Taxe GAFA : un retour de boomerang pour les PME françaises

 |  | 674 mots
Lecture 3 min.
(Crédits : Reuters)
OPINION. La mise en place de la taxe GAFA n'est pas une victoire pleine et entière. Facilement prévisible, les États auraient dû être anticipés que les Big Tech allaient répercuter cette taxe aux consommateurs et aux PME. (*) Par Arnaud Hacquart, président-fondateur d'Imodirect

Sans doute une majorité de Français se sont-ils réjouis, au nom de leur attachement à leur pays, au nom de la protection de nos entreprises nationales, que soit créée une taxe spéciale pesant sur les GAFA. Il s'agit d'un impôt spécifique applicable aux leaders mondiaux du numérique, notamment les quatre plus importantes sociétés de ce secteur, Google, Amazon, Facebook et Apple, qui ont donné leurs initiales à l'acronyme GAFA. Voté par le parlement le 11 juillet 2019, cet impôt taxe les entreprises « à hauteur de 3% les recettes tirées des prestations de ciblage publicitaire (...) et des prestations de mise en relation entre internautes ».

Victoire à la Pyrrhus et politique à courte vue

Ce geste protectionniste, violemment rejeté par les États-Unis, a d'abord été enrayé avant que la négociation menée par l'OCDE n'aboutisse à la taxe mondiale que l'on sait, grâce au soutien engagé du ministre français de l'Économie et de la relance, Bruno Le Maire.

Voilà que Google vient de décider de taxer à son tour de 2%, soit l'essentiel de la taxe qu'il acquitte, le chiffre d'affaires généré par la clientèle des entreprises recourant à ses services, dont les plus petites d'entre elles et les plus fragilisées par la crise sanitaire et économique. La décision en a été prise le 2 mars : dans les deux pays qui ont soutenu avec le plus d'enthousiasme l'idée de cette taxe, à savoir la France et l'Espagne, il est exigé des annonceurs des frais additionnels sur le montant de l'espace numérique acheté. Avec la plus haute transparence, Google a écrit à ses clients pour leur expliquer qu'il s'agissait simplement de « couvrir une partie des coûts associés au respect de la règlementation concernant la taxe sur les services numériques en France ». En somme, les GAFA -les autres suivront Google sans délai- font payer aux entreprises, du pays qui a œuvré à la taxe qui les pénalise, l'essentiel de la charge. Le résultat est pitoyable ; il était facilement prévisible et aurait dû être anticipé.

L'immobilier en ligne de mire

Dans l'ordre des entreprises qui vont faire les frais de cette taxe archaïque, celles qui ont réagi avec le plus de pertinence aux circonstances économiques, développant tous azimuts le recours au digital et choisissant ce média pour distribuer leurs produits et leurs services, vont être les premières perdantes. Les startups, qui avant toutes les autres, ont dématérialisé leur métier, répondant par anticipation sinon par prescience aux exigences du moment, vont payer, et certaines en seront affaiblies.

L'immobilier sera d'évidence l'un des secteurs les plus atteints : les acteurs professionnels, spécialistes de la vente ou de la location, ne peuvent en aucun cas se passer de ces vitrines digitales qui sont aujourd'hui le canal de référence pour trouver des clients. Les plus traditionnels des agents immobiliers et des administrateurs de biens ont été convaincus par la crise de la Covid d'exploiter au maximum la puissance du numérique, en respectant en même temps les contraintes sanitaires.

Les méthodes de prospection ont évolué ; quelle agence immobilière aujourd'hui ne fait pas la promotion de ses services en achetant des mots clés sur Google ? Raisonnablement aucune !

Au-delà du constat de la cécité et de l'inconséquence du gouvernement, le pire est à craindre quant à la relance de l'économie nationale : on expose tout un tissu d'entreprises dynamiques et performantes, qui ont préféré s'adapter plutôt que d'être sous perfusion de la collectivité, à des charges plus lourdes. On compromet ainsi la relance et le redressement du pays, au plus mauvais moment. Il est encore temps pour l'État français de comprendre qu'une décision doit être pesée à l'aune de ses conséquences macro-économiques et micro-économiques... Et aussi que la capacité de repentir est une vertu pour des décideurs publics. La taxe GAFA est une erreur politique lourde et il faut revenir dessus toutes affaires cessantes.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/03/2021 à 13:01 :
Sophismes à la pelle.
1) Ce Monsieur juge-t-il normal que toutes ces sociétés anglos-saxonnes échappent à l'impôt en Europe (notamment en France) ?
2) N'y a-t-il pas d'autres technologies que celles anglo-saxonnes ?
Réponse de le 28/03/2021 à 16:09 :
1) Elles échappent à l'impôt légalement, en utilisant la réglementation de l'U.E. Si celle-ci est mal ficelée, il n'y a qu'a la changer. Et si ce n"est pas possible parce-qu'il faut que la totalité des pays de l'U.E. soient d'accord, et qu'ils ne le sont pas, il faudra vivra avec des mesures stupides d''un point de vue économique, qui n'auront comme résultat que d'appauvrir les citoyens de l'U.E.

2) Pas qui soutiennent la comparaison, non. Essayez de créer une machine virtuelle chez Amazon AWS, puis de faire la même chose avec leur concurrents, et vous comprendrez - j'ai essayé suite à la lecture d'un article de la tribune dans lequel un acteur du Cloud de l'U.E. soutenais que son offre était équivalente, ce n'est tout simplement pas vrai.
a écrit le 23/03/2021 à 22:18 :
Ca on l'a tous dit, c'est le particulier qui in fine payera la note, tout ça pour des maniaques des impôts.
On peut imaginer tout comme dans les as de la jungle miguel le gorille avec son gourdin "taper!, taper; taper!" Bruno notre ministre du trésor avec son stylo "taxer!, taxer!, taxer!"
Ca me fait penser à la Bretagne dont les gens gagnent moins mais sont plus riches car l'autoroute est gratuite.
Vous vous rendez compte, ces abominables entités plus virtuelles qu'autre chose qui entrent dans les pc et les smartphones sans même payer un impôt!
Pourquoi un monde virtuel devrait financer un monde réel? irl vs ig!
Ce n'est pas cohérent
a écrit le 23/03/2021 à 15:13 :
Cette tribune d'opinion semble pour le moins intéressée.
Il est normal que des entreprises très rentables acquittent une forme d’impôt sur les sociétés.
L’obligation de paiement des taxes et impôts fait partie du modèle économique de toute entreprise.
Le fait que Google et consorts répercutent directement les taxes sur leurs clients n’est pas anormal. Leur capacité à le faire découle de leur position dominante : c’est plutôt cela le problème.
a écrit le 23/03/2021 à 14:10 :
2% de plus sur des pubs pour l'immobilier chez Google et alors ? Au pire c'est Leboncoin ou PAP qui raflera la pub à la place de Google, quelle différence pour l'économie française ou le client français?
Prenons le problème en sens inverse, toutes les taxes sont in-fine payées par le consommateur final. Alors, pourquoi on ne vire pas toutes les taxes tant qu'à faire ?
3% de taxes de plus sur une usine qui fabrique des automobile et qui doit exporter, oui je comprends le problème. 3% sur un marché local (pub pour des produits vendus en France); on s'en fout! De toute façon tout les acteurs paieront la même chose !
Au contraire, pour une fois que le gouvernement est allé combler un trou (béant) dans la fiscalité, puis ne la pas fermée, et n'a pas reculé devant la pression des USA, je suis fier de pouvoir dire qu'ils ont fait un truc vraiment bien.

Ne pas perdre de vue que cet article est écrit par le président de la "1ère agence digitale française"; le mec prêche pour sa paroisse quoi. Vous profitiez d'un défaut du système précédemment mon bon monsieur.
Bref, un article bien biaisé!
a écrit le 23/03/2021 à 12:49 :
Mais vous débarquez les journalistes. Amazon a répercuté les 3% à tous les vendeurs utilisant la marketplace des novembre 2019.....
a écrit le 23/03/2021 à 8:28 :
Non mais vous avez vu le niveau intellectuel de notre classe dirigeante européenne repus de dumping fiscal et social ? A part entasser le pognon dans leurs paradis fiscaux le reste ils s'en tapent totalement dorénavant plus capables de produire la moindre pensée rien qu'à moyen terme.
a écrit le 23/03/2021 à 8:21 :
" les États auraient dû être anticipés que les Big Tech allaient répercuter"
les États auraient dû anticiper que les Big Tech allaient répercuter ??

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :