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Politique - La Tribune Bordeaux

A Bordeaux Métropole la coopérative Syprès innove dans les rites funéraires (5/10)

Jean-Philippe Déjean

Publié le 16 décembre 2019 à 08:21 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:30

Edileuza Gallet

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Les créateurs de la coopérative funéraire Syprès veulent renouveler les rites de deuil et les modes d’enterrement tout en restant dans un créneau de prix standard. Se rapprocher le plus près possible du défunt, faire appel à un artiste, penser à l’enterrement le plus écologique : les cofondateurs de cette société coopérative d'intérêt collectif raisonnent globalement.

Innover dans le secteur des pompes funèbres : c'est le pari dans lequel se sont lancés Olivier et Edileuza Gallet, un couple marié et désormais associé dans cette toute nouvelle société bordelaise baptisée Syprès. Une entreprise située à Talence (Bordeaux Métropole) qu'ils ont choisi de créer sous forme coopérative. Type d'organisation qui correspond le mieux à leur démarche, parce que contrairement à ce que l'on pourrait croire il n'y pas de monopole sur le marché des funérailles.

"Nous nous sommes décidés après plusieurs voyages d'étude que nous avons fait en Suisse et au Québec, où les entreprises coopératives de pompes funèbres existent depuis 40 ans. Nous avons choisi la forme de la société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), parce qu'elle nous permet d'associer à notre capital aussi bien des collectivités, que des clients ou des particuliers. Le choix de ce statut n'a rien d'anodin. Il faut savoir qu'il n'y a pas de monopole sur les pompes funèbres mais une délégation de service public. Ainsi à La Rochelle, c'est la ville qui gère les services funéraires", recadre Edileuza Gallet.

Les cofondateurs de Syprès ont ainsi fait enregistrer leur entreprise en préfecture. La très jeune société, qui a vu le jour en octobre, n'a pas de véhicules en propre pour conduire les défunts à leur dernière demeure mais a fait appel à des prestataires spécialisés pour son premier enterrement.

Coconstruire de nouveaux rites funéraires laïques

Appuyée par la Région Nouvelle-Aquitaine et l'apport des fondateurs, à hauteur de 75.000 euros, cette coopérative, qui compte une soixantaine de sociétaires et s'appuie sur une petite équipe de trois personnes, en plus des cofondateurs, entend bien innover dans une pratique sociale centrale : celle du deuil et de l'enterrement. Elle est accompagnée par l'Urscop (Union régionale des Scop d'Aquitaine) et envisage de lancer une campagne de financement participatif pour assurer son décollage et même de faire appel au mécénat.

Que l'on soit croyant ou pas c'est bien souvent la religion qui a le dernier mot quand il s'agit de passer de vie à trépas, et la cofondatrice et codirigeante de Syprès tire de cette contrainte culturelle un premier objectif : travailler à l'élaboration d'un rituel funèbre laïque.

"Les gens vont à l'église car ils n'ont pas d'autre proposition. L'idée c'est de travailler sur l'histoire de la personne. D'autre part, nous voulons proposer un enterrement qui soit écologique. Il ne s'agit pas de proposer une cérémonie low cost mais au contraire un événement unique et de qualité, à un prix comparable à celui d'une cérémonie funéraire traditionnelle", éclaire Edileuza Gallet, qui évoque une moyenne autour de 3.500 à 4.000 euros.

Pour la même tranche de prix qu'une cérémonie standard, les créateurs de Syprès veulent en apporter plus.

"L'objectif est de coconstruire un rite funéraire laïque avec les proches du disparu, à partir de leur écoute, en composant des textes, des hommages qui soient proches. Je travaille avec un anthropologue et j'introduis une dimension artistique dans le rite. La mort n'est pas une maladie, c'est un processus douloureux mais naturel. Il ne faut pas hésiter à convoquer la beauté dans un moment pareil", défend Edileuza Gallet, qui a créé avec son associé d'époux un laboratoire pour l'élaboration de cérémonies rituelles.

La créatrice des cafés mortels est déterminée

Cette réflexion sur les rites funéraires passe en particulier par l'élaboration de scénographies, de gestes.

"Toute la question c'est de savoir comment habiter ce moment. C'est pourquoi nous travaillons avec l'artiste Anne-Laure Boyer, spécialiste de la mémoire des lieux et des gens. Nous ne sommes pas dans une démarche de marketing mais d'information", souligne la codirigeante.

Sypres a ainsi trouvé un fournisseur de bois certifié forêt durable en Dordogne pour la fabrication des cercueils, un objet sur lequel "margent les entreprises de pompes funèbres" selon la cofondatrice de la coopérative. Edileuza Gallet est psychanalyste et n'en est pas à sa première incursion dans le territoire fortement ritualisé et un tantinet obscur de la mort. Entrepreneuse d'origine brésilienne, elle a commencé par créer des cafés mortels dans le port de la Lune, pour s'attaquer à un domaine culturellement cadenassé.

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"Il y a un gros tabou sur la mort en France. Avec les cafés mortels l'idée c'est justement de parler de la mort dans la cité, tout le monde vient et dit ce qu'il a envie sur le sujet. Quand il y a des suicides en entreprise j'interviens aussi sur place auprès des salariés. Je travaille en relation avec plusieurs psychologues et cliniciens", déroule la psychanalyste, qui tient à mettre les points sur les i.

"Les gens n'aiment pas parler de la mort parce qu'ils ont l'impression que ça va les faire mourir, mais c'est faux", éclaire-t-elle avec une singulière force de conviction.

Comment traiter écologiquement les corps ?

Entre enterrement ou crémation, Syprès compte, dans la mesure du possible, innover aussi dans le traitement du corps des défunts. Cette question, au carrefour des préoccupations écologiques, Edileuza Gallet l'étudie sérieusement.

"La maladie ou les accidents peuvent abîmer les corps et il est compréhensible dans ces cas de faire appel à la thanatopraxie. Le problème c'est que cette technique est devenue quasi systématique et que l'on enterre des corps remplis de formol, ce qui génère des effets délétères et un risque massif de pollution des nappes phréatiques", décrypte la psychanalyste.

La crémation des corps est elle aussi polluante et de nouvelles pratiques, radicalement écologiques, se développent à l'étranger sans être encore autorisées en France. Il en va ainsi de l'aquamation, qui se développement notamment au Canada, qui consiste à immerger les corps dans de l'eau, que l'on fait ensuite bouillir dans une solution d'hydroxyde de sodium (soude caustique) qui détruit les chairs pour ne garder que les os. Ces derniers étant ensuite réduits en poudre. L'humusation, qui consiste à transformer le corps du défunt en compost et semble couler de source, se heurterait en France en particulier à l'absence de statut juridique des particules issues de ce processus de dégradation naturel.

"Nous sommes en contact avec les créateurs de la première forêt cinéraire de France, qui se trouve à Arbas, non loin de Toulouse. C'est une forêt sanctuarisée où l'on peut venir enterrer les urnes funéraires des défunts au pied des arbres. A Syprès nous militons pour qu'un cimetière écologique soit créé à Bordeaux Métropole, sans produits chimiques ni traitement des corps", déroule Edileuza Gallet.

D'autres initiatives assez proches de celles de Syprès ont été lancées en cette fin d'année 2019 en France mais Syprès a sans doute l'avantage de revisiter l'ensemble des rituels du deuil.

////////////////////////

Cet article s'intègre dans le dossier intitulé "Les PME de Nouvelle-Aquitaine misent sur le modèle coopératif", paru dans l'hebdomadaire de La Tribune du 29 novembre.

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Jean-Philippe Déjean

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