Sobriété : offrir des cadeaux d'occasion, un tabou qui s'érode
Valérie Guillard

Photo d'illustration
DR
Valérie Guillard

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La démarche devient aujourd'hui de plus en plus acceptable. Elle tend même à se banaliser, avec près du tiers de la population partante pour des cadeaux constitués d'objets qui ont déjà vécus (1).
En général, on franchit d'abord le pas pour ses enfants. Les plus petits ne font pas la différence entre jouets neufs et d'occasion. Les parents l'ont bien compris. 86% d'entre eux ont déjà acheté des jouets ayant servis. Entre 2022 et 2023, le marché d'occasion des jouets a cru de 26%.
Pour la plupart, les adolescents et jeunes adultes sont aussi partants. Certains, sensibilisés aux questions environnementales, demandent de tels cadeaux par conviction, pour minimiser le gaspillage de ressources. Beaucoup apprécient aussi de pouvoir accéder à des produits coûteux dont ils ne pourraient obtenir neuf.
L'acceptation par les jeunes générations est peut-être d'autant plus facile que les parents continuent souvent à dépenser autant qu'ils l'auraient fait s'ils n'achetaient pas d'occasion. La dépense permet de jauger l'amour porté. En ne la diminuant pas ou peu, ils achètent donc souvent davantage de cadeaux.
Les familles les plus précaires restent cependant à l'écart du mouvement. Acheter des produits neufs aux enfants est perçu alors comme une manière de leur permettre « d'être comme tout le monde », « d'éviter de se faire moquer dans la cour de récréation » (2). Dans tous les milieux, les cadeaux d'occasion demeurent aussi peu nombreux lorsqu'ils doivent être offerts à des adultes ou hors du cercle familial.
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Peur de passer pour un radin ? Que le geste soit interprété comme un manque d'attention, de reconnaissance ? De provoquer ainsi un froid pendant le réveillon, d'abimer une relation ?
Nos recherches (3) montrent comment chacun négocie entre convictions et traditions. Certains, y compris parmi les plus hostiles à la surconsommation, basculent systématiquement vers l'achat de produits neufs quand il s'agit d'offrir des cadeaux au-delà des très proches et tout particulièrement lorsque les destinataires sont des personnes âgées peu familières d'une telle démarche.
D'autres mentent purement et simplement. Ils achètent de la seconde main, conformément à leurs valeurs. Mais ils ne le disent pas. Ils font passer du presque neuf, pour du neuf, en espérant ne pas se faire repérer.
En réalité, est bien accepté le cadeau d'occasion qui n'aurait pu être acheté neuf, parce que vintage, original. Le fait d'avoir passé du temps et effectué des efforts pour trouver un objet rare ou correspondant à un désir précis, peut aussi compenser aux yeux du destinataire, le fait d'avoir moins dépensé pour lui.
Pour les cadeaux d'occasion moins personnels, si l'on veut éviter la déception, une discussion à froid s'impose, en amont des fêtes, pour expliquer la démarche et voir à quel point l'interlocuteur peut la comprendre et l'accepter. La question de l'emballage a aussi son importance. « S'il n'y a pas de paquet cadeau, ce n'est pas un cadeau », affirment certains.
Restent enfin les familles ou groupes d'amis qui vont plus loin face à la surconsommation et décident d'en finir avec la tradition des échanges de cadeaux. Et si, cette année, on se simplifiait la vie ? Plutôt qu'acheter à chacun un objet, qu'il revendra peut-être dès les fêtes terminées, l'idée est alors de partager ensemble quelque chose de hors du commun, une excellente bouteille, de très bons chocolats, un concert ou un spectacle.
La sobriété demande en réalité des aménagements relationnels, de la créativité, des discussions, de l'écoute, tout ce qui manque aujourd'hui pour que notre société parvienne à se développer harmonieusement.
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(1) Etude Ademe-Credoc-Université Paris Dauphine 2022
(2) Etude Credoc-Agence du don en nature, septembre 2024
(3) Guillard, Valérie. "Comment déconsommer et faire face à sa sphère sociale: Une analyse du défi «Rien de neuf» par la théorie de Goffman." Revue française de gestion 49.3 (2023): 39-61.
Valérie Guillard