« Soft power », diplomatie institutionnelle et diplomatie participative : les trois pouvoirs de l'influence française
Véronique Chabourine

Photo d'illustration
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Le 17 octobre 2024, le Président Emmanuel Macron représentait la France au sommet des chefs d'État de l'Union européenne, tandis que le Premier ministre Michel Barnier participait, lui, à une réunion de son groupe politique, le Parti Populaire Européen (PPE). Cette situation au-delà de l'apparente coïncidence, a éveillé des interrogations médiatiques quant à une éventuelle concurrence émergente.
Pour Emmanuel Macron, les affaires européennes relèvent de son "domaine réservé". Bien que la diplomatie et les orientations politiques relèvent de sa prérogative, la gestion administrative et technique est partagée avec le Premier ministre. La présence de Michel Barnier à Bruxelles ne s'inscrit pas en dehors d'une dynamique d'alignement stratégique avec la présidence, mais met en lumière une réalité d'influence non pas entre les deux chefs de l'exécutif, mais bien entre les courants auxquels ils appartiennent. Macron, avec Renew Europe, et Barnier, via le Parti Populaire Européen (PPE). Depuis les dernières élections européennes, le PPE s'est renforcé, arrivant en tête avec environ 25% des sièges au Parlement européen. Renew Europe a vu sa représentation diminuer, passant de 13 à 10,7% des sièges au Parlement européen. Michel Barnier, affilié au parti Les Républicains et donc au PPE, bénéficie de son influence acquise en tant que commissaire européen et négociateur du Brexit. Emmanuel Macron, en tant que chef de l'État, siège au Conseil européen, et conserve la plus grande influence, dite institutionnelle au sein de l'Union européenne.
Le 29 octobre, le sondage Odoxa-Mascaret pour Public Sénat révèle que 75% des Français sont mécontents du Président, et que 62% estiment que Michel Barnier n'est pas un bon premier ministre. Ces sondages révèlent une impopularité croissante, mais celle-ci ne signifie pas une perte d'influence totale. L'influence dépend aussi du soutien institutionnel et de la capacité à répondre aux enjeux du moment.
Les trois piliers de l'influence française. Dans ce contexte, l'influence du Président et du Premier ministre, bien que mises à l'épreuve par des taux d'impopularité élevés, repose sur des rôles complémentaires. Le Président incarne un « soft power » (pouvoir d'attraction) positionnant la France comme puissance d'influence, tandis que le Premier ministre déploie une diplomatie institutionnelle axée sur les alliances et la feuille de route du gouvernement. Pour être pleinement efficace, cette double influence nécessite l'adhésion de la société civile et des citoyens.
La société civile, véritable troisième pouvoir, exerce une influence indépendante, en complément ou en contrepoids aux institutions. Le sociologue Pierre Rosanvallon, dans son livre (1), met en lumière comment cette influence prend forme à travers la vigilance active des citoyens, qui évaluent et parfois légitiment les politiques publiques. Cette influence se reflète dans des indices comme le CIVICUS Monitor qui évalue l'état de l'espace civique mondial. Selon les données de 2023, la France se classe comme "rétrécie" en raison des restrictions en matière de manifestations, malgré un espace civique dynamique. L'indice de démocratie du V-Dem soutient également cette vision, en attribuant à la France un niveau élevé de participation civique. La légitimité des dirigeants, et plus largement leur influence, dépend fondamentalement de leur capacité à résonner avec la société civile et maintenir la confiance des citoyens. Acteurs d'influence, ceux-ci rappellent aux responsables politiques que, pour que leur influence soit efficace, elle doit s'inscrire dans une dynamique d'écho favorable au sein de la société. Les travaux de la politologue Elisabeth Noelle-Neumann illustrent comment la société civile peut imposer aux dirigeants de répondre aux opinions dominantes, sous peine de perdre leur légitimité. Le chercheur Christopher Hill, dans un rapport, souligne également le rôle fondamental des acteurs non étatiques pour asseoir une influence pérenne.
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Outre-Atlantique, des leaders comme Barack Obama et Justin Trudeau ont intégré une approche participative en renforçant le rôle des ONG et des citoyens dans les débats internationaux. Cette méthode, appelée diplomatie participative, implique les citoyens et les organisations dans les décisions de politique étrangère, alignant ainsi l'influence d'un pays sur des valeurs partagées telles que la défense des droits humains ou le climat. Par exemple, Obama a initié des programmes comme le Young African Leader initiative ou la plateforme We the people, permettant aux citoyens de soumettre des pétitions en ligne sur des sujets de politique intérieure et internationale. Les propositions les plus populaires recevaient des réponses officielles de la Maison Blanche.
En France, des initiatives telles que la Convention Citoyenne pour le Climat et le Grand Débat National ont démontré que les citoyens peuvent apporter des propositions concrètes et influencer la politique. Cependant, pour aller plus dans cette démarche de diplomatie participative, le gouvernement, à l'initiative du Président, pourrait mettre en place une plateforme en ligne inspirée du Grand Débat, mais fonctionnant de manière régulière et durable. Par ailleurs, certaines rencontres, telles que la Conférence annuelle des Ambassadrices et des Ambassadeurs, pourraient être ouvertes à une sélection de citoyens afin de favoriser une plus large représentativité et un échange enrichi entre des personnalités politiques, des décideurs et la société civile. Le Forum de Paris sur la Paix, par exemple, aurait pu devenir un modèle de cette diplomatie participative, pourtant, il s'est progressivement transformé en un espace principalement réservé aux chefs d'États et grandes organisations, restreignant l'accès des voix citoyennes. Aux États-Unis, la participation citoyenne est soutenue par des structures rattachées au Président, comme l'Office of public engagement (OPE). En France, une structure similaire directement liée à la Présidence, pourrait dépasser les fonctions de la direction interministérielle du numérique (DINUM) et de l'initiative Etalab, pour renforcer la diplomatie participative et l'engagement citoyen.
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(1) La contre-démocratie de Pierre Rosanvallon, Paris, Éditions du Seuil, 2006, 345 p.
(2) Britain's Greatest Assets: Soft Power and the UK's Roles in the World (London, British Academy, 2014).
Véronique Chabourine