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Politique - La Tribune Bordeaux

Municipales à Bordeaux : ce qu'il faut retenir du débat sur les enjeux économiques

Photo de Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean

Publié le 05 mars 2020 à 16:09 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:48

Débat municipales La Tribune

Débat municipales La Tribune

Agence APPA

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Le débat sur les municipales organisé ce mercredi 4 mars par La Tribune à la Grande poste, à Bordeaux, entre les quatre principaux candidats au fauteuil de maire est globalement resté bon enfant malgré quelques passes d’armes sans concession. Thomas Cazenave (LREM), Nicolas Florian (LR, Modem, UDI, Agir), Pierre Hurmic (EELV-PS-PCF) et Philippe Poutou (LFI-NPA-Gilets jaunes) se sont principalement affrontés sur la question de l’attractivité de Bordeaux et de la Métropole, et sur le grand projet urbain de...

La première partie du débat, animé par Pierre Cheminade, rédacteur en chef adjoint de La Tribune, à Bordeaux, intitulé "Comment gagner la bataille de l'emploi", adossé à une enquête réalisée auprès des chefs d'entreprises par la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux Gironde (CCIBG), a porté sur la politique d'attractivité de la métropole bordelaise. Ce sujet qui traite de la manifestation la plus évidente du miracle bordelais, sur la réussite de Bordeaux et de sa métropole, redevenues séduisantes après des décennies de quasi oubli, a été la première ligne de fracture entre les orateurs. Maire sortant, Nicolas Florian ne pouvait pas ne pas défendre un bilan somme toute très positif, reconnu comme tel dans toute la France.

« Nous avons vécu un formidable développement démographique et économique, avec des entreprises créatrices d'emplois. Cette attractivité a participé à l'assise de notre territoire. Mais oui, c'est vrai, elle produit aussi des contre-effets, avec les problèmes de circulation et de logement que nous connaissons. Il faut aller vers plus d'équilibre. Je ne souhaite pas que nous soyons en déclin », a nuancé Nicolas Florian, qui a insisté sur cette logique de partage qui doit impliquer les territoires au-delà de Bordeaux et de la Métropole.

Magnetic Bordeaux remis en cause

Cette attractivité va aussi de pair avec une situation préoccupante de l'emploi et doit être maîtrisée en misant sur les entreprises endogènes, a recadré Thomas Cazenave. « Nous avons 30.000 demandeurs d'emploi, uniquement à Bordeaux... Il faut créer plus d'emplois sur la Métropole, en aidant les entreprises du territoire à se développer plutôt que d'aller en chercher de nouvelles à Paris. Une entreprise sur deux n'arrive pas à recruter, parce que nous avons pris du retard dans les domaines de la mobilité et du logement », a déroulé le candidat LREM.

Pierre Hurmic a posé un diagnostic critique sur cette attractivité de Bordeaux et de sa Métropole, appelant à un renversement de perspective. « La Métropole est en surchauffe, avec une thrombose de la circulation routière sur la rocade, à Bordeaux, et une saturation des transports publics. C'est le cas aussi pour les logements puisque Bordeaux est devenue l'une des villes les plus chères de France. Magnetic Bordeaux, le slogan porté par la municipalité, est un échec, qui témoigne d'une politique égoïste, d'un magnétisme très mal vécu par les territoires proches », a attaqué la tête de liste écologiste, avant de prôner un développement équilibré, en coopération avec les autres territoires.

Les quatre candidats (crédits Agence APPA)

Aider les entreprises à créer des emplois

Le leader de Bordeaux en luttes, Philippe Poutou, a poursuivi dans cette veine, enfonçant le clou dans ce côté obscur du miracle bordelais. « Il y a le Bordeaux qui rit et le Bordeaux qui pleure. Le Bordeaux décrit par le maire c'est celui de Walt Disney. Il existe pourtant un Bordeaux populaire, qui a appris à se taire, à s'invisibiliser. Nous évoluons dans le mauvais sens. Une liste anticapitaliste comme la nôtre ça peut faire peur mais nous voulons parler de cette souffrance des quartiers populaires bordelais, comme Bacalan, le Grand parc ou Belcier. Plus il y a d'inégalités et plus il y a de difficultés économiques », a relevé Philippe Poutou,

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Thomas Cazenave a répondu que pour s'attaquer à cette pauvreté il fallait créer des emplois et donc aider les entreprises a recruter, puisqu'elles ont des difficultés à le faire. Alors que Nicolas Florian a tenu à recadrer son intervention sur la dynamique métropolitaine, précisant qu'il ne s'agissait pas de « s'auto-féliciter » mais de se servir de ce levier pour aider les entreprises à se développer, non pas de façon « unipersonnelle » mais en coopération avec la Région Nouvelle-Aquitaine. La question du foncier, cruciale pour les entreprises, dont le sondage de la CCIBG montre qu'elles sont 49 % à vouloir du foncier abordable, a ensuite commencé à enflammer le débat.

Maîtriser le foncier : indispensable

Pierre Hurmic s'est alors directement attaqué au bilan du maire précédent, Alain Juppé, qui est associé de près au miracle bordelais et que Nicolas Florian a remplacé au pied levé l'an dernier. « Nous avons un énorme problème pour les logements et les entreprises. Parce que Bordeaux a mis beaucoup de temps à avoir un établissement public foncier, ce qui est le cas depuis deux ans, alors que Rennes en a un depuis vingt ans. Nous avons beaucoup construit de logements mais cela n'a pas fait baisser les prix, au contraire ! D'où les problèmes que rencontrent aujourd'hui les entreprises. Il faut que la collectivité s'empare du problème et mette du foncier à disposition à des prix qui ne soient pas ceux du marché », a argumenté le leader de Bordeaux Respire !

Pierre Hurmic (crédits : Agence APPA)

Pour Philippe Poutou cette question du foncier à un prix abordable est « un scandale, à Bordeaux et ailleurs : les terrains sont vendus à bas prix à des promoteurs qui se gavent » a jugé en substance le candidat, avant de dénoncer une politique municipale qu'il estime marquée par le clientélisme. Il s'est alors attaqué à Nicolas Florian en tant qu'ancien du groupe immobilier girondin Pichet. Philippe Poutou a plaidé pour que les services publics soient mis sous contrôle de la population et souligné que pour créer de l'emploi il fallait répondre aux attentes des gens

Philippe Poutou (crédits : Agence APPA)

A Bordeaux  la fiscalité est au plafond

Concernant la bonne stratégie fiscale à mettre en place, Nicolas Florian a tout d'abord expliqué qu'il n'était possible que de stabiliser la fiscalité. « Pour le versement transport on est au plafond et la seule évolution envisageable sera de le baisser graduellement. Ce versement permet d'investir dans les transports publics, à raison de 2 euros investis pour 1 euros prélevé », a précisé le maire. Ce à quoi Thomas Cazenave a répondu que l'on ne pouvait pas promettre de lancer des projets tout en réduisant les impôts. Philippe Poutou a observé qu'il entendait, faire « payer beaucoup plus les riches et beaucoup moins les plus pauvres ».

Pierre Hurmic a plaidé pour pouvoir réduire la taxe foncière au bénéfice des ménages qui font des efforts d'isolation de leurs logements et d'exonération de taxes pour les entreprises qui s'engagent concrètement dans la transition écologique. Concernant l'emploi Philippe Poutou a d'abord dénoncé l'incapacité des pouvoirs publics à faire face à la pression des multinationales, qui détournent l'argent des aides publiques qui leur est versé. Avant d'estimer que le chômage ne diminue pas, puisque les demandeurs d'emploi deviennent des précaires, qui sont employés 10 à 15 heures par semaine. « La situation va à l'envers de ce qu'elle devrait être ! Ce sont les Gilets jaunes qui ont révélé cette fracture sociale, cette exclusion », a illustré la tête de liste de Bordeaux en luttes.

Etre attentif aux métiers en tension

Le chômage baisse, il est même passé au-dessous de la barre des 8 %, a contre-attaqué Nicolas Florian qui a expliqué que, malgré une vraie capacité à absorber les demandeurs d'emploi, il faut repenser tout le dispositif d'accueil qui leur est destiné. « Il y a trop de comptoirs pour accueillir les demandeurs d'emploi. Il leur faudrait un comptoir unique. Et les amener à suivre des formations diplômantes, qualifiantes », a-t-il développé, avant de souligner qu'il était pour l'emploi privé contrairement « à Philippe Poutou qui veut que tout le monde soit fonctionnaire ou syndicaliste » a-t-il taclé.

Thomas Cazenave a défendu une recherche prioritaire des métiers en tension, où l'offre ne trouve pas la demande recherchée, parce que généralement on parle en réalité d'emplois mal rémunérés a démystifié le candidat. « Ce sont souvent les services d'aide à la personne, avec des gens qui travaillent à temps partiel. C'est très dur de vivre à Bordeaux quand on gagne 1.200 euros par mois. Il faut une initiative politique sur la Métropole, en relation avec la Région, puisque l'emploi est une de ses compétences. Et dans ce cadre il faut aussi dialoguer avec les syndicats, monsieur Florian, on ne peut pas le faire tout seul ».

Thomas Cazenave (crédits : Agence APPA)

Combattre contre les emplois précaires

Cette sortie a valu à Thomas Cazenave de forts applaudissements avant que ne tombent les ripostes de Nicolas Florian, qui a renvoyé le candidat LREM à la gestion du dossier des retraites par le gouvernement, et Philippe Poutou, qui lui a remis en mémoire l'usage du 49-3 par le Premier ministre, toujours pour le même dossier. L'ancien candidat du NPA à la présidentielle ne manquant pas l'occasion pour remettre un coup dans les tibias de Nicolas Florian en lui reprochant d'avoir pantouflé entre le public et le privé. Le chômage global n'augmente pas, contrairement à celui des demandeurs d'emplois inscrits à Pôle emploi depuis plus de deux ans progresse, a rectifié Pierre Hurmic.

« Les outils pour créer des emplois existent mais il faut les mobiliser plus intelligemment, en impliquant davantage les collectivités locales sur le sujet. Parce que parfois la Métropole et la mairie mènent une politique de doublons en matière de financement des actions. Nous devons aussi agir sur la précarité puisque 84 % des embauches se font à durée déterminée », a déroulé le candidat écologiste. La question de l'aéroport a provoqué une réaction brutale de la part de Pierre Hurmic qui a averti qu'il fallait en finir à l'opération d'intérêt métropolitain (OIM) de l'Aéroparc, avec ces 30.000 emplois qui pourraient en devenir 40.000, car ils attirent sur la rive gauche un très grand nombre de salariés qui viennent de la rive droite, ce qui sature le pont d'Aquitaine et la rocade.

Une "Rue Bordelaise" au centre du projet municipal

La « Rue Bordelaise », un énorme projet urbain de 88.000 m2, dont 31.000 m2 de commerce, à construire entre la gare Saint-Jean et les quais qui vont compléter un ensemble de logements et de bureaux, est sans doute le plus gros projet urbain à réaliser par la municipalité. Mais pas forcément le plus connu par la population. Un sujet qui a fait polémique et dressé contre Nicolas Florian les trois autres candidats. A la question de savoir s'il donnerait son feu vert à ce projet, le maire de Bordeaux a bien sûr répondu par l'affirmative.

« Déjà ce n'est pas un projet de périphérie mais de centre-ville. Nous ne sommes pas dans une phase commerciale expansionniste et la Commission départementale de l'aménagement commercial (CDAC-qui regroupe généralement des consommateurs, des représentants des collectivités, du Département, de la Région -NDLR) et la Commission nationale de l'aménagement commercial (CNAC-instance de recours -NDLR) ont toutes les deux donné à l'unanimité leur feu vert à ce projet. C'est une question d'équilibre et de régulation », a cadré le maire. Une présentation apaisante qui n'a pas convaincu Philippe Poutou. « Nous sommes contre cette autorisation, contre les grandes surfaces, pour les petits commerçants, les maraîchers, le producteurs locaux » a commenté le candidat.

Les arguments de la polémique commerciale

« Il ne faut pas réduire le développement des centres commerciaux en périphérie, il faut y mettre un terme immédiat, car cela met en danger les commerces de centre-ville », a tranché Pierre Hurmic. Le candidat de LREM est ensuite monté au créneau, donnant le signal d'une attaque générale. « Je crois qu'il n'y a pas besoin d'avoir 27.000 m2 de grandes enseignes commerciales en centre-ville. C'est une stratégie datée, a ainsi estimé Thomas Cazenave. Les grandes enseignes achètent aujourd'hui des pieds d'immeubles pour y installer de petites surfaces commerciales ».

Nicolas Florian (crédits : Agence APPA)

A la suite de quoi Pierre Hurmic s'est montré radical. « Cette Rue de Bordeaux c'est une ineptie ! Nous avons voté contre ce projet car ces grandes enseignes vont concurrencer les commerces locaux. C'est une rue Sainte-Catherine bis, avec une bétonisation totale que vous préparez. Il s'agit d'un urbanisme totalement anachronique et je regrette qu'Euratlantique ait cédé à cette vision urbaine des années 1970 », a mitraillé le chef de file de Bordeaux Respire !

Un projet urbain pas commercial

Pris sous ces tirs croisés le maire a assuré la défense du projet. « Il dépasse les 27.000 m2 et n'englobe pas que des commerces, c'est une opération de remembrement urbain. Actuellement nous avons affaire à un pâté urbain en pleine déshérence. Pierre Hurmic venez avec moi, je vous montrerai. S'il y a effectivement des commerces, ils seront tous rattachés à la gare. Ce seront des commerces de destination. Avoir l'unanimité de la CDAC ce n'est pas simple et nous l'avons eu ! Parce que ces nouvelles surfaces n'auront pas d'impact sur les commerces bordelais. Elles seront essentiellement dédiées aux voyageurs. N'oubliez pas que le nombre de voyageurs de la gare Saint-Jean va passer de 8 millions, tels qu'on les connaissaient, à bientôt 20 millions ! », a riposté Nicolas Florian.

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Ce à quoi Pierre Hurmic a répondu assez sèchement. « On ne va pas faire un projet juste pour des passagers ! C'est vrai qu'il y a des rues en mauvais état dans ce quartier mais il faut être clair : ces 27.000 m2 vont générer un terrible contre-coup pour les commerces bordelais ». La "Rue Bordelaise" n'a pas fini de faire parler d'elle.

Plus de 400 personnes ont assisté au débat (crédits : Agence APPA)

>> La vidéo du débat en intégralité sera mise en ligne lundi 9 mars sur le site de La Tribune Bordeaux

Jean-Philippe Déjean

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