Réenchantons la ville pour en faire un espace de vie attractif et durable

OPINION. L'exode massif des urbains vers la campagne interpelle. Il traduit un rejet de la ville qui favorise un habitat morcelé. Pourtant la ville évolue, se fait plus servicielle, renoue avec ses quartiers. Elle présente des attraits qui méritent d'être redécouverts. Par Fabiola Barreira, Directrice Générale de FaciliCiti

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(Crédits : DR)

La pandémie de Covid a incité un nombre conséquent d'urbains vivant en appartement à déménager pour s'installer dans une maison individuelle. Les raisons de ce changement de vie reflètent des tendances de fond amplifiées par des événements conjoncturels.

Le besoin d'espace, la volonté de renouer avec un mode de vie plus proche de la nature jouent un rôle d'autant plus important que les confinements ont diminué l'attrait de la ville. La possibilité de travailler à distance, l'usage d'Internet et du télétravail rend possible ce qui ne l'était pas.

Les dangers écologiques d'un habitat dispersé

Cette migration pourrait bien de ne pas correspondre aux besoins de la planète. Quitter un habitat dense pour rejoindre un logement individuel entraîne un épuisement accéléré des ressources : disperser l'habitat implique l'artificialisation massive des sols. En France, 20.000 hectares de terres sont ainsi sacrifiés chaque année, dont la moitié au bénéfice de l'habitat.

Parallèlement, ceci suppose beaucoup plus de déplacements en voiture individuelle. A la clé, des dépenses élevées en carburant pas toujours bien anticipées, mais aussi des rejets de CO2 générés par ces trajets.

Réenchanter la ville

Ce constat peut apparaître particulièrement déprimant : l'alternative à une vie urbaine mal vécue ne pourrait se faire qu'au détriment de la planète. Il reste possible d'échapper à ce dilemme. Quitter la ville pour un projet de vie bien préparé peut évidemment s'avérer une formidable source d'épanouissement. Mais il apparait également possible de réenchanter la ville pour en faire un lieu de convivialité séduisant et apte à retenir ses habitants. Elle adopte un fonctionnement plus durable, sait se faire village, le quartier nourrit la convivialité, l'échange et la proximité.

La ville répond aux exigences du moment : le commerce de proximité s'inscrit comme un phénomène largement urbain. La pandémie n'a pas tué le besoin de culture et de lieux de convivialité. La densité de la population n'a pas que des inconvénients : elle facilite la mutualisation des équipements publics et diminue leur coût d'usage, elle offre un terrain propice à l'expérimentation de nouveaux services. Les déplacements avec des véhicules en libre-service accélèrent la fin de la voiture individuelle. Plus globalement le développement des mobilités douces favorise une métropole apaisée, plus à l'écoute de sa population. La ville change, épouse les causes contemporaines et fourmille de projets pour répondre aux défis environnementaux et sociaux.

La ville se transforme avec le numérique

L'innovation ouvre la voie à un champ d'expérimentations fécond. La ville se transforme en un espace d'échanges, d'interconnexions, dans lequel prendre son temps, déambuler redeviennent des attitudes positives ; la lenteur supplante la dictature de la vitesse et de l'efficacité. Les nouvelles technologies, le numérique, se mettent au service du simple passant, du touriste, du consommateur mais aussi du citoyen. Elles bâtissent la ville intelligente de demain, les fameuses « smart cities », facilitent les rapports avec l'administration.

Avec son smartphone chacun peut dialoguer avec l'environnement et laisser une trace de son passage, qu'il s'agisse d'une information utile ou d'un avertissement. Réciproquement, la ville fournit des données historiques, commerciales, environnementales disponibles en un simple tag ; elle se fait plus transparente et plus interactive. L'intelligence artificielle se répand pour offrir de nouvelles expériences aux touristes comme aux habitants. D'espace passif et subi, la ville se transforme en un lieu de tous les possibles.

La technologie au service de l'humain et du lien social

Il ne s'agit bien sûr pas de concevoir une ville technologique et froide mais bien de mettre la technologie au service de l'humain dans le respect de normes juridiques et techniques contraignantes. L'urbain de ce début de XXIème siècle bénéficie avec les applications numériques d'une qualité de services inégalée dans les domaines les plus variés.

Encore faut-il veiller à ne pas aggraver la fracture numérique, géographique et générationnelle : la ville, comme le souligne le sociologue Jean Viard, doit savoir intégrer tous les publics et pour cela déployer des dispositifs inclusifs favorisant le sur-mesure à l'uniformité. Elle doit s'inscrire résolument dans une géographie plus large, intégrer l'espace péri-urbain dans un continuum favorisant les échanges et la dynamique économique, accueillir sans ériger de nouveaux remparts.

Redécouvrir l'immeuble, lieu intime de sociabilité

Vivre en ville, c'est aussi le plus souvent cohabiter dans un immeuble. Ne nous leurrons pas : pour aimer sa ville, encore faut-il aussi être heureux chez soi et ne pas souffrir de tracasseries qui empoisonnent le quotidien. Comme dans d'autres secteurs d'activité, les syndics d'immeubles peuvent aussi faire leur révolution. Ils doivent introduire l'expérience-client dans leur stratégie de développement, replacer l'humain au cœur de leur modèle et proposer des prestations originales qui participent du mieux-vivre.

Là aussi, en s'appuyant sur la puissance du numérique, ils sont capables de faciliter la vie de leurs clients, de promouvoir l'entre-aide entre habitants. Charge à eux de s'appuyer sur les structures existantes pour prolonger leur action : en lien avec des associations et les porteurs de tiers-lieu, il s'avère possible d'éviter l'isolement des plus fragiles, de forger de nouveaux liens sociaux. Aujourd'hui le bonheur est aussi dans la copropriété ! La ville évolue, l'immeuble également. Elle s'inscrit plus que jamais comme un carrefour d'échanges et d'expériences. C'est en avançant avec cohérence, au service de tous ses habitants et visiteurs qu'elle retrouvera tout son attrait.

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Commentaire 1
à écrit le 16/03/2022 à 10:07
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"Quitter un habitat dense pour rejoindre un logement individuel entraîne un épuisement accéléré des ressources " Surtout ne nuancez pas hein, faites un article pour seulement servir vos intérêts tandis que vous utilisez internet pour ça et que l'on p...

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