"Zero cash economy" : la mort annoncée de l’argent liquide

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(Crédits : Reuters)
La fin de l’argent liquide se rapproche sur fond de paiement mobile et de cryptomonnaie. Par Olivier Mathiot, Président de Price Minister-Rakuten Vice-Président de l'association France Digitale.

Quelques jours avant Noël, le record de nombre de transactions effectuées en un seul jour par carte bancaire en France a été battu (plus de 45 millions). Nous sommes en train d'assister à la fin d'un monde : celui de l'argent liquide, des pièces et des billets. Les paiements numériques prennent le dessus : en magasin, sur téléphone mobile et sur ordinateur. Il y a quelques années les restaurants Starbucks et les Apple Store commençaient à tester le paiement par application mobile dans leur point de vente américains, ce qui, pour ce dernier, devait devenir Apple Pay. Dorénavant les paiements mobiles se généralisent dans de nombreuses enseignes (telles que Zara) qui ont développé leur propre porte-monnaie électronique qui permet le paiement en caisse avec un smartphone.

D'ailleurs les paiements par CB sans contact (technologie NFC embarquée dans la puce de votre carte plastique) ont explosé en 2017, dépassant le milliard de transaction (!) et levant les derniers freins sur les faibles montants en magasins, qui étaient le dernier pré carré de la « petite » monnaie. Paiements sans contact au péage d'autoroute, ou au portillon du métro sont dorénavant intégrés dans le quotidien de nos déplacements.

Plusieurs solutions technologiques sont apparues ces dernières années sur des usages spécifiques : avec Lunch'R, par exemple, il est possible de réserver et de prépayer en ligne un plat en avance puis d'aller le chercher sans avoir à régler dans le restaurant. Même les historiques tickets resto, autre forme vieillotte de monnaie papier, peuvent être remplacés par l'application Restoflash sur votre téléphone. Leetchi propose un pot commun entre particuliers répondant au problème précis de la mutualisation des paiements entre amis ; Limonetik permet de rendre utilisables et liquides toutes les formes alternatives de paiements telles que les programmes de fidélité ou les cartes de crédit ; Lydia qui propose le remboursement entre particuliers à partir du téléphone a développé un moyen de paiement mobile via flashage de QR code. Orange a lancé Orange Cash qui propose un paiement sans contact sur un mobile équipé de NFC. En bref, les innovations numériques explosent à tout-va.

Alors qu'en France le cash représente encore environ 50% des paiements selon la Banque de France (données 2016). En Chine, le ratio en valeur serait tombé à... 5%, avec une très forte décroissance sur les dernières années ! En effet, les portefeuilles (wallets) de paiements électroniques tels que Alipay (développé par Alibaba) ou Wechat (Tencent) ont su conquérir massivement le grand public pour les achats aussi bien on- que off-line principalement grâce à deux arguments : la confiance (que l'on ne place pas toujours dans le cash, notamment dans les pays émergents ou politiquement instables) et la simplicité d'usage. Aujourd'hui on retrouve Alipay dans les taxis à Tokyo : la « sélection naturelle » explique l'expansion dans le continent asiatique à vitesse grand V. Pour des raisons similaires, le continent africain est en train de basculer également dans ce monde du paiement mobile. À Paris ou Marseille, les chauffeurs de taxi, il y a quelques années, préféraient le liquide (sic !), mais l'arrivée des VTC prépayés électroniquement sur mobile a contraint la vieille profession à basculer définitivement dans le paiement par carte.

Certains parlent de « darwinisme des moyens de paiement ». Le plus pratique, le plus rapide, le plus sécurisé finit par l'emporter sur les autres.

Il est presque émouvant de se remémorer que l'invention de la monnaie (sous la forme de pièces métalliques) date du 7e siècle avant notre ère dans le royaume de Lydie puis à Babylone. Le privilège de battre monnaie a été un droit royal puis gouvernemental, délégué désormais à une banque centrale. La monnaie est une arme de la nation et du pouvoir politique sur les fronts du commerce extérieur et du pouvoir d'achat des citoyens. Quand les pays européens ont conjointement décidé de renoncer à leurs monnaies locales pour l'Euro, le symbole de « communauté » européenne était puissant. Rappelez-vous cependant que l'Euro date de 1999 (pour les transactions financières) et qu'un an auparavant était créée la startup Paypal, qui a été la première à proposer de simplifier le transfert numérique d'argent entre particuliers par simple email. Paypal est un des plus gros succès emblématiques de la Silicon Valley (à l'origine des fortunes de Elon Musk ou de Peter Thiel entre autres). Depuis cette période, l'économie collaborative, comme PriceMinister, Airbnb, Blablacar, etc. a révolutionné les transactions entre particuliers (achats de produits, de services, de location, etc). L'intermédiation de paiement permet à deux individus de se payer sans échanger de « cash », donc en sécurité (sans ne plus avoir besoin de transporter sur soi de l'argent liquide), avec une garantie de paiement (contre le risque de fausse monnaie ou de carte bleu volée ou de chèque sans provision) offerte par la plateforme tiers de confiance.

Quels sont aujourd'hui les attributs qui demeurent en faveur de l'argent liquide ?

L'anonymat : cette caractéristique est justement celle des cryptomonnaies issues de la technologie de la blockchain, comme le Bitcoin dont le cours s'est enflammé fin 2017. On reproche au Bitcoin des usages immoraux ou illégaux sur le darknet, qui sont pourtant les mêmes critiques que l'on formule à l'encontre du cash qui favorise toutes sortes de trafics mafieux ou de marché noir.

Le darwinisme monétaire prolonge ainsi son œuvre. Car ces nouvelles monnaies numériques présentent un avantage supplémentaire qui pourrait les faire s'imposer: l'indépendance politique et économique de tout pouvoir centralisé puisque leur infalsifiabilité provient du principe même de leur innovation qui consiste à distribuer et rendre totalement transparentes et vérifiables par chacun toutes les transactions inscrites dans la blockchain.

La confiance sera donc à l'avenir probablement décentralisée, c'est-à-dire à l'opposé de celle qui sous-tend le privilège central et politique de battre monnaie et de contrôler la planche à billets.

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Commentaires
a écrit le 22/01/2018 à 10:42 :
Bonjour

Tribune très simpliste.

Quid en cas de panne de systèmes informatiques? Comment réagir à des taux négatifs annoncées par les banques => on ne peut plus sortir ses économies? Même question avec les pourcentages prélevés sur toutes ces transactions.

La multiplication des options de systèmes de paiement est un fait, la nécéssité d'une alternative non-technologique (papier / métal) me parait également évidente.

Bonne continuation
Nicolas M.
a écrit le 18/01/2018 à 15:02 :
Merci pour la messe néolibérale mon père mais je suis athée.

Puis price minister c'est un des sites de vente en ligne les plus mauvais...

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