Wanted : à la recherche des nouveaux talents de l'Intelligence Artificielle

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Benjamin Revcolevschi.
Benjamin Revcolevschi. (Crédits : Fujitsu)
Le rapport Villani a insufflé une formidable dynamique dans le paysage de l'intelligence artificielle en France. Plus de six mois après, il est temps d'en dresser un bilan et de définir ses perspectives réelles. Par Benjamin Revcolevschi, directeur général de Fujitsu France.

Fin mars, le député et mathématicien Cédric Villani a présenté un rapport, commandé par le gouvernement, sur l'Intelligence Artificielle (IA). Ce rapport met en avant de nombreuses orientations et recommandations destinées à tirer le meilleur parti possible de cette révolution imminente. Plus de six mois après, il est temps d'en dresser un bilan et de définir ses perspectives réelles.

Parmi les nombreuses pistes explorées, tout un volet du document est consacré à l'impact de l'intelligence artificielle et de la robotisation sur l'emploi. Le Gartner, dans une étude récente, estimait ainsi à 1,8 million le nombre d'emplois amenés à disparaître aux États-Unis d'ici à 2020 du fait de la robotisation [1].

L'IA pourrait créer plus d'emplois qu'elle n'en détruit

Contrairement aux commentaires souvent entendus sur les robots capables de remplacer la quasi-totalité de la population active, le rapport Villani prévoit que l'intelligence artificielle pourrait créer plus d'emplois qu'elle n'en détruit. Il prédit même que, dans les cinq années à venir, le nombre net de nouveaux emplois aux États-Unis atteindrait, grâce à l'IA, 2 millions.

Plusieurs initiatives pour y arriver sont ainsi proposées. Le rapport Villani encourage d'abord la création, par le biais d'une sélection d'établissements publics d'enseignement et de recherche, d'un réseau d'instituts interdisciplinaires avec pour maître-mot l'IA. Ces derniers viendraient renforcer la place mondiale tenue par la France dans le monde de la recherche. Ces instituts réuniraient chercheurs, ingénieurs et étudiants.

La France un acteur clé ?

Il souligne également l'engagement de grands acteurs qui prendront part dans cette transformation, parmi lesquels Microsoft, Facebook ou Google. Au-delà de la simple énumération de géants de la high-tech, ce rapport est bien plus l'occasion de mettre l'emphase sur les entités qui, par leur effort, permettront son avènement : les partenaires privés. Par le développement de solutions nouvelles, nous serons ensuite en mesure de recruter des ingénieurs spécialisés consolidant ainsi les avancées technologiques en IA.

Mais la véritable question est plutôt celle faisant de la France un acteur clé, et qui plus est attractif, de ce changement, à l'échelle internationale. Il propose ainsi de revaloriser les carrières d'enseignants-chercheurs et de chercheurs, en particulier en début de carrière. L'intention est claire : éviter la fuite des cerveaux vers les États-Unis et de tarir définitivement le flux de jeunes dont l'envie première serait de s'investir dans l'enseignement supérieur et la recherche académique.

Des emplois totalement nouveaux vont faire leur apparition

Enfin, il fixe un objectif ambitieux en indiquant vouloir multiplier par trois le nombre de personnes formées en IA d'ici 3 ans avec des actions spécifiques visant, entre autres, à féminiser les formations en mathématiques et en informatique pour atteindre au moins 40% de femmes dans les filières du numérique. Il évoque aussi la possibilité de créer de nouveaux cursus et de nouvelles formations à l'IA : programmes croisés, doubles cursus (droit/IA par exemple), formations de haut niveau en IA (doctorat, master). Des financements comme des bourses pour les niveaux masters ou doctorants reliés à l'IA seraient également accessibles pour la nouvelle vague d'éminence grise française.

Le rapport Villani ne donne volontairement pas d'exemples concrets de ces nouveaux métiers que l'IA viendra bientôt enrichir. Il anticipe la fin de tâches répétitives, notamment dans les secteurs du retail ou de l'industrie. Ces changements permettront la libération de temps et de ressources pour optimiser l'expérience utilisateur et fournir un service bien plus abouti et personnalisé. Et, comme tel fut le cas pour les révolutions industrielles antérieures, ce sont surtout des emplois totalement nouveaux qui vont faire leur apparition.

Le rapport Villani a montré la voie, à nous de construire ce futur

Ceux pariant dès à présent sur l'émergence de nouvelles spécialisations, dans les domaines juridiques et de médiation, pour ne nommer qu'eux, ont peu de chances de se tromper. Ces nouveaux débouchés, encore à l'état embryonnaire, ne sont permis que par les retombées de l'IA. Ainsi, dans le domaine de la santé, les différentes annonces quotidiennes d'innovations laissent imaginer, voire fantasmer, tout le potentiel de l'intelligence artificielle et des structures qui devront être mises en place pour permettre sa bonne application.

Le rapport Villani insuffle donc une formidable dynamique dans le paysage de l'intelligence artificielle en France mais il ne se suffira pas à lui-même : c'est à nous tous, acteurs du numérique, de faire de ces ouvertures les boulevards de la croissance à venir. Le futur économique de notre pays passe par la compréhension des enjeux à venir, mais aussi par la prise de conscience des atouts qui sont les nôtres et de la dose d'esprit pionnier qu'il faut insuffler chez nos forces vives pour ne pas rater ce virage.

Le rapport Villani nous a livré des pistes de réflexion. A nous de leur donner vie.

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NOTE

[1] https://www.deplacementspros.com/Etude-Gartner-l-IA-va-creer-des-emplois-Y-compris-dans-le-business-travel_a46143.html

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