LA TRIBUNE - La semaine dernière, Féris Barkat, le fondateur de l'association Banlieues Climat disait sur France 5 : « Il y a une violence symbolique très forte quand des élus locaux nous appellent à aller voter. » La fracture avec une partie du corps électoral est-elle irréparable ?
VINCENT TIBERJ - Nous sommes dans un moment où il y a eu des cassures lourdes entre le monde des catégories populaires et l'ensemble des partis, RN compris. Les ouvriers dont les usines ont fermé, les employés qui se retrouvent à devoir jongler entre des horaires délirants et des conditions d'emploi épuisantes confrontent les partis à leur bilan. Ils demandent : « Qu'avez-vous fait pour nous aider ? » Ces malaises ont émergé au moment des Gilets Jaunes et des émeutes de l'année dernière. Ce sont des données que la recherche repère dans les enquêtes quantitatives depuis un moment donc c'est bien qu'il y a un problème.
Il y a une forme de cassure qui doit interpeller même du côté des électeurs plus diplômés. C'est assez terrible de se dire que vous avez près de 50 % des cadres qui ne se sont pas déplacés aux européennes. Il fut un temps où le diplôme était une variable qui permettait de prédire le vote. Une enquête de l'Ipsos montre qu'il n'y aucun lien entre diplôme et vote aujourd'hui. Pour les générations nées dans les années 1960 et après, le vote ne suffit plus. La remise de soi à des élus ne suffit plus. Les électeurs ont une mémoire : à gauche, ils n'ont pas oublié le mandat de François Hollande qui est passé de « mon ennemi c'est la finance » à une politique de l'offre.