anéantir l'indépendance politique de Kiev et de mettre fin à la possibilité même d'une identité ukrainienne.

L'heure est fatidique. L'Europe n'a que très peu de temps pour empêcher la débâcle. Les atermoiements et demi-mesures ne suffiront plus : il n'est pas crédible d'espérer peser dans cette guerre sans se doter des moyens d'assurer sa propre défense, ainsi que celle de l'Ukraine. L'industrie de l'armement européenne doit grandement accélérer sa montée en puissance. Les 27 devront augmenter significativement leur niveau de dépenses militaires, même si ceci nécessite d'assouplir les règles budgétaires et le pacte de stabilité. L'UE devra mobiliser des ressources importantes immédiatement, avec un vrai budget pour la défense qui soit en mesure de mettre fin à la fragmentation de son système de production et à sa dépendance à l'industrie américaine. L'Union devra également continuer de soutenir l'économie ukrainienne, qui ne peut pas financer seule son effort de guerre.

Tout ceci sera impossible sans des émissions supplémentaires de dette commune, l'exclusion des investissements stratégiques des critères de Maastricht, et de nouvelles ressources propres pour le budget européen : taxe sur les transactions financières, lutte contre l'évasion fiscale hors UE, contribution sur les super-profits, les ultra-riches, les permis d'émission de CO2, le e-commerce, le kérosène... Les pistes sont sur la table des États membres, le temps des décisions est venu.

Car tant qu'il pense pouvoir faire capituler la coalition alliée et remporter la guerre, Poutine ne viendra pas de bonne foi à la table des négociations ; et, dans l'hypothèse où l'accord Trump-Poutine viendrait à geler le conflit, tôt ou tard, ce dernier reprendrait sa sinistre entreprise d'autant plus violemment qu'il aurait pu reconstituer les forces de son armée.

Après trois ans de guerre d'une intensité et d'une barbarie inouïes, le temps est venu de la paix. Mais la mascarade qui se joue aujourd'hui entre Washington et Moscou ne sert que leurs intérêts et, si elle devait aboutir, signerait la fin d'une Ukraine et d'une Europe pleinement souveraines.

Nous, Européens, pouvons encore ouvrir la voie vers une paix juste et durable sur le continent. Cette paix que le peuple ukrainien, qui a tant souffert, mérite plus que tout. L'Union ne doit pas rater son rendez-vous avec l'histoire.

______

(*) Jean-Marc Germain est député européen et chef de file des députés du groupe « Socialists and Democrats » pour les questions budgétaires. Il est rapporteur permanent sur les aides à l'Ukraine, sur les budgets pour le fonds de soutien aux industries européennes de défense et sur les sanctions financières liées au non-respect de l'État de droit. Il est aussi membre de la commission du commerce international et des transports.
Économiste, membre du bureau national du PS, vice-président du groupe socialiste au conseil régional d'Île-de-France, il fut directeur adjoint du cabinet de Martine Aubry, alors ministre de l'Emploi et de la Solidarité, et, entre 2001 et 2002, conseiller du Premier ministre, Lionel Jospin.

Jean-Marc Germain

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