Des espaces sportifs aux rues piétonnes, des cours d'école aux gares, les équipements publics entretiennent les inégalités de genre. Sous l'impulsion de chercheurs et associations, Toulouse, Lyon et Poitiers tentent de renverser les codes sexistes de l'aménagement urbain. La Tribune explore ces nouvelles pratiques à l'occasion de la journée mondiale de l'urbanisme.« La ville faite par et pour les hommes ». Une réalité mise en lumière par l'ouvrage du géographe Yves Raibaud en 2015 mais encore peu considérée dans l'urbanisme. Et pourtant, les équipements publics ne sont pas neutres. Dans les quartiers populaires de Toulouse, la ségrégation genrée de l'espace a été étudiée pendant deux ans par l'association Le bruit de la conversation. « La présence des femmes se concentre à proximité des aires de jeux pour enfants. Alors que certains hommes peuvent passer la journée dehors sans but précis, les femmes sortent surtout aux horaires de sortie d'école ou dans l'optique d'aller faire des courses », relève Maria Bouayad, autrice d'un mémoire de sociologie sur la ville sexiste et co-présidente de l'association.
Des résultats de terrain, issus des quartiers Bagatelle et la Faourette, confirmés par les analyses similaires de quatre associations en Italie, en Espagne, en Roumanie et en Grèce. Constat aussi partagé dans le milieu de la recherche avec des exemples concrets. « Piétonniser les centres-villes se traduit par une pénibilité accrue pour les femmes car ce sont elles qui font 75 % des trajets d'accompagnement avec les enfants ou les personnes âgées. Or elles ont souvent besoin d'un véhicule pour les accomplir », démontre Yves Raibaud, professeur émérite en géographie à l'Université Bordeaux Montaigne. Le chercheur enfonce le clou : « Ce sentiment que la ville appartient à tous n'est pas partagé par les femmes. » Et c'est encore plus vrai la nuit.
Budget sensibilisé
Plusieurs villes en France ont transformé ces préoccupations en argument de mobilisation. À Poitiers, la démarche impulsée par la municipalité écologiste prend corps dans le quartier de la gare. Grâce à des marches exploratoires, des groupes de femmes ont pointé la concentration de commerces dédiés aux hommes ou les discontinuités d'éclairage vers les arrêts de bus. « Ça n'a pas été simple de montrer que l'espace public peut être vecteur de violence, car on ne le vit pas tous de la même manière, raconte Alexandra Duval, adjointe en charge de l'égalité des droits. Mais au final, on voit bien que les femmes passent seulement dans l'espace public, là où les hommes vont plus facilement s'y arrêter. »
Florine Galéron, Maxime Giraudeau et Emma Rodot