« Les promoteurs doivent s'emparer du Bâtiment frugal bordelais dès aujourd'hui »
Propos recueillis par Pierre Cheminade et Jean-Philippe Dejean
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
"Oui, il y aura un surcoût et nous l'assumons parce que c'est un surcoût pour sauver la planète, pour sortir du béton qui est en train de nous tuer !", justifie Bernard Blanc, l'adjoint au maire de Bordeaux en charge de l'urbanisme.
INTERVIEW. "Avec ce label, nous posons des règles claires dès le départ pour fluidifier l'instruction des permis de construire tout en gardant voire en rehaussant notre niveau d'exigence", déclare Bernard Blanc, l'adjoint au maire de Bordeaux en charge de l'urbanisme résilient, qui dévoile en exclusivité dans La Tribune le détail des 42 critères de ce nouveau référentiel du Bâtiment frugal bordelais. Il affirme sa détermination à imposer ce document à tous les projets immobiliers dès 2021 et justifie par l'impératif climatique des surcoûts de construction allant jusqu'à 40 %.
BERNARD BLANC - Ce label s'inscrit dans la démarche de frugalité dans l'acte de construire qui a pris, depuis quelques années, de l'ampleur chez les professionnels de l'urbanisme, de la construction et de l'immobilier mais aussi dans le grand public. Il vise à répondre aux enjeux climatiques, écologiques et sociétaux de notre époque. Concrètement, cela veut dire que ces nouveaux bâtiments devront prendre en compte la réalité des canicules et du réchauffement climatique. Ils devront sortir du tout béton qui est un boulet climatique extraordinaire et explique que le secteur du bâtiment pèse 40 % des émissions carbone. Mais il faudra aussi augmenter la qualité, la taille et le caractère évolutif des logements en imposant par exemple des appartements traversants, dotés d'espaces extérieurs et d'une pièce pouvant, par exemple, être facilement scindée avec un accès séparé.
Cette démarche, engagée depuis l'été 2020, doit permettre de remettre Bordeaux à niveau en tirant les leçons de ce qui a été fait ailleurs depuis dix ans déjà ! On n'invente rien mais on pousse encore un cran plus loin la démarche de la frugalité. On va s'intéresser à la provenance des matériaux, à leur origine biosourcée, à l'enveloppe du bâti, à la qualité du logement, à sa ventilation, à son isolation ou encore à la participation des habitants et à la mutualisation des espaces.
Ce label ne sera rendu opposable juridiquement qu'en 2023, lorsqu'il sera annexé au plan local d'urbanisme (PLU). D'ici là, allez-vous refuser les permis de construire qui n'intègreront pas les 20 critères de ce label ?
Non, bien évidemment puisque nous n'aurions pas le droit de le faire ! En revanche, il se pourrait que l'instruction des projets qui refuseraient cette démarche prenne plus de temps que d'autres... Mais notre objectif n'est pas d'être dans la confrontation. Notre enjeu est d'être suffisamment convaincant pour que tout le monde prenne en compte ce label dès 2021. Ce que je dis aux promoteurs c'est que ce label sera obligatoire dans deux ans et que s'ils ne commencent pas à s'y mettre dès maintenant, ils auront du retard sur leurs concurrents en 2023. Les promoteurs doivent s'emparer du bâtiment frugal bordelais dès aujourd'hui ! Plusieurs d'entre eux ont déjà intégré la démarche et je constate une émulation entre les promoteurs immobiliers pour innover avec l'ambition d'aller décrocher le label et les deux ou trois étoiles. Et, au fond, ce que nous voulons c'est poser des règles claires dès le départ en matière d'urbanisme pour fluidifier l'instruction des permis de construire tout en gardant voire en rehaussant notre niveau d'exigence. Si le promoteur intègre les critères du label dès la conception du projet, cela permet d'éviter un certain nombre d'aller-retour fastidieux avec les services d'instruction et donc d'accélérer le processus.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Propos recueillis par Pierre Cheminade et Jean-Philippe Dejean