Réformer la gouvernance européenne pour sauver l'Union

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Il faut que les gouvernements prennent leurs responsabilités face à la crise, et cessent de se décharger sur la commission de Bruxelles. Une nouvelle gouvernance de l'Europe est à inventer. Par Chantal Ingham, Professeur expert au Groupe ESC Dijon-Bourgogne

Le Royaume-Uni a décidé de quitter l'Union européenne. C'est une mauvaise nouvelle de plus pour l'Europe, dont les causes du rejet sont le signe d'une crise politique profonde dans l'ensemble des pays européens. Comme à chaque fois, lors de la campagne référendaire, la complexité de l'enjeu, l'appartenance à l'Union européenne et le manque de temps ont laissé la voie libre aux slogans anti-européens et aux récriminations contre le pouvoir en place.

 Rejet des élites et déstabilisation culturelle

 Le mal est profond, car la cause première du rejet européen par les Britanniques est intérieure. Elle se caractérise par un rejet de leurs propres dirigeants politiques, qu'ils ne considèrent plus comme représentatifs de leurs intérêts. L'usure des partis de gouvernement et l'impuissance des gouvernements à gérer les crises successives expliquent leur impopularité.

 La poussée des partis dits « populistes », de gauche comme de droite, depuis les années quatre-vingt-dix, illustre ce rejet des élites, de l'Europe, de l'austérité budgétaire, et de la globalisation. Les Britanniques ont protesté à la fois contre la baisse du niveau de vie et la montée des inégalités, mais aussi contre un sentiment de malaise face à l'intensification de la compétition économique due à la globalisation, au vieillissement de la population et à l'immigration.

L'intensification de l'émigration intra-européenne, à laquelle se sont ajoutés la crise des réfugiés et le terrorisme islamique, a exacerbé ce mal-être qui se traduit par la multiplication d'inquiétudes diffuses comme la peur de la perte d'un mode de vie, la peur d'un environnement qui change, la peur de l'étranger, la peur des musulmans et de l'Islam. Ce n'est pas une diminution du chômage qui suffira à mettre fin au discours populiste...

 L'Europe, bouc émissaire

 La montée du populisme caractérise l'ensemble des pays européens, qu'ils connaissent ou pas des problèmes économiques et sociaux, qu'ils soient membres ou non de la zone euro (comme le Royaume-Uni), et même qu'ils ne soient pas membre de l'Union européenne comme la Suisse et la Norvège.

La responsabilité de cette nouvelle crise n'est pas imputable à l'Europe, mais incombe à des gouvernements préoccupés de leur réélection et ne cherchant qu'à promouvoir leurs intérêts particuliers. Les chefs d'État et de gouvernement se sont déchargés de la gestion de la crise économique et financière sur les fonctionnaires de la Commission et sur la Banque centrale européenne. La Commission a été chargée d'expliquer aux citoyens européens pourquoi ils avaient pris la décision de l'austérité au risque d'étouffer la croissance et de préciser quelles en seraient les mesures. La Commission est apparue comme une sorte de « gendarme » au service de la rigueur.

Les gouvernements se sont quasi exclusivement reposés sur les actions de la Banque centrale, baisse des taux de dépôt, prêts à long terme, assouplissement quantitatif (injecter directement de l'argent dans le système financier par le rachat d'actifs financiers), pour lutter contre la déflation et relancer la croissance.

 Représenter l'intérêt général

 Pour se dédouaner de leur inaction, les dirigeants ont beaucoup laissé faire et laissé dire à propos de l'Europe, ce qui a amené les populations européennes à confondre la critique de l'Europe et son rejet. La solution ? Que les dirigeants européens aient le courage de réformer la gouvernance européenne afin que l'Europe puisse jouer son rôle de représentante de l'intérêt général face à la juxtaposition des intérêts nationaux.

Chantal Ingham, Professeur expert au Groupe ESC Dijon-Bourgogne

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Commentaires
a écrit le 28/06/2016 à 6:59 :
Le monde politique a sans aucun doute sa responsabilité à force de ne chercher que son intérêt électoral immédiat. Mais le monde de la finance, absorbant une énorme partie de la richesse nationale et internationale à son propre profit, hyper représenté en GB, multipliant les inégalités par 10 en 1990 et par 1000 en 2015, contribuant voire créant volontairement les crises financières donc économiques successives, n'aurait-il pas un rôle éminent dans tout cela ? Voyez la Grèce et ses CDS auxquels Mr Draghi n'est pas étranger. Songez à ces "lawyers" payés à coups de millions à travailler sur "l'optimisation fiscale" afin de laisser aux PME le soin de s'épuiser à payer les taxes à la place des grands groupes. Curieusement, le problème est parfaitement connu mais aucun lien n'est jamais fait. Si la communauté européenne et la banque centrale européenne ne sont pas capables de réguler le principal acteur des souffrances de l'Europe, alors ne nous étonnons pas qu'elles soient unanimement rejetées comme le sont les classes politiques traditionnelles.
a écrit le 27/06/2016 à 19:05 :
Tant qu'il y aura des gouvernements d'un côté et ce machin de l'autre qui se refilent les patates chaudes...
Ou bien on crée un vrai état fédéral, ou bien le truc implose.

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