Pourquoi les énergies renouvelables sont indispensables à notre système électrique
Nicolas Goldberg
Nicolas Goldberg
Certains politiques se sont même saisis du sujet, affirmant ouvertement leur volonté de limiter le développement de l'éolien, souvent au profit du nucléaire. Pourtant, même en étant favorable au nucléaire, cette position anti-renouvelable nous mène à une impasse aussi bien purement industrielle que climatique. En effet, le nucléaire seul ne suffira pas à produire suffisamment d'électricité pour couvrir nos besoins à venir : il devra être complété d'autres sources de production. Si nous nous sentons concernés par les enjeux climatiques à venir, nous ne pouvons ignorer que ce complément au nucléaire devra s'appuyer sur le renouvelable, éolien et solaire en tête. Observons les données factuelles qui nous permettent d'aboutir à cette conclusion.
Le débat de la Programmation Pluriannuelle de l'Energie (PPE) et les discussions autour des prolongations du nucléaire ont permis de mettre en lumière un immense risque industriel : notre parc de production nucléaire vieillit et il n'est pas éternel. Dans son hypothèse la plus favorable au nucléaire, EDF prévoit d'exploiter ses réacteurs nucléaires jusqu'à 60 ans. Ainsi, si nous supposons que l'ensemble du parc nucléaire sera exploité jusqu'à avoir 60 ans, nous aurons perdu... plus des trois quarts de notre puissance nucléaire d'ici 2050 ! Notons au passage que cette hypothèse est d'ailleurs très conservatrice, EDF mentionnant bien dans son cahier d'acteur que des fermetures pourront avoir lieu avant les 60 ans pour éviter l'effet falaise.

Rappelons au passage que le nucléaire est de très loin la première source d'électricité en France : en effet, les trois quarts de l'électricité française sont d'origine nucléaire. Avec une perte de puissance de près de 50 GW, ce sont plus des trois quarts de cette production d'électricité qu'il faudra remplacer, que ce soit par de nouveaux EPR ou d'autres moyens de production.
En cas de politique favorable à l'atome, les cahiers d'acteurs publiés par les principaux industriels du nucléaire (EDF et Orano) et la prise de position de la Société Française de l'Energie du Nucléaire (la SFEN, le regroupement des professionnels du nucléaire) nous permettent de projeter ce que pourrait être la situation de notre parc nucléaire d'ici 2050.
La SFEN et EDF ont été claires sur leur volonté de lancer la construction de deux EPR avant la fin du quinquennat pour pouvoir les mettre en service d'ici 2030. L'objectif serait ensuite de lancer un programme de « six à huit EPR ». A partir de 2030, nous aurions ainsi une paire d'EPR en service tous les cinq ans jusqu'en 2050, soit au total en 2050 seulement 18 GW de nouvelle puissance nucléaire. Cette nouvelle puissance sera donc insuffisante pour compenser la perte des 49 GW de notre parc nucléaire historique.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.


Les faits sont donc là : le nouveau nucléaire ne suffira pas à compenser la fermeture de l'ancien. Même l'hypothèse la plus favorable à l'industrie nucléaire aboutit à cette conclusion. Il serait contraire à la volonté des professionnels du secteur de vouloir faire plus. En prenant ainsi les hypothèses de fermetures et de constructions de nouveaux réacteurs nucléaires, nous pouvons raisonnablement estimer que le parc nucléaire aura fondu au moins de moitié de sa puissance d'ici 2050. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si cette baisse de puissance pourrait conduire à ce que la part du nucléaire dans notre électricité soit autour de 50%. Cette diminution ne serait dès lors pas le fait d'une volonté politique mais bien d'une limitation industrielle : à terme, EDF ne pourra maintenir 63 GW de nucléaire en France, en tout cas pas à horizon 2050. Il faudra bien trouver d'autres solutions pour produire notre électricité.
Face à ce déficit de puissance électrique, nous avons plusieurs options industrielles à considérer :
Cette dernière option semble inévitable et au vu des deux précédents graphiques, il serait contre-productif de s'y opposer. L'éolien et le solaire sont des énergies variables et ne peuvent suffire : il faudra les compléter de moyens de stockage ou de « back-up » thermiques (essentiellement au gaz et si possible un jour au biogaz) dont l'utilisation sera plus faible grâce aux énergies renouvelables. Le gaz seul engendrerait une hausse trop importante de gaz à effet de serre dans notre électricité : ce sont bien les énergies renouvelables qui permettront de compléter la production d'électricité sans CO2 du nucléaire.
Dès lors, si les chiffres d'EDF et de la SFEN nous indiquent que les énergies renouvelables électriques seront indispensables, pourquoi s'y opposer ? Si l'éolien et le solaire ont leurs défauts, on ne peut toutefois nier, même en étant favorable au nucléaire, que ces énergies seront incontournables pour conserver en France une électricité compétitive et sans CO2.
Nicolas Goldberg