La mairie de Bordeaux a mis la dernière main à son label Bâtiment frugal bordelais, dont les démonstrateurs grandeur nature auront bientôt fini leur travail de réglage. Une dizaine de programmes immobiliers seront au final passés par les fourches caudines de ce nouveau référentiel architectural, en prise directe sur les dernières innovations urbaines en phase avec la COP 21.Le nouveau label de Bâtiment frugal bordelais et ses 42 critères n'est pas seulement le fruit d'une opération de marketing politique lancée par le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, et son bras droit pour l'urbanisme, Bernard Blanc, sur un coup de tête. Ce label est l'adaptation locale du concept de bâtiment frugal présenté en décembre 2015 pendant la COP 21 par une équipe de l'Institut pour la conception écoresponsable du bâti (Iceb) : une association logée à la Maison de l'architecture, à Paris, où se retrouvent plus de 70 urbanistes, ingénieurs, architectes, économistes...
Cette démarche a ensuite conduit à la publication en 2018 du "Manifeste pour une frugalité heureuse dans l'architecture et l'aménagement des territoires urbains et ruraux" lancé par Alain Bornarel, ingénieur de l'Ecole centrale à Paris, fondateur du bureau d'études Tribu, Dominique Gauzin-Müller, architecte-chercheur, enseignante, et Philippe Madec, architecte et urbaniste, à Paris et Rennes. "Ce manifeste de la frugalité a recueilli des milliers des signatures et donné naissance à des rencontres annuelles très suivies", observe pour La Tribune Bernard Blanc. Et ce d'autant plus facilement que depuis 2012 l'association Ekopolis, à Pantin (Sainte-Saint-Denis), organise chaque année les rencontres à succès du "Off du développement durable", avec l'Iceb.
A la croisée des labels méditerranéen et néo-aquitain
"Un grand nombre d'opérations ont été lancées en Paca (Provence-Alpes-Côte-d'Azur) à partir du Off du développement durable, en particulier à Marseille, ce qui a conduit à la création du référentiel Bâtiments durables méditerranéens (BDM), dont s'est inspirée la démarche Bâtiments durables en Nouvelle-Aquitaine (BDNA)", éclaire Bernard Blanc.
Un référentiel BDNA récemment mis en place par le cluster Odéys et Nobatek/Inef-4, centre de recherche appliqué néo-aquitain devenu en 2014 Institut national pour la transition énergétique et environnementale (Ite).
"Avec le label Bâtiment frugal bordelais nous recollons ces deux référentiels pour créer un nouvel outil qui soit parfaitement adapté aux réalités climatiques, écologiques et sociales bordelaises. Ce qui nous a conduit à sélectionner42 critères, dont 22 obligatoires, pour ce nouveau label de constructions ou extensions de logements, testé en grandeur réelle par le biais d'une dizaine de démonstrateurs", éclaire en substance pour La Tribune le patron de l'urbanisme bordelais.
Focale sur trois démonstrateurs
Les premiers programmes immobiliers retenus pour candidater au label Bâtiment frugal bordelais font l'objet d'un test grandeur nature depuis l'automne 2020. Autrement-dit les porteurs de plusieurs projets immobiliers déposés pour instruction avant l'élaboration du label ont accepté de passer sous les fourches caudines des nouvelles règles. La dizaine de programmes immobiliers concernés totalise près de 1.200 logements dont 40 % de logements sociaux sur 80.000 m2. Ces tests grandeur nature, qui devraient s'achever d'ici juin, ont séduit plusieurs promoteurs immobiliers et leurs architectes, par adhésion ou par pragmatisme, dont Fayat Immobilier et Atelier Cambium ; Kaufman & Broad, Architectes Bourbouze-Graindorge et Vilogia ; Legendre et Winy Maas ; Ceetrus et Architecte A6 ; Fradin, Crédit Agricole Immobilier et 4A Architectes ; BNP Paribas, Pitch Promotion, Axanis et Patriarche Architecture ou encore Idéal Groupe.