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Comment les Jeux Olympiques vont doper l'attractivité du Grand Paris

César Armand

Publié le 30 septembre 2017 à 07:22 - Mis à jour le 04 octobre 2017 à 11:43

Le Quotidien Numérique

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Une semaine après l'obtention officielle des JO, tous les élus s'accordent à dire que l'événement sportif va entraîner la création d'entreprises et d'emplois dans tous les territoires du Grand Paris. Et les décideurs publics mettent en garde la Société du Grand Paris sur la bonne tenue des travaux du super-métro.
« Depuisdeux ans, nous avons oeuvré sans relâche pour bâtir une candidature porteuse d'espoir et de progrès : pour Paris, la métropole du Grand Paris, la région et la France entière. Il s'agit bien sûr de permettre au sport et à ses valeurs de transformer toujours davantage notre société. (...)Mais il s'agit également de transformer notre territoire, par exemple, en abolissant les frontières entre Paris et la Seine-Saint-Denis qui ont tant en partage. (...)Paris2024 sera le point de rencontre de toutes les énergies métropolitaines et internationales qu'abrite et recèle Paris. Pour fédérer la société. Pour ouvrir des perspectives à la jeunesse. Pour faire rayonner Paris et la France. »

C'était le 14 mai dernier. La maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo, recevant à l'hôtel de ville Emmanuel Macron à peine investi des pouvoirs de président de la République, vantait la candidature de la capitale aux Jeux olympiques. Patrick Ollier, président (LR) de la métropole du Grand Paris (MGP), s'en souvient :

«C'est une aventure extraordinaire ! La MGP est totalement intégrée au dispositif alors qu'elle n'existait pas encore lors de la candidature initiale.»

Le maire de Rueil-Malmaison érige ainsi Paris 2024 en levier d'attractivité pour l'ensemble de l'Île-de-France : « Cette action partagée profitera à l'ensemble de l'aire métropolitaine qui compte 131 communes, et même à toute à la région, et pas simplement à Paris, à Saint-Denis et aux autres villes hôtes. »

Marier l'urbain et le rural

80 à 85% des sites se situeront en effet sur le territoire de la MGP, comme le centre aquatique dont elle doit assurer la conception, la réalisation et l'exploitation, bref la maîtrise d'ouvrage :

«Je suis déjà au travail avec Plaine Commune et son président Patrick Braouezec,explique Patrick Ollier,pour mettre en place la ZAC à l'intérieur de laquelle sera construit cet équipement. Le défi consiste à le réussir pour qu'après les Jeux, il ne soit pas un boulet pour les gestionnaires, mais je n'ai aucune inquiétude sur la capacité à réaliser cette opération.»

Le siège de la métropole a également été le théâtre de la signature d'une Charte sociale en mars dernier avec cinq responsables syndicaux, dont Laurent Berger de la CFDT, Philippe Martinez de la CGT et Jean-Claude Mailly de FO :

«C'est le mouvement sportif qui a réussi à réunir tout le monde autour de lui. Je tire mon coup de chapeau à nos deux coprésidents, Bernard Lapasset et Tony Estanguet, qui ont catalysé toutes les forces autour d'eux. C'est un vrai bonheur de travailler tous ensemble sans tensions ni problèmes ni difficultés quelconques», remercie Patrick Ollier.

Le président (LR) du conseil départemental des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, confirme que « les Jeux olympiques vont donner une vision internationale » au Grand Paris, son département participant, « comme tout le monde », au financement de la compétition. Il a débloqué 5 millions d'euros, dont 3 pour la construction du pôle national de la fédération française de hockey sur gazon au stade Yves-du-Manoir de colombes, et 2 pour aménager et rénover des sites.

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Le responsable altoséquanais ne souhaite pas pour autant utiliser les JO pour peser dans la construction institutionnelle - « Le Grand Paris est un projet avec une institution pérenne tandis que les Jeux sont occasionnels » - , tout en martelant son message, lui dont les élus, avec ceux des Yvelines, ont voté la fusion du 92 et du 78 le 30 juin dernier:

«Le périmètre de la MGP me paraît ridicule. On va créer une nouvelle banlieue. C'est catastrophique ! Il faut marier l'urbain et le rural.»

Car, outre les infrastructures internationales unanimement reconnues, comme Roland-Garros ou le parc des Princes, et leurs cousins les stades JeanBouin et Pierre-de-Coubertin, Patrick Devedjian rappelle qu'« à Nanterre, nous avons la U Aréna - qui accueillera la gym, la GRS et le trampoline -, qui n'a pas été construit en vue des JO mais qui aura un avenir au-delà » ajoutant :

«L'essentiel a lieu en Seine-Saint-Denis.»

« Génération 2024 » en Seine-Saint-Denis

Dans le 93 d'ailleurs, pas loin du Stade de France, le village olympique et le centre des médias doivent encore sortir de terre, mais au bénéfice de la métropole tout entière, selon le président (PS), du département, Stéphane Troussel : « Compte tenu de ce qui se passe depuis plusieurs années en termes de mécano institutionnel qui agite beaucoup les élus, un certain nombre de projets, comme les Jeux olympiques, contribuent à faire avancer le Grand Paris de manière concrète, à travers un meilleur rééquilibrage. »

Il espère que les JO résoudront la question de l'inégalité des territoires :

«Au regard des investissements étrangers, il n'y a pas de difficulté majeure. C'est à la fois très attractif, très riche et très puissant, mais aussi profondément très inégalitaire. Nous sommes le département le plus créateur d'entreprises, avec des sièges sociaux très présents, mais nous avons un taux de chômage des plus élevés.»

Stéphane Troussel entend régler ce paradoxe :

«Si nous voulons un développement harmonieux, il nous faut lutter contre les fractures et soutenir tous les projets qui rééquilibrent le territoire. Nous sommes donc au travail avec l'État, les collectivités, les services de l'emploi, la chambre de commerce et d'industrie et les organisations patronales pour y arriver. Que nos enfants se préparent à travailler sur les chantiers des JO et nous réussirons un aménagement réversible, durable et pérenne ! »

À cet égard, le représentant de la Seine-Saint-Denis lancera, lors de la prochaine réunion du conseil départemental fin septembre, le dispositif « Génération 2024 » visant à « dégager des moyens pour permettre aux clubs sportifs de repérer des talents pour les accompagner financièrement jusqu'aux JO et aider les communes et à développer leurs piscines. » Et de fonder beaucoup d'espoirs dans la concrétisation du Grand Paris Express :

«Nous nous sommes battus pour la double boucle, car c'est un accélérateur du développement et un projet majeur. Les athlètes comme les spectateurs vont venir pour la cérémonie et dormir sur place. Les épreuves de natation et d'athlétisme se situeront chez nous... Avec la conjonction des transports, cela crédibilisera l'idée selon laquelle nous sommes un pôle d'excellence.»

La SGP sous tension

En effet, en 2024, la Société du Grand Paris jouera un rôle crucial. Rien qu'à Saint-DenisPleyel, les lignes 14, 15, 16 et 17 donneront accès au village olympique, au Stade de France et au centre aquatique. La future gare du Bourget Aéroport, située sur la ligne 17, desservira, elle, le centre de presse internationale, le village des médias ainsi que les lieux d'épreuves de badminton et de volley. Enfin, La Courneuve Six-Routes sera la station où il faudra descendre pour le water-polo.

La SGP entend donc se concentrer sur la réalisation du chantier :

«Depuis que la feuille de route a été enclenchée, les travaux montent en puissance. Nous sommes très motivés et très concentrés pour réaliser dans les temps ces lignes de métro.»

Le conseil départemental du Val-de-Marne y prête une attention toute particulière :

«Même si nous ne sommes pas concernés par un site olympique,avance son président (PCF) Christian Favier,beaucoup de nos habitants iront sur place. Nous ne voudrions pas que les chantiers, comme le prolongement de la ligne 14 vers Orly et la réalisation de la ligne 15 Sud, soient retardés».

À la manière de son voisin des Hauts-de-Seine, l'ex-sénateur ne voit pas en quoi « la structuration du Grand Paris puisse être conditionnée par la simple obtention des JO », mais demande « une concertation beaucoup plus approfondie » :

«Les départements n'ont pas encore été consultés. J'ai écrit au Premier ministre pour lui demander à être reçu. Nous souhaiterions nous-mêmes, pourquoi pas, un référendum. Cela ne doit pas constituer une question technocratique qui bouleverse le quotidien de nos concitoyens.»

Christian Favier demeure, en revanche, confiant quant au rayonnement d'un tel événement :

«De grandes manifestations, comme celle-ci ou l'Exposition universelle, assurent une réelle attractivité. Nous travaillons à des équipements publics qui puissent permettre à des entreprises de s'installer. Socialement, elles représentent un moyen de faire reculer le chômage. La difficulté réside dans le choix qu'il va falloir opérer parmi les investissements publics».

Au conseil régional d'Île-de-France, les Jeux sont également perçus de manière très positive : « Cela consolide, voire accélère nos projets. Beaucoup de lignes sont déjà adossées aux sites olympiques existants. Sans attendre la réalisation du Charles-de-Gaulle Express ou le prolongement de la ligne 14, cela fonctionne bien », se félicite le vice-président (LR) aux Transports Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes (Essonne), et président de l'Association des maires d'Île-de-France.

Une aubaine pour la grande couronne

Le 91, justement, compte bien tirer parti de cet événement sportif mondialisé :

«Nous sommes ravis que les Jeux olympiques aient lieu à Paris,assure le président du conseil départemental (LR) François Durovray,et nous entendons bien profiter de la dynamique en étant candidats à l'accueil d'équipes.»

À défaut de voir certains de ses sites sélectionnés, le chef de l'exécutif essonnien parie sur l'obtention de l'Exposition universelle 2025 à Paris-Saclay :

«Si nous l'obtenons, il faudra qu'on ait une vision équilibrée du territoire et donc des investissements permettant à mes habitants de vivre pleinement en Île-de-France.»

Autre département dit « de grande couronne », la Seine-et-Marne accueillera, elle, les épreuves de canoë et d'aviron à Vaires-Sur-Marne.

«Tout ce qui va se vivre d'ici là constitue en effet un accélérateur,relève Jean-Jacques Barbaux, patron (LR) du 77,mais le Grand Paris demeure un espace géographique très circonscrit. Aussi, les Jeux sont un élément très positif pour les territoires d'appui comme les nôtres, qui sont les contreforts indispensables à l'hypercentre francilien.»

Deuxième destination touristique après Paris, grâce à Disneyland (15 millions de touristes par an), au massif forestier de Fontainebleau (10 millions) et à ses sites historiques comme Vaux-le-Vicomte, ce département espère « laisser entrevoir cette image » :

«Avec 39.000 emplois liés, nous avons déjà des capacités de mobilisation, des espaces et des lieux d'hébergement qui viennent en soutien de la petite couronne. Avec cette offre et ce savoirfaire, nous dynamiserons cette aubaine».

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Pourquoi Paris a raflé la mise

Au regard du rapport de la commission d'évaluation 2024 du Comité international olympique (CIO) publié le 5 juillet dernier, avant même la désignation officielle du 13 septembre à Lima, voici pourquoi le Grand Paris organisera les Jeux olympiques dans sept ans.

Un siècle après les derniers Jeux olympiques à Paris, la capitale reviendra sur le devant de la scène en 2024. Le CIO, dans un rapport d'évaluation publié le 5 juillet dernier, érige l'Histoire en atout de la candidature francilienne :

« Paris 2024 veut continuer de tirer parti de l'héritage de la ville, berceau du mouvement olympique moderne et de son fondateur Pierre de Coubertin, en organisant des Jeux qui mettront à l'honneur la Seine, la culture française et les splendides monuments de la ville. »

En revanche, si le Comité international olympique salue « des sites existants de grande qualité et souvent utilisés, ainsi qu'une culture du sport solidement ancrée au niveau national » ainsi qu'« un catalyseur pour accroître la pratique sportive au niveau national et pour assurer le développement social et économique de la ville de Paris »,

il pointe, comme « défi », la « difficulté d'atteindre l'objectif de 80% de pratique sportive ».

Idem avec le fleuve, alors que le bassin de La Villette a été récemment rendu aux baigneurs ;

« les efforts actuellement déployés pour rendre l'eau propre à la baignade seraient grandement facilités si les Jeux étaient attribués à la ville puisque Paris 2024 entend organiser les épreuves de marathon en natation et de triathlon dans la Seine ».

Là encore, le CIO relève que « la qualité de l'eau pourrait poser problème si les objectifs ne sont pas atteints. Toutefois, une solution de secours existe, qui permettrait aux athlètes de concourir dans de bonnes conditions. »

Le village olympique est décrit avec emphase :

« Construit pour l'occasion, il comblerait tous les besoins des athlètes et offrirait une expérience exceptionnelle avec des logements spacieux, un grand nombre d'options de restauration dans une ambiance détendue » bien que, dans le même temps, le Comité souligne que l'« acquisition de terrains provenant de propriétaires privés est incomplète (30% des terrains doivent encore être acquis) ».

Si le CIO se félicite, plus généralement, d'investissements contribuant au « développement socio-économique, à l'application de normes de conception élevées en matière de durabilité » et se traduisant « par des bienfaits sur l'environnement », il ne manque pas de souligner l'importance d'une « coordination du programme de durabilité compte tenu de sa grande envergure et du nombre de parties engagées ».

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Enfin, le Comité international olympique juge les modèles de financement et de gouvernance « solides et parfaitement conformes à la manière dont le sport est organisé dans le pays, notamment la structure qui engage la pleine et entière participation des pouvoirs publics à tous les niveaux », avant d'en appeler à un processus de renégociation « nécessaire » afin de « déterminer qui couvrirait les dépassements de coûts excédant la somme budgétisée pour les imprévus ».

César Armand

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