Val de Saône : « Nous devons accélérer la compréhension des phénomènes du dérèglement climatique » (Landry Leonard, président de l’EPTB Saône et Doubs)

INTERVIEW. Le 3 février prochain, le Comité de rivière Saône, l’EPTB Saône et Doubs et l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse organisent un évènement en ligne « Ça Saône ! » pour réunir tous les acteurs économiques et politiques afin d’initier une vision commune de l'aménagement de la vallée de la Saône face au changement climatique à 15-20 ans. Landry Léonard, président de l’EPTB Saône et Doubs livre les enjeux de ces territoires limitrophes.

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Landry Léonard, président de l’EPTB Saône et Doubs.
Landry Léonard, président de l’EPTB Saône et Doubs. (Crédits : Agence Make)

LA TRIBUNE - Quelle est la vocation de l'Établissement Public Territorial du Bassin Saône et Doubs ?

LANDRY LEONARD - L'EPTB Saône et Doubs a pour vocation de gérer la Saône et le Doubs. Il repose sur l'adhésion de plusieurs niveaux de collectivités (EPCI, communauté de communes, départements, régions). Historiquement, nous intervenions sur les affluents et l'accompagnement des collectivités sur les rivières. Avec la réforme GEMAPI, nous avons été amenés à nous recentrer sur les axes de la Saône et du Doubs car ces cours d'eau dépassent les départements qu'ils traversent. Il fallait un établissement pour chapeauter une action coordonnée à l'échelle du bassin.

En quoi le Val de Saône est-il un territoire stratégique ?

480 kilomètres, 3 régions, 6 départements traversés... La Saône est la plus grande rivière de France par la superficie de son bassin : 75.000 hectares, majoritairement agricoles. Ces vastes prairies inondables sont également garantes d'un approvisionnement en eau potable en quantité et en qualité et concernent l'alimentation de plus d'un million de personnes en eau potable.

Sur ce territoire, 58 zones sont identifiées comme ressource stratégique car, peu ou pas exploitées, elles contiennent en sous-sol une eau de qualité et en quantité suffisante en cas de besoin pour les générations futures. La Saône est jalonnée par une vingtaine d'ouvrages de régulation qui permettent d'assurer la hauteur d'eau nécessaire pour la navigation en toute saison pour les bateaux de commerce et de tourisme. Cette régulation favorise également l'irrigation des terres agricoles, le fonctionnement des centrales hydroélectriques, ou encore la pratique des sports nautiques.

Côté pêche, 18 pêcheries professionnelles alimentent marchés et restaurants des bords de Saône en étant ainsi directement tributaires de la bonne santé de la rivière et de ses poissons.

Côté tourisme, ce sont des milliers de pêcheurs, de riverains ou de vélos, qui parcourent la Saône d'une rive à l'autre.

En quoi le dérèglement climatique impacte-t-il ces territoires ?

Nous devons accélérer la compréhension des phénomènes et la mise en œuvre opérationnelle pour essayer de limiter les impacts de ce dérèglement climatique qui touche de plus en plus le Val de Saône. D'un côté, nous connaissons des épisodes de sécheresse beaucoup plus importants, et dont la durée est plus longue. Ces phénomènes sont compliqués à anticiper car il ne suffit pas de faire des retenues d'eau ou de trouver des solutions de stockage. Les quantités sont trop importantes. De l'autre, les cours d'eau inondés impactent également la biodiversité. Il faut essayer de positionner le curseur entre l'agriculture qui façonne notre région et s'assurer de l'activité économique. En juillet dernier, les agriculteurs du Val de Saône ont été victimes de fortes inondations qui ont impactées leur élevage. Ils ont été obligés de transférer leurs troupeaux pour éviter la noyade, et certaines terres servant à la nutrition animale ont été entièrement détruites. Ce qui a eu des impacts financiers immédiats mais également à plus long terme, avec une perte de nourriture pour le bétail.

Les crues de la Saône sont fréquentes et connues mais pas l'été : la dernière crue estivale de la Saône remontait à 1882 !

Navilly

Le 3 février prochain sera organisé « Ça Saône ! », qu'attendez-vous de cet évènement ?

Pour être transparent, le budget d'investissement annuel de l'EPTB Saône et Doubs est de 500 000 euros, avec une participation de 90% de subventions de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse. Le reste à charge pour les collectivités est de 85.000 euros. Pour la trentaine d'adhérents, cela reste correcte mais insuffisant.

L'objectif de cet évènement est d'échanger avec l'ensemble des responsables politiques qui doivent prendre des décisions pour réaliser des travaux et des programmes d'aménagement sur l'ensemble du Val de Saône afin de cibler les priorités. Avec un peu plus de participation financière des collectivités, nous pourrions agir de manière encore plus concrète sur les impacts du dérèglement climatique. Ces enjeux nécessitent une vraie acculturation de l'ensemble des acteurs. Nous attendons également les retours d'expérience des industriels et des agriculteurs qui tirent le fruit de leur travail de la Saône et qui voient leur activités impactées ou potentiellement impactées un jour. Il faut que chacun prenne en compte les attentes et les enjeux des autres pour agir ensemble.

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