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Respirer un air potable !

Serge Orru

Publié le 21 novembre 2018 à 16:03 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:16

Serge Orru, Paris,

Serge Orru, Paris,

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Il est essentiel de comprendre pourquoi, après avoir encouragé le diesel pendant tant d'années, le gouvernement fait demi-tour en décidant de taxer davantage ce carburant décrié mondialement, et classé « cancérogène certain » par l'OMS dès juin 2012. Par Serge Orru, conseiller auprès de la Maire de Paris.

En ce temps de protestation contre l'augmentation du prix du gasoil, il est essentiel de comprendre pourquoi, après avoir encouragé le diesel pendant tant d'années, le gouvernement fait demi-tour en décidant de taxer davantage ce carburant décrié mondialement, et classé « cancérogène certain » par l'OMS dès juin 2012.

Est-ce pour accroître les recettes de l'État ? Ou bien pour décourager le rachat d'un véhicule diesel et accélérer ainsi la sortie d'une motorisation dont les effets délétères sur la santé sont avérés par le corps médical ?

Le gain fiscal généré par cette mesure est de l'ordre de 3 milliards d'euros, théoriquement consacrés au très nécessaire accompagnement de la transition énergétique. Cet alignement du gasoil et de l'essence a donc pour objectif principal de décourager tout rachat de diesel. La part du diesel dans le parc automobile français devrait ainsi poursuivre sa chute, entamée depuis près de deux années..

Urgence d'agir

Il y a urgence, car la pollution a changé ces dernières années. Désormais invisible et inodore, elle est plus redoutable. Les autorités et les acteurs industriels du secteur le savent, les organismes de surveillance et les ONG le constatent, le grand public s'en inquiète, la presse en parle dorénavant. La réaction planétaire contre la pollution urbaine en général et le diesel en particulier ne va plus s'arrêter. La première conférence de l'OMS sur la pollution de l'air qui vient de se dérouler à Genève l'atteste clairement.

Avec l'OMS et les ONG, qui ont joué un rôle considérable, c'est également à Anne Hidalgo, Maire de Paris, que revient le mérite d'avoir accentué ce mouvement. A travers le C40 - dont elle assure la présidence depuis 2016 -, ce réseau de 96 villes du monde représentant 650 millions de citoyens, elle partage avec ses homologues le défi de la pollution mais aussi la recherche de solutions. Lors de la COP21, plus de mille maires se sont réunis à l'Hôtel de Ville de Paris pour démontrer l'importance de mobiliser les villes dans la lutte contre le dérèglement climatique, et plus largement sur les enjeux environnementaux, dont la lutte pour une meilleure qualité de l'air.

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Alertée par les spécialistes, des chimistes aux pneumologues en passant par des experts de la motorisation thermique, et convaincue à juste titre du risque sanitaire inacceptable encouru par les populations des villes, la Maire de Paris s'est lancée dès 2014 dans ce combat devenu à ses yeux essentiel.

Paris à l'avant-garde

2014, c'est plus d'un an avant que n'éclate le scandale du Dieselgate. Ce combat ne pouvait lui apporter qu'ennuis et réfractaires, tant la puissance médiatique des lobbys peut facilement donner lieu à un bashing organisé - bashing auquel nous avons bel et bien assisté. La décision de piétoniser les Berges de Seine, confirmée le 25 octobre 2018 par le Tribunal administratif de Paris, conforte Anne Hidalgo qui a compris que la pollution n'était ni de gauche ni de droite, mais bien au centre... de nos préoccupations.

La Maire de Paris sait que les Parisiennes et les Parisiens comprennent ou comprendront son combat. Elle sait qu'il n'est pas normal que dans les familles nombreuses, les cadets connaissent des problèmes respiratoires que n'ont jamais connus leurs ainés. Elle sait que les services d'urgence redoutent chaque pic de pollution, que l'asthme fait des ravages dans les crèches, les écoles et les centres sportifs situés à proximité des grands axes de circulation. Lorsque la Fondation du Souffle a rendu public le chiffre de 10 millions de Français souffrant de problèmes respiratoires sur l'ensemble du territoire, elle a persisté dans ce combat exemplaire, forcément impopulaire chez les propriétaires de voitures qui ne représentent pourtant plus qu'un Parisien sur trois.

Focus sur les particules fines

Une rapide explication scientifique s'impose pour comprendre à quel danger nous sommes exposés.

La pollution urbaine n'est dangereuse pour l'organisme que si les polluants arrivent à pénétrer l'organisme. Les particules (PM10), en provenance du charbon ou des vieux diesel par exemple, sont désagréables, piquent les yeux et font tousser. Mais elles ne sont pas aussi dangereuses que les particules fines, celles que l'on appelle les PM2.5, qui englobent toutes les particules de moins de 2.5 microns, soit un diamètre 20 fois plus petit qu'un cheveu... Or, à la différence des particules grossières, qui sont naturellement arrêtées en amont de l'arbre respiratoire, ces micro-particules pénètrent jusqu'au fond des poumons. Et elles se fixent durablement à la surface des alvéoles profondes, terrain propice de déclenchement de cancers et de pathologies respiratoires et cardio-vasculaires.

Ces PM2.5 sont d'autant plus dangereuses qu'elles agissent comme des plumeaux quand on les respire. En suspension à hauteur de respiration, elles vont en effet agglomérer à leur surface les particules de carbone-suie et les hydrocarbures aromatiques polycycliques semi-volatils laissés en abondance par les véhicules diesel, mais également les nanoparticules métalliques des poussières de freins laissées par tous les véhicules. C'est ce cocktail explosif qui, une fois inhalé, va ensuite se loger dans les alvéoles, et franchir la membrane séparant l'appareil respiratoire du réseau sanguin, soit l'ultime barrière naturelle pour nous protéger des polluants extérieurs les plus dangereux...

Pourquoi parler de ces redoutables PM2.5 seulement maintenant ? Parce que l'Europe, sous l'influence probable de l'industrie automobile se contente encore de surveiller essentiellement les grosses particules, l'ozone et le dioxyde d'azote NO2.

Tout cela partait pourtant d'un « bon sentiment » : dans leur désir de réduire le CO2 pour lutter contre le réchauffement climatique, les motoristes diesel sont arrivés dans une impasse, ce qui a obligé certains, dont Volkswagen, à tricher. Il ne peut pas y avoir de combustion propre, c'est chimiquement impossible. Le temps où un constructeur osait affirmer que l'air sortait du moteur plus propre qu'il n'y entrait est définitivement révolu. Chaque minute qui passe, 1.500 litres d'air sont aspirés puis souillés par un moteur thermique, contre 15 litres d'air inhalés par un piéton dans le même temps... Un véhicule consomme et pollue donc cent fois plus d'air qu'un piéton.

Un Graal de la dépollution... illusoire

Conscients de ce problème insoluble, les constructeurs automobiles et les équipementiers ont appliqué aux véhicules particuliers les systèmes dépolluants utilisés pour les poids lourds, avec la technique dite SCR, la réduction catalytique sélective. Le principe a de quoi séduire : en injectant de l'urée (l'AdBlue que chaque conducteur de diesel doit dorénavant mettre dans un réservoir dédié environ tous les 10.000 km) dans le moteur et/ou pot catalytique, de l'ammoniac se forme instantanément et va réduire le NO2 en... azote N2 de l'air et vapeur d'eau H2O ; c'est le Graal de la dépollution.

Mais voilà... Comme toute réaction chimique, cela ne marche que sur une plage précise de température et de pression. Et cela ne fonctionne pas en dessous de 200°C... Comme il faut rouler plus de 10 km pour que le moteur atteigne cette température : le véhicule diesel pollue jusqu'à dix fois plus que la norme sur la quasi-totalité des parcours urbains.

Le diesel est donc bien un fléau particulièrement en ville, d'où l'importance du passage au 100% électrique ou hybrides rechargeables pour les 18.000 taxis parisiens et les 20.000 VTC ainsi que pour l'ensemble des véhicules de livraison, des bus et des autocars.

Urgence sanitaire

Cette nouvelle forme de « Pollution Euro 6 », qui génère des particules de plus en plus minuscules et redoutables par recombinaison aérienne des polluants, est un problème de santé publique très coûteux pour la collectivité nationale.

La lutte anti-diesel n'est donc pas une obstination dogmatique, c'est un enjeu sanitaire. Il y a urgence. Paris a eu raison d'engager ce combat contre les diesels et d'ouvrir les berges à la piétonisation, de mettre en place la première zone basse émission de France ; Paris a raison de développer la mobilité électrique, l'auto-partage et de rendre son hypercentre de plus en plus piétonnier et cycliste, et de dénoncer l'autosolisme - le fait de circuler seul en voiture, ce qui représente 80% des véhicules dans Paris. Ce combat est juste et nous le gagnerons ensemble car respirer un air potable est un droit universel.

Par Serge Orru,
Conseiller auprès de la Maire de Paris

___

https://www.who.int/airpollution/events/conference/en/

Serge Orru

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