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Politique - La Tribune Bordeaux

Ford Aquitaine Industries : Etat, repreneur et syndicats ne désarment pas

Photo de Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean

Publié le 18 décembre 2018 à 13:54 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:10

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Alors que la procédure du PSE lancé par le groupe Ford dans sa filiale Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Gironde), vient d’arriver à son terme, les autres acteurs ne veulent rien lâcher, qu’il s’agisse du ministère de l’Economie et des finances, du repreneur, le groupe belge Punch, ou de l’intersyndicale. Le temps que le PSE soit homologué par les services de l’Etat, les syndicats espèrent que Punch sera en mesure de présenter un plan détaillé pour la reprise de FAI.

La procédure d'information consultation des salariés de l'usine Ford Aquitaine Industries (FAI), dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi lancé par Ford Motor Company (FMC), est comme prévue arrivée à son terme ce mardi 18 décembre. Le comité d'entreprise de FAI a été régulièrement informé et consulté. Mais cette procédure, malgré son côté normalement décisif, est essentiellement formelle.

"Effectivement l'avis de notre comité d'entreprise sur le PSE est négatif mais légalement ça ne compte pas. Cela dit nous n'abandonnons pas la perspective de voir l'usine poursuivre son activité grâce à un repreneur, parce que nous savons que l'Etat ne veut pas lâcher, tout comme le groupe belge Punch, qui veut reprendre l'usine", confirme pour La Tribune Vincent Alauze, délégué CGT à Ford Aquitaine Industries.

Avant d'entrer en application le PSE va être transmis à la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) de Nouvelle-Aquitaine, qui devra le valider.

A la recherche d'un accord "raisonnable" et "réaliste"

"Sauf erreur, la Direccte dispose de 21 jours pour homologuer le PSE. Si elle décide de le retoquer, alors Ford aura de son côté deux mois pour en présenter une nouvelle version. Nous voulions savoir ce que dirait Ford si, le temps que la totalité de la procédure soit épuisée, le groupe Punch était en capacité de produire une lettre d'intention concernant la reprise de FAI. Mais la direction de Ford n'a pas souhaité nous répondre", égrène Vincent Alauze.

Cette lettre d'intention comprendrait notamment l'engagement des futurs clients de FAI une fois l'usine reprise par Punch. Si elle n'a pas souhaité répondre au comité d'entreprise de Ford Aquitaine Industries, la direction de Ford France a par avance tenu à neutraliser cet argument.

"...De plus, nous avons toujours affirmé que tout acheteur devait avoir un plan d'entreprise viable, à long terme et que tout accord devrait être raisonnable, réaliste et dans l'intérêt des salariés de FAI, de Ford et du repreneur" déroule ainsi ce mardi matin Ford dans son communiqué officiel, qui, étant donné les circonstances, ne manque pas de piquant.

Pour Ford la proposition de reprise n'est pas sérieuse

"Nous ne croyons pas que les plans du repreneur potentiel offrent le niveau de sécurité et de protection, ou limitent le risque de possibles pertes d'emplois, que nous souhaitons pour les salariés de FAI", poursuit ensuite le communiqué de Ford, comme s'il s'agissait d'enfoncer un dernier clou dans le cercueil. "Ce qui est remarquable c'est qu'ils veulent nous sauver en supprimant nos emplois", grince des dents Vincent Alauze. Le groupe Ford se fait ensuite plus direct au sujet du repreneur éventuel de l'usine et donne à voir, comme dans une sorte de second degré, une partie du rôle qu'il aurait dû tenir mais qu'il ne tiendra pas en transférant toute la responsabilité de la reprise sur le seul repreneur.

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"Un tel business plan, quel que soit l'acquéreur potentiel, aurait nécessité, par exemple, des garanties apportées par des clients contractuellement engagés afin d'assurer un volume durable de production continue sur une période donnée, ainsi que les liquidités nécessaires pour maintenir la viabilité de l'entreprise au cours des premières années", pédagogise ainsi le groupe américain.

Avant de s'autoriser ce qui pourrait ressembler à une saillie et qui ne devrait plaire ni dans l'usine de Blanquefort ni à Bercy ni à Matignon ou même à l'Elysée. "Nous sommes déçus qu'une vente du site de FAI n'ait pas été possible. Nous comprenons également que cette décision soit difficile à accepter pour de nombreuses parties prenantes", semble ainsi ironiser FMC.

Des filiales françaises rentables

Dans tous les cas, le comité d'entreprise de FAI s'est montré très clair concernant ce projet de PSE, expliquant que la fermeture de l'usine de Blanquefort est dépourvue de tout fondement économique. Tout d'abord, selon l'intersyndicale, parce que le groupe de Dearborn (banlieue de Détroit) a réalisé 46 Md$ (milliards de dollars) de bénéfices avant impôt entre 2012 et 2017, qu'il est financièrement solide et qu'avec plus de 10 Md$ de trésorerie nette à fin 2017 il dispose d'une importante capacité d'investissement.

Le CE de Ford Aquitaine Industries rappelle ensuite notamment que la filiale Ford Europe, à Cologne (Allemagne), dont dépend l'usine de Blanquefort, est redevenue bénéficiaire depuis 2015, que toutes les filiales françaises de Ford le sont également, et que le coût de la fermeture du site girondin (avec en particulier la dépollution) sera bien plus élevé que les investissements nécessaires pour installer ou maintenir des activités profitables sur place. Les représentants des salariés de FAI jugent ainsi que la fabrication à Blanquefort de la nouvelle boîte de vitesses 8FMID, dont il a été un temps question, combiné à celle de la nouvelle génération de carters Fox et la poursuite de l'activité de traitement thermique permettraient de continuer à faire tourner l'usine de façon profitable.

"Le PSE n'a donc aucune assise juridique"

FMC est ensuite accusé par les syndicats d'avoir joué double jeu en faisant semblant de chercher de nouvelles activités pour l'usine alors qu'il préparait son départ, de ne pas avoir conservé dans l'usine comme prévu, 1.000 emplois équivalent temps plein ou encore de ne pas avoir eu la volonté de trouver un repreneur pour sauver une partie des quelques 850 emplois directs.

"Pour toutes ces raisons le CE rend un avis fortement négatif sur ce projet de fermeture définitive", concluent les représentants des salariés. Dans la partie intitulée « Dernière réunion PSE concernant les mesures sociales », les élus du CE de FAI relèvent plusieurs points qui disqualifient selon eux les fondements du PSE lancé par Ford.

"Les élus rappellent que ce PSE découle d'une réorganisation entrainant des licenciements dépourvus de cause réelle et sérieuse. En effet, le rapport de l'expert du CE le démontre, le motif économique invoqué par la direction n'est absolument pas avéré... Les motifs de la fermeture ne sont ni économiques (pour améliorer la compétitivité du groupe ou de la branche Powertrain) ni financiers (par manque de moyens pour investir à Bordeaux) ; le PSE n'a donc aucune assise juridique", découpe ainsi à la tronçonneuse le comité d'entreprise.

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Les salariés de FAI sont pendant cet après-midi du mardi 18 décembre en assemblée générale pour débriefer tout ce qui vient de se passer. Ce vendredi 21 décembre une conférence est prévue entre les représentants des salariés de FAI et ceux de l'Etat. Si ce 18 décembre est une date historique dans le dossier Ford Aquitaine Industrie, il ne le clôture pas pour autant.

Jean-Philippe Déjean

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