Préparer le déconfinement… l’autre urgence des entreprises

OPINION. Après un mois de confinement obligatoire qui a obligé les entreprises à repenser leur organisation sociale et leur logistique, elles doivent désormais songer à la reprise d'activité, le redémarrage des sites de production le tout avec de nouvelles contraintes notamment sanitaires. Dans ce contexte inédit, les directions de l'environnement de travail (ex-services généraux) endosseront une large part de cette responsabilité en faisant preuve de résilience. (*) Par Latifa Hakkou, secrétaire générale de l'Association des Directeurs de l'Environnement de Travail (ARSEG).

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(Crédits : DR)

Depuis l'apparition du COVID-19 sur le territoire Français, les entreprises sont au ralenti, voire à l'arrêt. On compte aujourd'hui près de 700.000 entreprises de toute taille temporairement à l'arrêt dans l'Hexagone. Seuls 10 % des salariés sont en activité.

Après avoir mis en œuvre tous les dispositifs possibles -quand cela était possible- pour protéger ses collaborateurs, mis en télé-travail ou au chômage partiel tous les salariés pour un confinement et actionner le plan de continuité d'activité (PCA), les entreprises doivent maintenant impérativement réfléchir à la réintégration.

Si le Président de la République a évoqué la date du 11 mai pour entamer le processus de déconfinement, il est utile de rappeler que cette date est encore théorique et reste sujette aux aléas épidémiologiques. De fait, le calendrier de sortie de crise est une inconnue supplémentaire dans une équation complexe mais qu'il est pourtant impératif de résoudre pour préparer dès à présent le déconfinement car l'enjeu est de redémarrer les activités de production ou de sièges sociaux dans les meilleures conditions possibles. Cette responsabilité repose pour l'essentiel sur les équipes en charge de l'environnement de travail (des services généraux ou du facility management) en étroite collaboration avec les services RH et la direction générale.

Lire aussi : Coronavirus: le confinement prolongé jusqu'au 11 mai

Les services dits d'environnement de travail sont d'ailleurs en première ligne depuis le début de cette crise. Ils ont géré les mesures de confinement, de suspension des activités, de télétravail et des moyens logistiques ou matériels pour assurer au maximum la continuité opérationnelle des entreprises durant cette période inédite. Aujourd'hui, elles doivent anticiper et maitriser le déconfinement en prenant en compte toutes les dimensions que cette crise a imposé : la protection sanitaire, le confort des salariés mais aussi la productivité donc de la performance de sa propre entreprise, de son propre site...

Il est intéressant de s'inspirer de la méthode du déconfinement des entreprises de Chine, premier pays sorti du confinement. Mais cela ne suffira pas... car nous en sommes en France et chaque entreprise est différente de par son activité, la diversité de sa population, de sa culture mais également des réglementations en vigueur en droit social ou droit des sociétés.

Une première évidence s'imposera de façon inévitable pour anticiper ce déconfinement. Il faudra s'approvisionner en matériels de protection et d'hygiène pour les salariés. Près d'un tiers des entreprises estime, depuis l'apparition du virus, ne pas avoir disposé de quantité suffisante de masques, de gants et de gel hydroalcoolique, nécessaires pour maintenir l'activité quand cela était nécessaire, tout en respectant les règles sanitaires et de distanciation sociale.

Pour éviter cet écueil, quelle que soit la date de démarrage, il est impératif de commander tous ces matériels de protection dès à présent, en y rajoutant les thermomètres de prise de température pour les entreprises qui souhaitent protéger au maximum ses collaborateurs.
Là encore, une question s'impose : faudra-t-il demander aux salariés de prendre leur température à leur domicile avant de venir travailler ?  Ou faut-il que les entreprises s'équipent de thermomètres/caméras à infrarouge ?

Les entreprises devront également s'interroger sur l'organisation du travail. Comment réorganiser les espaces de travail pour respecter les distanciations sociales ? Redéfinir donc toute la signalétique des espaces ? Fermer ou réduire les salles de réunion ? Reconfigurer les open spaces et revoir les espaces de flexoffice ?

Après une désinfection totale et un nettoyage à fond des sites, il faudra procéder à l'intégration progressivement des services internes (restauration d'entreprise, accueil des visiteurs, ...), des collaborateurs, des prestataires...  Comment les intégrer progressivement et surtout sur quels critères ? Les services supports en priorité ? ... ne pas intégrer tous ceux qui peuvent télé-travailler ?

Pour la restauration collective, l'enjeu est de revoir intégralement toute la logistique en collaboration avec le prestataire : le nombre maximum de convives à recevoir tout en évitant de l'attente, l'organisation précise de l'espace et des tables avec la distance respectant les mesures barrières, le mode de service, l'emballage de tous les mets et des couverts...

Quelle communication pour informer et rassurer les salariés au moment du déconfinement ? Les informations devront être préparées minutieusement pour les présenter avec précision au CSE et à tous les salariés le moment venu. La communication sera probablement personnalisée en fonction des critères de réintégration des collaborateurs.

Toutes ces problématiques sont loin d'être secondaires, elles seront le socle d'un redémarrage efficace des activités et d'un nécessaire sentiment de confiance auprès des équipes. Les entreprises n'ont jamais été confrontées à un tel scénario de crise, et les retours d'expérience sont insuffisants pour ne pas faire courir un risque de rupture opérationnelle. C'est dire l'ampleur de la responsabilité qui incombe aux directions de l'environnement de travail.

Service souvent méconnu, l'environnement de travail est un secteur financièrement et socialement important pour l'économie française puisqu'il représente en 2020 un marché de 204 milliards d'euros et génère plus d'un million d'emplois directs, non délocalisables (Etude « Odyssée d'une profession : directeurs de l'environnement de travail 2020" publiée prochainement)

L'environnement de travail est une profession qui a su s'adapter avec agilité, créativité et réactivité à cette crise inédite pour accompagner les entreprise et ses salariés. Demain, elle saura anticiper et être au cœur des nombreuses transformations (sociale, sanitaire, économique...) que les entreprises devront vivre inéluctablement dans ce qu'il convient désormais d'appeler, le monde d'après...

Lire aussi : Covid-19: quatre signaux faibles du monde d'après

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Commentaires 3
à écrit le 22/04/2020 à 9:56
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Tout à fait d'accord avec vous britannicus il est vrai que le confinement est une situation qui convient très bien à une très grande partie de la population française, celle la même qui ne conçoit pas de se remettre en question après cet événement.

à écrit le 15/04/2020 à 2:53
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Tout le monde se précipite et se raccroche à cette date du 11 Mais avec déraison et aveuglement. Hors la pression sur les hopitaux doit descendre suffisamment (en dessous de 4000 places en réa)pour autoriser un début de dé-confinement. Il faut égal...

le 15/04/2020 à 8:21
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@Marousan : parce que vous pensez rester confiné jusqu'à ce que le virus disparaisse ? Vous imaginez qu'une seconde vague n'apparaîtra pas en sortie de confinement ? S'il persiste deux ou trois ans, ou s'il devient saisonnier, vous allez entrer pério...

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