A Bordeaux Métropole la coopérative Syprès innove dans les rites funéraires (5/10)
Jean-Philippe Déjean

Edileuza Gallet
J. Philippe Déjean
Jean-Philippe Déjean

Edileuza Gallet
J. Philippe Déjean
Innover dans le secteur des pompes funèbres : c'est le pari dans lequel se sont lancés Olivier et Edileuza Gallet, un couple marié et désormais associé dans cette toute nouvelle société bordelaise baptisée Syprès. Une entreprise située à Talence (Bordeaux Métropole) qu'ils ont choisi de créer sous forme coopérative. Type d'organisation qui correspond le mieux à leur démarche, parce que contrairement à ce que l'on pourrait croire il n'y pas de monopole sur le marché des funérailles.
Les cofondateurs de Syprès ont ainsi fait enregistrer leur entreprise en préfecture. La très jeune société, qui a vu le jour en octobre, n'a pas de véhicules en propre pour conduire les défunts à leur dernière demeure mais a fait appel à des prestataires spécialisés pour son premier enterrement.
Appuyée par la Région Nouvelle-Aquitaine et l'apport des fondateurs, à hauteur de 75.000 euros, cette coopérative, qui compte une soixantaine de sociétaires et s'appuie sur une petite équipe de trois personnes, en plus des cofondateurs, entend bien innover dans une pratique sociale centrale : celle du deuil et de l'enterrement. Elle est accompagnée par l'Urscop (Union régionale des Scop d'Aquitaine) et envisage de lancer une campagne de financement participatif pour assurer son décollage et même de faire appel au mécénat.
Que l'on soit croyant ou pas c'est bien souvent la religion qui a le dernier mot quand il s'agit de passer de vie à trépas, et la cofondatrice et codirigeante de Syprès tire de cette contrainte culturelle un premier objectif : travailler à l'élaboration d'un rituel funèbre laïque.
Pour la même tranche de prix qu'une cérémonie standard, les créateurs de Syprès veulent en apporter plus.
Cette réflexion sur les rites funéraires passe en particulier par l'élaboration de scénographies, de gestes.
Sypres a ainsi trouvé un fournisseur de bois certifié forêt durable en Dordogne pour la fabrication des cercueils, un objet sur lequel "margent les entreprises de pompes funèbres" selon la cofondatrice de la coopérative. Edileuza Gallet est psychanalyste et n'en est pas à sa première incursion dans le territoire fortement ritualisé et un tantinet obscur de la mort. Entrepreneuse d'origine brésilienne, elle a commencé par créer des cafés mortels dans le port de la Lune, pour s'attaquer à un domaine culturellement cadenassé.
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"Les gens n'aiment pas parler de la mort parce qu'ils ont l'impression que ça va les faire mourir, mais c'est faux", éclaire-t-elle avec une singulière force de conviction.
Entre enterrement ou crémation, Syprès compte, dans la mesure du possible, innover aussi dans le traitement du corps des défunts. Cette question, au carrefour des préoccupations écologiques, Edileuza Gallet l'étudie sérieusement.
La crémation des corps est elle aussi polluante et de nouvelles pratiques, radicalement écologiques, se développent à l'étranger sans être encore autorisées en France. Il en va ainsi de l'aquamation, qui se développement notamment au Canada, qui consiste à immerger les corps dans de l'eau, que l'on fait ensuite bouillir dans une solution d'hydroxyde de sodium (soude caustique) qui détruit les chairs pour ne garder que les os. Ces derniers étant ensuite réduits en poudre. L'humusation, qui consiste à transformer le corps du défunt en compost et semble couler de source, se heurterait en France en particulier à l'absence de statut juridique des particules issues de ce processus de dégradation naturel.
D'autres initiatives assez proches de celles de Syprès ont été lancées en cette fin d'année 2019 en France mais Syprès a sans doute l'avantage de revisiter l'ensemble des rituels du deuil.
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Cet article s'intègre dans le dossier intitulé "Les PME de Nouvelle-Aquitaine misent sur le modèle coopératif", paru dans l'hebdomadaire de La Tribune du 29 novembre.
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