La production industrielle s'inscrit aussi dans le projet du Grand Paris

La ville n'est pas qu'un lieu résidentiel et commercial. Elle se doit de maintenir et développer une industrie, porteuse d'emplois. Tel est le constat effectué ce matin par la Chambre de Commerce et d'Industrie et les entreprises du Val-de-Marne, à l'occasion d'une table ronde.

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(Crédits : David Delaporte / CCIR)

Paris, ville musée ? Rien n'est moins vrai ! Certes, les industries, aux alentours de la capitale, ont vu leurs capacités productives décliner au fil des années, en raison d'une mutation économique profonde. Usines et ateliers ont laissé la place aux laboratoires de R&D, quand ce ne sont pas les seules équipes commerciales qui occupent les locaux, délocalisation oblige. Mais ce n'est pas une excuse pour baisser les bras.

« La ville, même dense, doit garder des activités productives, a ainsi assuré Jacques Touchefeu, directeur général de l'Etablissement public d'aménagement d'Orly Rungis. Cela participe à la ville durable : il faut fabriquer des choses, puisque les gens sont là. »

A cet égard, l'EPA d'Orly Rungis s'est engagée dans un vaste projet, celui des Ardoines, à Vitry-sur-Seine, pour accueillir plusieurs ZAC visant à abriter diverses activités dont une production industrielle.

D'autres sociétés, dont L'Oréal, Essilor et Sanofi, pour ne citer que les plus grandes, n'ont pas attendu ces nouveaux projets : elles sont installées dans le Val-de-Marne depuis des années.

Depuis 1872, précisément, dans le cas de BioSpringer. Si son fondateur, un Allemand, avait choisi la région, c'est non seulement parce qu'elle se situait à une demi-journée de cheval de la capitale, mais aussi parce qu'il voulait, en profitant de la méthode mise au point par Pasteur pour fabriquer de la levure de qualité, éviter de soumettre Paris aux mauvaises odeurs, tout en offrant du pain aux Parisiens... Aujourd'hui, révèle Edouard Gestat, le directeur général de BioSpringer, « nos technologies sont toujours développées à Maisons-Alfort, même si nous exportons nos produits jusqu'en Chine ».

De fait, l'entreprise val-de-marnaise enregistre 80% de son chiffre d'affaires à l'étranger. «Mais nos concurrents chinois ou brésiliens sont soumis à des contraintes environnementales plus légères que les nôtres», regrette-t-il. Une critique relayée par d'autres sociétés présentes à la table ronde organisée par la CCI en partenariat avec La Tribune... Ce n'est pas la seule...

"Les élèves savent-ils que l'industrie existe, et qu'en plus, elle paie bien?"

Complexité administrative, prix élevé du foncier, mais aussi manque de vocation chez les jeunes sont autant de freins à l'expansion des activités de production industrielle. « Nous avons amélioré nos process pour rester compétitifs face à la main-d'œuvre à bas prix à l'étranger, mais, localement, nous ne trouvons pas assez de BTS et de Bac Pro à embaucher », soupire Eric Carpentier, gérant de Hugotte, une société spécialisée dans la mécanique de haute précision. Pis, lorsqu'il a réussi à convaincre un jeune et à le former, ce dernier est finalement débauché peu après par une grande société de la région... Résultat, Hugotte a recours à des salariés polonais, qu'elle fait venir dans le Val-de-Marne. « Je suis curieux de savoir si dans les collèges, les élèves savent que l'industrie existe et qu'en plus, elle paie bien », conclut cet industriel. Les salaires en production chez Hugotte peuvent être compris entre 1 600 et atteindre 4 000 euros pour les plus élevés.

Mieux faire connaître les atouts de l'industrie fait d'ailleurs partie des préconisations de la CCI Val-de-Marne, dévoilées à l'occasion de la table ronde du 17 décembre, et concoctées à l'issue d'une enquête menée au printemps dernier auprès des entreprises locales dans l'industrie et la construction. Au delà d'une meilleure adéquation entre formation et profil de main-d'œuvre nécessaire, la CCI Val-de-Marne estime aussi qu'il faut miser, pour maintenir et développer l'industrie de production, sur la qualité de l'environnement urbain pour les entreprises.

Mettre le foncier des entreprises « hors marché »

Cela va des transports - tous les participants attendent d'ailleurs avec impatience la mise en service ou le prolongement des lignes de métro 15 et 14, dans le cadre du Grand Paris Express - aux efforts à consentir en ce qui concerne le foncier. « Dans ce domaine, il faut adapter la réglementation, afin de sanctuariser le foncier dédié aux entreprises », a insisté Dominique Norguet, le vice-président de la CCI Val-de-Marne. Une demande appuyée par Pascal Dayre, directeur général adjoint de l'Etablissement Public Foncier Ile de France. « A l'image du logement social, le foncier pour les entreprises doit être mis 'hors marché', et donc soustrait à toute spéculation, afin de préserver une stabilité des prix », a déclaré ce dernier. De quoi faciliter la vie des entreprises, qui ont besoin de visibilité.

Mais l'avenir réservera encore des surprises... Pertinentes pour d'autres grandes agglomérations, les préconisations de la CCI Val-de-Marne devront forcément être revues, lorsque Univers et Conseils, par exemple, qui développe un système de construction alternatif, permettant aussi bien la mutualisation de locaux pour diverses entreprises que la mise en service de crèches itinérantes, aura mené à bien ses projets. C'est en tout cas le défi qu'a lancé cette scop de Charenton-le-Pont aux élus comme aux professionnels présents.

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