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Réforme des retraites : quel impact sur le bénévolat ?

Andréa Gourmelen & Ziad Malas

Publié le 18 février 2020 à 11:24 - Mis à jour le 26 février 2020 à 08:06

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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IDEE. Certains principes de la proposition de réforme des retraites pourraient assécher le vivier de bénévoles dans le monde associatif français. Par Andréa Gourmelen, Université de Montpellier et Ziad Malas, Université de Toulouse III - Paul Sabatier

La réforme des retraites aura des conséquences sur les futurs retraités, les finances publiques mais, on l'oublie un peu, probablement sur les associations. Les jeunes retraités constituent en effet un groupe dont le temps disponible et l'état de santé favorisent un engagement bénévole nettement au-dessus de la moyenne.

Cela se constate par un fort pourcentage de bénévoles parmi les 55-74 ans soit 48,3 %, par un temps de bénévolat plus élevé (58 % des plus de 65 ans engagés dans une association y consacrent plus de cinq heures par semaine) et par un engagement essentiel à la tête des associations comme le montre la figure 1 (créée sur la base des travaux de Viviane Tchernonog et de Lionel Prouteau).

Si de nombreux points de la future loi restent à préciser, on connaît déjà ses grands principes et une partie du calendrier de mise en œuvre : arrivée dans l'hémicycle à partir du lundi 17 février et vote définitif avant la fin de la session parlementaire d'ici l'été 2020.

Vers un assèchement du vivier associatif français ?

Parmi ces principes, certains peuvent contribuer à un assèchement du vivier de bénévoles des associations. Au-delà des discussions sur l'âge pivot, la future loi accorde plus de liberté aux salariés quant au choix de l'âge de départ et encourage une cessation d'activité tardive. Si la retraite commence plus tard, logiquement, cela devrait impliquer du temps disponible moindre pour le bénévolat.

Sur une base statistique, ce raisonnement se discute du fait de l'allongement de l'espérance de vie et de l'allongement, moins net, de l'espérance de vie en bonne santé.

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Mais la logique de décalage des étapes de la vie se heurte à l'inertie des perceptions et des affects associés à l'âge et au temps restant à vivre. Ainsi, prendre en compte ce que les chercheurs nomment la pression temporelle ultime (PTU) ; soit la pression que nous ressentons lorsque le temps passe, devient aussi un temps qui reste. C'est même l'une des clefs de la compréhension de l'engagement bénévole des retraités.

Les futurs retraités du régime universel ont aujourd'hui 45 ans tout au plus, et ne s'interrogent probablement pas encore sur leurs occupations à la retraite... Or d'ici à leur retraite ? La situation économique et sociale aura aussi modifié les valeurs et les priorités des futures générations de retraités.

Pour autant, il est possible d'envisager des scenarii possibles qui commenceront à affecter le bénévolat d'ici 10 ans en s'appuyant sur les profils de bénévoles retraités actuels que nous avons étudié dans un précédent article, publié en 2014. Ces profils sont notamment caractérisés par leur pression temporelle ultime et leur générativité :, c'est-à-dire leur degré de préoccupation pour les générations futures.

Les bénévoles soucieux de postérité travailleront-ils plus longtemps ?

Ces profils regroupent environ 38 % des bénévoles retraités, qui apparaissent très marqués par des affects négatifs relatifs à la fin de vie et au temps qui reste à vivre. Ils ont peur de la mort qui se rapproche et du vieillissement. Le bénévolat est ainsi pour eux une manière de contrer le temps qui passe, de se rendre indispensable afin d'obtenir une certaine reconnaissance.

Ainsi, ils cherchent d'abord à se bâtir une réputation de leur vivant, pour transformer cette renommée en une popularité qui perdurera au-delà de leur mort. Les fonctions de direction et celles impliquant une mise en avant publique semblent particulièrement faire écho à leurs motivations.

Avec la réforme actuelle, leur carrière risque de s'allonger. Ainsi, pour être en accord avec leurs ambitions, ils risquent de privilégier des choix professionnels plutôt que du bénévolat comme « seconde carrière ». Les nouvelles incitations financières renforceront ce choix. Aussi, s'impliquer plus tardivement dans une association leur laisserait moins de temps pour s'investir et monter dans la hiérarchie de l'association, ce qui peut engendrer une frustration chez ces personnes et un vide au niveau hiérarchique.

On peut alors s'attendre à ce qu'elles privilégient davantage l'activité professionnelle (travailler le plus longtemps possible) pour gagner en reconnaissance plus rapidement, la retraite pouvant être vue comme un marqueur d'un vieillissement qui les angoisse.

Les bénévoles coupables : vers une diminution ?

Ces retraités font du bénévolat par devoir moral et font preuve d'une véritable abnégation. Se sentant coupables d'avoir eu une belle vie ou d'avoir été privilégiés, leur générativité les amène à s'impliquer dans la société tant qu'ils le peuvent. Le soi disparaît, au profit des autres, de la communauté.

Le bénévolat devient alors un moyen de rendre à la société ce qu'elle leur a donné. Ce profil, regroupant environ 13 % des bénévoles retraités actuels, ne risque-t-il pas de disparaître chez les futures générations de retraités ? Cette abnégation, liée au besoin de rendre à la société ce qu'elle nous a donné sera-t-elle toujours aussi forte si le fait de travailler plus longtemps et la peur d'une baisse de niveau de vie amènent à penser que la société nous prend plus qu'elle ne nous donne ?

La culpabilité générationnelle risque ainsi de s'effacer au profit d'une culpabilité individuelle (avoir l'impression de s'en être mieux sorti que les autres de sa génération), du moins pour la génération 1975-1985, correspondant à la phase de transition entre les régimes de retraite.

En effet, cette génération peut se sentir sacrifiée, et de ce fait, non privilégiée par rapport à la génération des baby-boomers (génération encore importante puisqu'elle inclut près de 24 % de la population française). La réforme pourrait ainsi creuser un fossé entre générations et renforcer l'image de privilégiés des « boomers », comme c'est le cas avec le phénomène « OK boomer » sur les réseaux sociaux.

Cela risque d'entraîner des difficultés là où ce profil apparaît le plus adapté : les associations caritatives ou les fonctions d'aide sociale du bénévolat telle que l'écoute de personnes en difficulté, l'aide à la réinsertion ou la distribution alimentaire.

Hédonistes et affectifs : vers de nouveaux arbitrages temporels ?

Ces profils « hédonistes et affectifs » représentent à eux seuls environ la moitié des bénévoles retraités. Ils rassemblent des retraités ayant librement choisi le bénévolat en tant qu'activité divertissante, leur permettant de découvrir de nouvelles opportunités tout en tissant des liens humains. Pas nécessairement préoccupés par l'avenir des générations suivantes, ils aiment pourtant côtoyer une variété de personnes dans leur activité bénévole. En effet, pour eux, il faut profiter du temps restant à vivre. Ils ressentent peu de sentiments négatifs à l'égard du temps qui est compté.

La réforme des retraites, à première vue, semble avoir moins de conséquences sur ces profils, tant le plaisir associé au bénévolat apparaît fort. Cependant, un départ en retraite plus tardif peut amener à ressentir davantage la pression du temps restant à vivre au moment de l'arrêt de la vie professionnelle. Cela pourrait engendrer l'augmentation des sentiments négatifs à propos du temps restant (stress, amertume) et ainsi davantage d'arbitrages relatifs à l'allocation de ce temps restant. Un repli familial ou sur des activités de loisirs au détriment d'activités bénévoles pourrait être envisageable.

Des « jeunes retraités » aux « vieux actifs »

Si la réforme permettra à ceux ayant eu des métiers pénibles de partir plus tôt (métiers physiques, à risque, horaires décalés) et bien que la notion de pénibilité est encore à l'étude, il faut garder à l'esprit que ces métiers impliquent généralement des études courtes.

Or, les retraités engagés dans les associations ont généralement un niveau d'études élevé (au regard du niveau d'études moyen de leur génération). Ainsi, les futurs retraités potentiellement intéressés par le bénévolat risquent d'être de plus en plus âgés (car ayant fait des études longues, ils risquent de ne pas être concernés par la notion de pénibilité) et pourront finalement rapidement penser qu'ils n'ont plus l'âge de faire du bénévolat.

Les associations doivent-elles pour autant cibler les individus autorisés à partir en retraite plus tôt ? Pas forcément, car les conditions de travail passées pourront impacter le temps restant à vivre en bonne santé perçu par ces derniers et entraîner un raisonnement de type : « Je suis trop fatigué, trop abimé pour travailler et donc... pour faire du bénévolat ».

Ainsi, plutôt que de cibler les « jeunes retraités » qui risquent de se percevoir « trop vieux » ou « pas assez en bonne santé » selon le métier qu'ils exerçaient auparavant, les associations devraient peut-être se concentrer sur les seniors actifs. Cela permettrait d'anticiper leurs objections.

La nécessité d'un engagement réfléchi

France Bénévolat insiste ainsi depuis quelques années sur le fait qu'un bénévolat réussi résulte d'un engagement réfléchi. Or, pour qu'un engagement soit réfléchi, quoi de mieux que de le préparer en amont de sa retraite ? En complément, on sait que parmi les actifs, les plus de 50 ans sont les plus souvent bénévoles, cela s'explique notamment par l'absence de jeunes enfants à charge.

On pourrait rajouter aussi qu'entre 50 ans et la retraite, les contraintes financières sont moindres. Aussi, pour peu que l'anxiété liée au montant des pensions soit apaisée, on a là une population qui sera réceptive à l'engagement bénévole, engagement qui se poursuivra à la retraite et s'accompagnera d'une autre ressource clef pour les associations : les dons.

The Conversation ________

Par Andréa Gourmelen, Maître de conférences en sciences de gestion (marketing), Université de Montpellier et Ziad Malas, Maître de conférences en sciences de gestion, Université de Toulouse III - Paul Sabatier

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Andréa Gourmelen & Ziad Malas

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