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Politique - La Tribune Bordeaux

Girondins de Bordeaux : la Métropole étale le paiement des dettes que lui doit le club

Jean-Philippe Déjean

Publié le 29 juin 2021 à 08:33 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:23

Girondins de Bordeaux Le Haillan

Un petit air de Moulinsart au château Bel Air, au centre du domaine du Haillan, où sont formés et entrainés les Girondins de Bordeaux.

Agence Appa

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Photo d'illustration de l'article
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Bordeaux Métropole a voté ce vendredi 25 juin un étalement du paiement global des dettes que lui doit le Football Club des Girondins de Bordeaux (FCGB). Ce vote a été l'occasion d'un accrochage inhabituellement brutal entre la majorité PS-EELV et Bordeaux en luttes!, à l'extrême gauche. Le repreneur du club Gérard Lopez ne rassure peut-être pas tout le monde mais c'est le seul ont tranché les élus. Par ailleurs, selon l'Equipe, les Girondins de Bordeaux pourraient être rétrogradés en Ligue 2 ce mardi 29 juin ! (réactualisé 30/06/21)

La situation du Football Club des Girondins de Bordeaux (FCGB) a agité les échanges au début du conseil métropolitain de ce vendredi 25 juin. Le président (PS) de Bordeaux Métropole, Alain Anziani, a ainsi adressé un ferme rappel au règlement à Philippe Poutou (Bordeaux en luttes!), élu métropolitain d'extrême-gauche, après que ce dernier ait dit tout le mal qu'il pense de la place faite au traitement du dossier du FCGB et au consensus des élus à ce propos. Accrochage qui s'est produit au moment de passer au vote sur les facilités de trésorerie consenties par Bordeaux Métropole aux Girondins.

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"(...) Tout le discours de sauvetage autour du club c'est abusé : les mots utilisés, la dramatisation de la situation... Le mot catastrophe... alors que le mot était plus adapté à la question du logement, enfin des bâtiments qui s'écroulent (en référence aux deux immeubles qui se sont effondrés rue de la Rousselle le 21 juin -ndlr) ou encore des squats qui sont expulsés, mais là c'est les Girondins la catastrophe ! (...)",  a démarré Philippe Poutou, leader de Bordeaux en luttes ! d'un ton sec, le visage fermé.

"Oui ont vote contre et même assez énervés"

Le leader de Bordeaux en luttes! a ensuite déroulé plusieurs attaques sans fleuret moucheté.

"(...) Tous ces grands mots, tous ces grands discours ça a en fait trop (...) et puis oui il n'y a plus aucune critique, c'est le Covid. King Street n'y est pas pour grand-chose et on oublie tout ce qui est scandaleux dans cette histoire-là, y compris à propos du stade... Et puis ce sont aussi des grands mots comme dit monsieur Hurmic sur la nouvelle gouvernance, un nouveau sport : que-dalle. Enfin ça c'est du pipeau, parce qu'en réalité le repreneur c'est exactement le même modèle que l'autre (...)", a mitraillé Philippe Poutou, avant de mettre la touche finale à son intervention."Oui on vote contre et même assez énervés par ces discours hypocrites sur la situation (...) là, aujourd'hui, on peut pointer du doigt pas mal de mensonges, d'hypocrisie, d'escroquerie et je crois qu'il faut vraiment dénoncer tout ça !", a terminé l'orateur.

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"Quand vous ne diffamez pas les autres, vous enfoncez des portes ouvertes"

Une attaque en règle qui a déclenché une riposte instantanée de la part du président de Bordeaux Métropole et du maire du Bordeaux.

"Monsieur Poutou, a commencé le président de Bordeaux Métropole, c'est inadmissible vos propos. Vous ne pouvez pas injurier, diffamer... Là on n'est plus du tout dans le cadre de la démocratie et de la République. Vous vous faites plaisir, vous voulez faire plaisir aux vôtres... Ayez un peu de courtoisie, parce que nous aussi nous pourrions vous opposer quelques arguments qui ne vous plairaient pas. Dans cette maison, la courtoisie doit être la règle. Après à l'extérieur vous pouvez aller faire le beau devant vos amis, ça c'est autre chose !"

Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux, avait un peu de mal à se retenir et n'a pas laissé passer sa chance pour intervenir.

"Permettez-moi de vous dire monsieur Poutou, quand vous ne diffamez pas les autres, vous enfoncez des portes ouvertes, excusez-moi de vous le dire", a lancé le maire de Bordeaux.

Tout en soulignant que les sujets graves, plus graves que le dossier du FCGB, comme l'effondrement des immeubles avait précisément été déjà abordés.

"Et ce que je vais vous dire aussi en vous regardant monsieur Poutou, l'arrivée de monsieur Poutou au conseil de Bordeaux Métropole ne marque pas l'an zéro de la méfiance vis-à-vis du foot business. Je pense qu'on est un certain nombre d'élus responsables, dans cette assemblée, à avoir voté contre la construction du grand stade", a rappelé avec quelque raison l'ancien opposant au maire Alain Juppé, qui n'a pas ménagé sa peine pour s'opposer à l'érection de ce grand stade et futur Matmut Atlantique.

Matmut Atlantique : 100 millions d'euros de dettes auprès de Sumitomo

Les facilités de trésorerie pour le FCGB ont finalement été votées par le conseil car la majorité des élus veut éviter un effondrement du club. Une hypothèse qui pourrait coûter cher. Le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, dont la ville est propriétaire du centre de formation et d'entrainement des Girondins, au Haillan, s'est aussi personnellement impliqué dans le dossier, comme Alain Anziani.

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Bordeaux Métropole a donc décidé de soutenir Gérard Lopez, dont le projet de reprise du FCGB a été validé par le propriétaire sortant du club, le fonds d'investissement King Street, en lui accordant des facilités de remboursement de sa dette (5 millions d'euros) et de paiement du loyer dû pour l'utilisation du stade (4,8 millions d'euros) en repoussant les échéances jusqu'à juin 2025.

Le président de la Métropole est revenu sur le chantier de la construction du grand stade de Bordeaux pour l'Euro 2016. Un montage PPP (partenariat public privé) alors très contesté en particulier au palais Rohan par les opposants écologistes, au premier rang desquels Pierre Hurmic, et socialistes, avec Matthieu Rouveyre en première ligne. Comme l'a précisé Alain Anziani, ce PPP s'est soldé au final pour la Métropole par une dette de 100 millions d'euros contractée auprès de la banque japonaise Sumitomo (1). Dette qui génère un remboursement annuel de 4 millions d'euros versés à Sumitomo par la collectivité.

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King Street n'a toujours pas demandé la levée de ses garanties

Pas question donc de renoncer au loyer payé par le FCGB à la Métropole pour l'occupation du stade : ce qui toucherait "à l'économie générale du Matmut Atlantique" comme l'a souligné en substance Alain Anziani, qui a précisé qu'il avait décliné les offres faites par certains candidats repreneurs de ramener le loyer annuel du club de 4,8 millions d'euros à 1,2 million d'euros, voire de faire entrer Bordeaux Métropole au capital du FCGB...

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Il a également rappelé que les garanties financières concernant le club apportées par GACP, King Street et Dynamic SA lors du rachat en 2018 du FCGB au groupe M6 n'étaient toujours pas levées et qu'aucune nouvelle transaction ne pourrait être finalisée par le conseil de la métropole sans le dépôt d'une mainlevée par les sociétés impliquées et l'acceptation de la Métropole. Gérard Lopez étant ensuite dans l'obligation de fournir une garantie de même importance que celles apportées en 2018.

Le président de la Métropole a ensuite évoqué un modèle économique du football professionnel devenu inadapté, avec obligation pour les Girondins de Bordeaux de trouver de nouvelles sources de revenus. Autrement-dit devenir gestionnaire du stade Matmut Atlantique en lieu et place de la société SBA, cofondée et codirigée par les constructeurs du stade (groupes Fayat et Vinci), qui est déficitaire depuis sa création. En tout cas Alain Anziani n'a pas caché qu'il était favorable à la vente du stade, pour peu qu'il y ait un repreneur et les bons avocats pour défaire le PPP.

Les Girondins de Bordeaux relégués en Ligue 2 dès ce mardi ?

Il faut reconnaître que pour l'heure rien n'est encore joué. Et les dernières informations distillées par le quotidien sportif L'Equipe dans son édition de ce lundi vont sans doute rajouter de la confusion aux tensions en cours si elles se vérifient.

Selon le quotidien sportif, l'examen de passage que va subir ce mardi 29 juin le FCGB de la part de la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion), le gendarme financier du football professionnel, pourrait ainsi se solder par une rétrogradation administrative provisoire du club bordelais en Ligue 2 : le temps que Gérard Lopez puisse préparer le dossier béton attendu par la DNCG, au cours d'une deuxième examen de passage qui devrait avoir lieu le 13 juillet.

Des informations encore à vérifier, qui marquent peut-être l'émergence d'une nouvelle procédure de la DNCG mieux adaptée à cette phase post-Covid. Le temps presse avant le démarrage de la nouvelle saison sportive et si ce double examen est vérifié pour le FCGB, il n'est pas impossible qu'il soit ensuite étendu à d'autres clubs. Parce qu'en l'occurrence les Girondins de Bordeaux pourraient n'être que l'arbre qui cache la forêt des clubs de football professionnels en danger.

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(1) Pour rappel, la Sumitomo Mitsui Banking Corporation est une filiale du groupe Sumitomo, l'un des plus anciens et plus puissants keiretsus (ex-zaibatsus) industriels (conglomérat), de l'archipel nippon, fondé en 1630 // CA 49 milliards de dollars en 2020)

Jean-Philippe Déjean

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