« Tout mètre carré solarisable est solarisé » : le maire de Bordeaux se fait apôtre du solaire
Propos recueillis par Pierre Cheminade et Maxime Giraudeau
« Si on rentabilise sur Bordeaux le déploiement de l'énergie solaire, cela va attirer des producteurs de panneaux et contribuer à construire un écosystème local », affime Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux.
Agence APPA
ENTRETIEN. La transition énergétique passe par la massification de l'énergie solaire. C'est le nouveau mantra de l'action municipale à Bordeaux. « On fonce, il faut le faire », mobilise le maire Pierre Hurmic. En couvrant les bâtiments publics, les sols pollués, les pistes cyclables et même des tronçons routiers, l'élu écologiste dit vouloir impulser l'essor d'une filière locale, alors que la production de panneaux est écrasée par les fabricants chinois.
LA TRIBUNE - « Solariser Bordeaux » est-ce votre grand projet de mandature ?
Pierre HURMIC - C'est un des grands projets de la mandature, comme tout ce qui peut contribuer aux réponses à l'urgence climatique. Je pense à la reconquête végétale de la ville, au quartier bas carbone qu'on est en train de monter à la Jallère, à la présidence du Forum mondial de l'économie sociale et solidaire. Mais oui le solaire est un marqueur qui correspond à notre vision de l'écologie positive et non punitive. Et surtout une écologie dans laquelle on embarque tous les acteurs. C'est vraiment le but de l'alliance solaire présentée le 11 juin où nous nous sommes tous alliés pour promouvoir l'énergie solaire sur le territoire de la ville de Bordeaux. Quand je dis tous, je parle de propriétaires fonciers, d'entreprises, de collectivités.
Les participants à cette initiative sont très publics ou parapublics. Ambitionnez-vous d'y associer davantage d'acteurs privés ?
Oui, cette démarche on ne la réussira pas si on ne joue pas tous dans le même sens ! Il faut jouer collectivement avec humilité et détermination. C'est une action qui correspond à mon état d'esprit. Je considère que nous réussirons notre mandat seulement si nous embarquons avec nous toute la population. Je ne veux pas que les projets soient seulement acceptés mais qu'ils soient portés par tout le territoire.
Au-delà de la dimension incantatoire de cette démarche, est-il prévu que chacun s'engage sur des objectifs chiffrés de panneaux solaires ?
On fera un bilan dans un an en voyant ce que chacun a réalisé. Cela sera aussi l'occasion de faire un bilan des problèmes rencontrés par les uns et les autres et des nouvelles technologies. Il fallait une impulsion mais avant de faire l'alliance, nous devions déjà être exemplaires. La ville a pris l'engagement de poser 60.000 m2 de panneaux solaires d'ici 2026 sur les bâtiments municipaux et d'atteindre 41 % d'autonomie énergétique. Tout mètre carré municipal solarisable est solarisé ! J'ai inauguré 14 juin la nouvelle toiture de la mairie annexe de Caudéran, on y a installé des panneaux ardoises pour correspondre à l'esthétique du bâtiment. Nos piscines, nos gymnases, nos écoles, nos crèches, nous y allons partout où c'est possible !
Est-ce un contre-modèle aux entreprises qui construisent sur des terres agricoles ou forestières ?
Il ne faut pas mettre en compétition le solaire avec l'agriculture et les espaces forestiers. Notre pari c'est de mettre du panneau solaire seulement sur des terrains déjà artificialisés. C'est pour ça qu'on a lancé le projet de rocade solaire par exemple. On étudie aussi la possibilité d'implanter du solaire sur des terrains pollués. Le potentiel existe, mettons-le en valeur.
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Oui, parce qu'en développant le marché local, je vais développer aussi l'industrie locale. Je pense que la demande va créer l'offre. Si on rentabilise sur Bordeaux le déploiement de l'énergie solaire, cela va attirer des producteurs de panneaux et contribuer à construire un écosystème local. Pourquoi n'a-t-on pas beaucoup de producteurs en France ? Parce que le solaire n'est pas suffisamment encouragé. Je crois au développement d'une industrie française.
Mais la Chine casse les prix...
Oui, en même temps je suis favorable à ce qu'il y ait une taxe carbone dissuasive aux portes de l'Europe car ce pays casse les prix et fait du dumping social.
Vous ne préférez pas attendre que l'Europe relance sa production ?
Non, parce que le marché va se réaliser grâce à la demande. Derrière, je pense que l'offre va suivre très rapidement et les prix baisseront. Les matériaux sont essentiellement chinois mais il y a des entreprises françaises qui assemblent les panneaux. On fonce, il faut le faire.
On n'a pas la compétence pour le faire. La rocade c'est l'Etat, l'expérimentation se fera donc d'abord sur un foncier métropolitain avec le cours Jules Ladoumègue [face au stade Matmut Atlantique, ndlr]. En septembre, la Métropole lancera un appel à manifestation d'intérêt pour vraisemblablement retenir un unique développeur. On ne se pose pas trop la question du financement, l'idée est d'abord de voir si c'est rentable et d'expérimenter sur une configuration routière à 2x2 voies qui ressemble à la rocade. On étudie aussi la possibilité de développer des pistes cyclables couvertes de panneaux solaires.
Craignez-vous un coup d'arrêt de la transition énergétique si le Rassemblement national remporte les prochaines élections ?
J'ai du mal à me placer dans la perspective d'une extrême droite au pouvoir. C'est carrément un parti engagé dans l'anti-écologie. Si par malheur, le Rassemblement national arrivait au pouvoir, toute ambition là-dessus serait abandonnée. Ce serait une catastrophe. C'est le seul parti où il y a encore des climato-sceptiques assumés. Si la majorité macroniste est reconduite, j'ai des craintes aussi car ces dernières années la transition écologique a été le parent pauvre des politiques publiques. La France est en retard sur les objectifs d'énergies renouvelables.