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Politique - La Tribune Bordeaux

"Les maires attendent un minimum de considération de la part de l'Etat"

Photo de Pierre Cheminade

Pierre Cheminade

Publié le 19 novembre 2018 à 16:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:17

AMG

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PC / La Tribune

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Alors que le 101e Congrès des maires se tient cette semaine à Paris, en l'absence du président de la République, l'Association des maires de Gironde a rappelé le sentiment de "révolte" qui anime ses membres. Entre contrainte financière et injonctions contradictoires de l'Etat, les maires girondins semblent à un pas de se décourager.

C'est une mauvaise nouvelle de plus pour les maires de France réunis pour leur congrès annuel à Paris du 20 au 23 novembre : contrairement à son engagement d'y venir chaque année, Emmanuel Macron a annoncé qu'il ferait l'impasse sur l'évènement, laissant le soin à son Premier ministre de s'exprimer devant les édiles. Une décision qui intervient après des mois de relations très difficiles entre l'Etat et les collectivités sur fond de tensions financières.

"C'est une déception supplémentaire qui vient ajouter à l'inquiétude de nombreux maires et conseillers municipaux dont une partie envisage de ne pas se représenter en 2020", confirme Gérard César, président de l'Association des maires de Gironde et maire de Rauzan (1.200 hab.) depuis 2001. "La suppression de la taxe d'habitation, qui est un levier important de l'action communale, et la campagne #BalanceTonMaire sur les réseaux sociaux ont été très mal vécues par les maires", ajoute-t-il, préférant se référer au #MaCommuneJyTiens lancé par l'Association des maires de France.

"L'Etat nous réduit nos recettes tout en nous demandant d'en faire toujours plus en matière de service public. A un moment, je comprends que des collègues puissent dire "trop, c'est trop, ça suffit !" Mais c'est davantage de la révolte que du découragement", témoigne Christophe Duprat, trésorier de l'association départementale et maire de Saint-Aubin-du-Médoc (7.000 hab.) depuis 2005. Une récente enquête du Cevipof, montre en effet que 51 % des maires interrogés envisagent de ne pas se représenter, contre 30 à 40 % en 2014.

Défendre l'autonomie fiscale

Dans ce contexte, les maires défendent le maintien d'une autonomie fiscale, avec pouvoir de taux, pour chaque échelon de collectivité et en particulier pour les municipalités.

"Nous demandons une pause dans les réformes territoriales et dans la baisse de la dotation versée par l'Etat aux communes et l'instauration d'une ressource fiscale pérenne avec la possibilité pour le maire d'en moduler le taux. C'est la seule manière pour pouvoir faire et assumer des choix politiques devant nos électeurs", lance Christophe Duprat. "Et au-delà de ces aspects financiers, nous demandons un minimum de considération de la part de l'Etat ! Nous demandons de pouvoir discuter des réformes qui nous concernent."

Dans les faits, la suppression par tiers de la taxe d'habitation de 80 % des contribuables entre 2018 et 2020 est, pour l'heure, compensée à l'euro près par l'Etat sous forme de dégrèvement par rapport aux bases d'imposition de 2017, ce qui signifie que les hausses de taux décidées par les maires à compter de 2018 restent à la charge du contribuable local.

La suite de la réforme fiscale et la nature de la compensation dans le temps doit être précisée puis discutée au printemps prochain dans le cadre d'un texte de loi dédié. "En supprimant la taxe d'habitation, le gouvernement déresponsabilise les maires et coupe un lien fiscal entre le maire et les habitants", regrette à son tour Pierre Ducout, le 1er vice-président de l'AMG et maire de Cestas (17.000 hab.) depuis 1972, qui ne se fait pas d'illusion sur la suite : "Depuis que je suis maire, toutes les compensations d'impôts supprimés ont été réduites ou ont disparu avec le temps". Une réalité qui est devenue un marqueur des relations financières entre l'Etat et les collectivités.

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"La vérité c'est que personne, pas même le gouvernement, comment sera financée cette compensation", conclut Gérard César. Et quand on lui demande ce qu'il attend du Premier ministre et ancien maire du Havre, Edouard Philippe, qui s'exprimera devant les maires jeudi 21 novembre, Gérard César répond laconiquement : "Rien..."

Si ce n'est pas du découragement, c'est au moins de la résignation.

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En chiffre :

  • 195 des 538 communes de Gironde (soit 36 %) ont connu en 2018, selon l'AMG, une baisse de la dotation que leur verse l'Etat (DGF) malgré le maintien de l'enveloppe globale au niveau national. Il s'agit notamment de communes dont le revenu par habitant dépasse un certain niveau et dont la dotation est automatiquement réduite.

Gilets jaunes : les maires avaient senti monter la colère

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Si les trois maires girondins n'ont pas revêtu de gilets jaunes ce weekend, le maire de Cestas et celui de Saint-Aubin sont passés saluer les manifestants sur les barrages filtrants et ne se disent pas surpris par l'éclosion de ce mouvement de protestation. "C'est une colère et une exaspération qu'on avait senti monter auprès de nos concitoyens. Cela dépasse très largement un mouvement de droite ou d'extrême-droite", juge Christophe Duprat tandis que Pierre Ducout appelle à "ne pas diaboliser l'automobile et les Français qui l'utilisent. Il faut probablement changer de modèle mais pas avec une évolution brutale. Il faut les entendre et les accompagner."

Pierre Cheminade

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