A l'heure où l'innovation est devenue une vertu cardinale, Marie Degrand-Guillaud, directrice déléguée de Nickel, qui déploie le concept du compte bancaire pour tous en Europe, s'interroge sur son sens et son impact dans la société. L'innovation doit avant tout répondre à un besoin réel et permettre d'améliorer le quotidien des ménages.
Quel est le but de l'innovation ? Un concept galvaudé, d'autant plus à l'heure de la révolution numérique, qui pose la question de son sens et de son impact dans la société. La numérisation est source d'incroyables progrès sociaux, comparables à l'invention de l'imprimerie. Elle facilite la communication, l'information, l'éducation, l'accès à l'emploi.
Mais elle est également à l'origine de l'exclusion d'une partie de la population, qui n'a pas accès aux mêmes services, car malheureusement non-initiée. Et chaque innovation vient renforcer cette fracture, augmenter la distance entre différentes catégories d'un même peuple. La course à l'innovation que nous connaissons aujourd'hui nous oblige à nous poser une question simple : à quoi sert-elle ? Contribue-t-elle vraiment à l'amélioration de nos sociétés ?
Répondre à un besoin et non le créer
En ouvrant aussi largement le champ des possibles, cette révolution a entraîné une myriade d'innovations, petites et grandes. Chaque journée amène son lot de services « disruptés » ou de produits « optimisés ». Mais ne perdons pas de vue l'essence même d'une innovation : elle doit répondre à un besoin, et non pas le créer. Trop souvent, nous observons l'arrivée sur le marché de services qui au mieux feront office de gadget, pouvant même être contreproductifs voire nocifs pour les utilisateurs.
Dans le secteur bancaire par exemple, les néobanques ont permis de gérer et de disposer de son argent plus facilement, en temps réel. Mais elles participent également à l'instauration d'une frontière toujours plus grande au profit des usages digitaux en oubliant trop souvent ceux qui en sont privés.
Dans d'autres cas, l'innovation a été déconnectée des réels besoins des consommateurs. Il existe pourtant des modèles qui permettent de concilier les pratiques privilégiées des consommateurs et les bénéfices que procurent la technologie. Prenons l'exemple du chèque, dont 1,7 milliard sont émis chaque année en France. Un moyen de paiement plébiscité par les français, pourtant délaissé par la plupart des fintechs qui préfèrent permettre à leurs clients de spéculer sur des cryptomonnaies. En ont-ils vraiment besoin ? Utiliser les moyens techniques à notre disposition pour permettre à ses clients d'encaisser des chèques en toute sécurité, tout en conservant la flexibilité et la transparence propres aux fintechs du secteur bancaire, c'est ça l'innovation utile pour tous.
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