Spatial militaire: il est temps de passer à la vitesse supérieure
Jean-Daniel Testé

Jean-Daniel Testé, général de brigade aérienne, GBA (2S)
DR
Jean-Daniel Testé

Jean-Daniel Testé, général de brigade aérienne, GBA (2S)
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Alors que les plus hautes autorités françaises (président de la République et ministre de la Défense) viennent publiquement de prendre position sur la nécessité de pérenniser, de compléter et de sécuriser notre composante spatiale militaire, l'équation posée aux bureaux capacitaires des armées, aux services de programme, à la Direction générale de l'armement (DGA) et aux gestionnaires du budget de la Défense est extrêmement complexe : comment prendre en considération ces nouvelles capacités dans une loi de programmation militaire, déjà pleine comme un œuf ?
La façon d'approcher la problématique est diverse, fonction des cultures et des origines des organismes ou des individus :
Je ne souhaite polémiquer avec aucun, je vais juste me borner à des réponses simples.
Aux premiers, je dirais : ouvrez les yeux et entrez enfin dans le monde moderne, celui de l'espace extra-atmosphérique et du cyberespace. La guerre de demain se gagnera -ou plutôt se perdra- dans ces deux domaines.
Aux seconds, je ferais remarquer qu'il y a plus de trente ans, la même attitude avait prévalu pour le financement des premiers satellites militaires de télécommunications et d'observation. Or, une dizaine gouvernements se sont succédé et rien n'a jamais été remis en cause, tant le politique a vite compris le surcroît de puissance que les capacités spatiales apportaient à notre pays, militairement et diplomatiquement.
Pour les derniers enfin, j'espère que personne ne sera dupe de la démarche et que tous les mécanismes de contrôle seront en place pour éviter que les ressources attribuées à l'espace (financières ou en personnel) ne soient détournées pour d'autres activités ou acquisitions.
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Ceci étant dit, l'équation n'en est pas résolue pour autant. Il faudra faire des choix, et ils seront dramatiques : plus d'espace voudra certainement dire moins d'une (ou plus) autre capacité. Je ne m'aventurerai pas sur ce terrain, le laissant à ceux dont le métier est la cohérence interarmées. En revanche, en ce qui concerne les nouvelles capacités spatiales, je vais me risquer à une priorisation empirique.
L'urgence est la connaissance, la première priorité doit donc être donnée aux moyens de surveillance de l'espace : acquisition de la capacité de surveillance de l'orbite géostationnaire, d'abord puis modernisation de nos capacités de surveillance des orbites basses.
La seconde priorité doit être la sécurité en orbite, le développement des moyens d'autoprotection embarqués doit être initié à court terme.
Le premier pas vers la dissuasion spatiale devra suivre, par le développement des moyens d'action vers l'espace depuis le sol (Laser, brouilleurs, micro-ondes...)
Enfin, le déploiement de moyens d'action dans l'espace doit être envisagé pour compléter la capacité dissuasive.
Sur un plan calendaire, notre composante de surveillance toutes orbites devra être opérationnelle à l'horizon 2025.Tous les satellites de la génération suivante (post-SYRACUSE IV, post-CSO, post-CERES), c'est-à-dire vers 2030, devront être équipés de systèmes d'autoprotection. Les moyens d'action vers l'espace depuis le sol pourront être échelonnés de 2027 à 2032.
Enfin, les systèmes d'actions dans l'espace devront entrer en service à l'horizon 2035. Il y a évidemment beaucoup de place pour une coopération européenne, mais il faut que l'Allemagne et la France se décident enfin à montrer l'exemple.
Au bilan, beaucoup de capacités pour les prochaines lois de programmation militaire (LPM) et peu dans celle en cours, mais beaucoup d'études préliminaires et de développements exploratoires à conduire et à financer rapidement.
Jean-Daniel Testé