Julien Lavault, le coach sportif numérique
Olivier Mirguet
Olivier Mirguet
Dans les locaux de Fysiki, un ancien entrepôt de la SNCF situé devant la gare de Colmar, le rez-de-chaussée a été aménagé en salle de sport. Sur les murs, des petites affiches résument le déroulement d'une bonne séance de fitness. Avec ses tapis, ses bancs et des haltères soigneusement rangés devant une baie vitrée, cette salle de sport est en réalité... le laboratoire de recherche et développement ! La moyenne d'âge de l'équipe, installée à l'étage, s'établit à 25 ans. Les 20 salariés de cette startup sont tous adeptes du sport fitness : à la pause de midi, tout le monde descend et teste !
Pour cet ancien sportif de haut niveau, pratiquant du hockey en compétition, la notion de performance est désormais exclue. En suivant les consignes de l'application baptisée FizzUp, les utilisateurs disposent de leur coach en ligne, toujours disponible. Avec l'utilisation des données enregistrées au fil des séances, la physiologie des entraînements est personnalisée. Les sessions durent 20 minutes. Si l'effort n'est pas quantifié, il devra être régulier : le « rythme » attribué par le coach est un score qui mesure le nombre d'entraînements réalisés d'affilée.
Dans l'interface de l'application, volontairement minimaliste sur le fond blanc d'un écran de smartphone, d'une tablette ou d'une télévision connectée, les exercices défilent avec un accompagnement vocal.
Ils sont centrés sur le torse, les jambes, les bras et le dos. « On n'est pas dans la compétition, mais dans l'entraide », poursuit Julien Lavault.
Sur le modèle des réseaux sociaux, les utilisateurs peuvent s'adresser des encouragements mutuels. Cette communauté, qui contribuera à terme à la valorisation de la startup, fait l'objet de toutes les attentions de Fysiki, qui dédie une partie de ses effectifs au marketing et à la communication. Le vocabulaire récurrent dans l'entreprise se structure autour des notions de produit, du support client. On y parle moins de l'activité sportive, stricto sensu. Après deux années de présence sur ce marché de plus en plus concurrentiel, FizzUp revendique 2 millions d'inscrits, dont 300 000 hors de France.
Julien Lavault a pratiqué le hockey jusqu'à l'âge de 17 ans, dans l'équipe semi-professionnelle des Scorpions de Mulhouse, le VTT en compétition, la gymnastique, l'alpinisme, la course à pied, le windsurf. Le management d'une startup est-il plus apparenté au sport d'équipe ou à la pratique individuelle ?
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Avec son produit unique et son modèle de vente en ligne, le développement commercial pourrait se résumer à l'acquisition d'un maximum de clients premium, prêts à dépenser 10 euros par mois pour accéder à des exercices plus variés, à des conseils nutritionnels et au dialogue en direct avec les coaches, à Colmar. Rodé à l'exercice du commerce en ligne, avec une première startup créée en 2005 et cédée deux ans plus tard, Julien Lavault a développé d'autres ambitions.
À l'instar des principaux éditeurs d'applications liées au sport, Fysiki a voulu établir un lien avec un équipementier. L'allemand Puma se contente pour l'instant de fournir des tenues des sportifs qui présentent les exercices sur FizzUp. Est-il prêt à aller plus loin en prenant une participation au capital ?
Montant de la transaction : 239 millions de dollars. Asics a acheté Runkeeper avec ses 33 millions d'utilisateurs pour 85 millions de dollars.
Les données acquises sur la pratique individuelle des 2 millions d'abonnés de FizzUp pourraient aussi se monnayer.
Sur six ans, l'équilibre est atteint. Le cumul des pertes et des profits enregistrés par Fysiki au fil des exercices comptables aboutit à une somme nulle. 22% du capital ont été cédés, en deux temps, à deux fonds régionaux institutionnels (Capital Grand Est, Sodiv), au fonds privé A2I Agir pour l'insertion dans l'industrie et à trois business angels. La société est valorisée entre 8 et 10 millions d'euros. Elle vise 15% d'excédent brut d'exploitation en 2017, pour 2 milions d'euros de chiffre d'affaires.
Deux stratégies sont envisagées. Dans la première hypothèse, une troisième levée de fonds d'un montant de 2 millions d'euros servirait à financer des développements internationaux en Allemagne, aux États-Unis et en Grande Bretagne. Cette levée de fonds pourrait s'effectuer par ouverture du capital, mais aussi par endettement. L'autre solution consiste à se rapprocher d'un équipementier sportif.
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MINIBIO
Olivier Mirguet