Île-de-France : le FN séduit dans les zones délaissées par les transports

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Les communes délaissées par les transports publiques en Île-de-France ont massivement voté pour le Front National.
Les communes délaissées par les transports publiques en Île-de-France ont massivement voté pour le Front National. (Crédits : © Stephane Mahe / Reuters)
Troisième lors du premier tour des élections régionales en Île-de-France, la liste Front national de Wallerand de Saint-Just arrive en tête dans de nombreuses communes éloignées du centre de l'agglomération parisienne, mal desservies par les transports en commun, pourtant la première compétence de la région.

Moins fort que dans la plupart des autres régions françaises, le FN francilien, troisième au premier tour des élections régionales avec 18,7 % des suffrages exprimés, aura en fait principalement séduit dans les communes les plus éloignées du centre de l'agglomération parisienne, notamment là où le sentiment d'être laissé-pour-compte par les politiques publiques est le plus fort. L'écrasante majorité des 682 communes, dans lesquelles la liste FN de Wallerand de Saint-Just est arrivée en tête, est en effet située à l'extrémité de la région Île-de-France, c'est à dire dans l'est de la Seine-et-Marne, dans le sud-ouest des Yvelines, dans l'ouest du Val d'Oise et dans le sud de l'Essonne.

Mécontentement

La plupart de ces communes se situent même au-delà des terminus des différents RER. De fait, les services de transports en commun y sont bien moins efficients qu'au centre de l'agglomération. Les retards, l'illisibilité du réseau, voire parfois l'absence de total de services participent à faire monter le mécontentement des habitants de cette grande couronne francilienne. D'autant que « le trafic dans les transports en commun augmente de 2 % à 3 % par an depuis 10 ans », remarque Marc Pelissier, président de l'association des usagers des transports en Île-de-France.

Faute de pouvoir bénéficier d'un service de transports satisfaisant, certains franciliens prennent leur voiture, et se retrouvent alors confrontés aux problèmes de saturation des routes et des autoroutes. Un cercle vicieux s'enclenche : « la grande couronne subit une grande partie des difficultés des réseaux ferroviaires franciliens », regrette Marc Pelissier.

La région a pourtant les compétences en matière de transports pour améliorer le réseau. Elle consacre à cette tâche près de 2 milliards d'euros chaque année, soit environ 40 % du total de son budget. Mais aux extrémités de la région, les résultats de ces politiques ne se font pas toujours ressentir. « Certains franciliens ont le sentiment qu'il ne se passe pas grand-chose de tangible sur les transports alors qu'ils paient pour cela », explique Marc Pelissier.

Pass Navigo à tarif unique

Le conseil régional, dirigé par la gauche, a bien instauré le Pass Navigo à tarif unique en septembre dernier, une mesure visant notamment à redonner du pouvoir d'achat à certains habitants de la grande couronne. Mais visiblement, elle n'a pas eu les effets escomptés dans les zones les plus éloignées de Paris, puisque la gauche y a réalisé de faibles scores lors du premier tour des élections.

« Certes, on peut considérer que les gens accueillent toujours favorablement les mesures améliorant leur pouvoir d'achat. Mais cela ne résout en rien leurs difficultés du quotidien, qui proviennent notamment de la mauvaise qualité des services qui leur sont proposés pour se déplacer, et pour lesquels peu d'améliorations sont perçues », explique Marc Pélissier. De toute façon, « seulement entre 15 % à 20 % des habitants de la grande Couronne possèdent un forfait Navigo », ajoute-t-il.

Malgré ses compétences, le conseil régional éprouve les pires difficultés à limiter l'accroissement des inégalités territoriales dans la région capitale, peuplée de 12 millions d'habitants. Le Front national s'est ainsi engouffré dans la brèche, axant une partie de sa campagne sur l'oubli des habitants de la grande couronne francilienne par les dirigeants politiques au pouvoir. Pour sa part, la tête de liste de Debout pour la France, Nicolas Dupont-Aignan, dont les voix du premier tour (6,57 %) proviennent principalement de la grande couronne, avait aussi axé sa campagne sur ce thème : « les habitants de la grande couronne sont les oubliés de la politique régionale de transport », déplorait-il.

Un ras-le-bol exprimé

Le vote de dimanche dernier est donc aussi un message clair envoyé aux deux principaux candidats du second tour, Claude Bartolone pour la gauche, et Valérie Pécresse pour la droite, afin qu'ils s'attellent à améliorer la vie quotidienne des Franciliens qui vivent loin de Paris.

Les candidats disent l'avoir bien compris. Ce lundi, Claude Bartolone a notamment repris la proposition de Pierre Laurent (Front de gauche) de créer 10.000 postes dans les transports, dont une bonne partie seront dédiés à la grande couronne. Quant à Valérie Pécresse, elle promet dans son programme, afin « de n'oublier aucun Francilien, que la carte des lignes Express de bus sera renforcée avec 5 nouvelles lignes et 1.000 bus supplémentaires déployés sur le réseau ». « Ces bus seront plus fréquents et emprunteront des voies dédiées pour desservir plus rapidement les gares de grande couronne », détaille-t-elle.

La risque du Grand Paris

De quoi peut-être limiter l'oubli des populations de l'extrémité de l'Île-de-France face à la montée en puissance de la métropole du Grand Paris, qui exclut de son périmètre la quasi totalité de la grande couronne. La forme actuelle de la métropole ne plaît, du reste, guère aux deux principaux candidats à la présidence de la région.

Le problème, c'est que le Grand Paris accapare aussi la quasi totalité des nouvelles lignes de transports en commun. Or, le Sdrif (Schéma directeur de la région Île-de-France) a fixé comme objectif de construire 70.000 logements par an partout en Île-de-France, soit une hausse d'environ 50 % de l'offre annuelle, et dont la grande couronne prendra sa part.

Sans nouvelle ligne de transports -hors bus- et avec un nombre croissant d'habitants, le risque d'empirer le quotidien des habitants de la grande couronne existe donc. Voilà un défi important que le conseil régional francilien devra relever lors des prochaines années.

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Commentaires
a écrit le 13/12/2015 à 17:00 :
Mauvaise desserte par les transports en commun = vote fn ? Waouh le niveau !
a écrit le 13/12/2015 à 14:48 :
Oué, et même que la différence entre la boîte de maquereaux au vin blanc et la choucroute a une influence sur l'âge du capitaine et donc sur les Indiens d'Amazonie. Ouah, je pourrais être journaliste à La Tribune, non :-)
a écrit le 12/12/2015 à 20:42 :
La Tribune essayerait d'influencer les lecteurs avant les élections de demain????Sur le sujet tout le monde sait que c'est dans les campagnes qu'on a le plus de population traditionaliste.
Réponse de le 13/12/2015 à 7:21 :
non, juste décrire une réalité...c'est vrai qu'on a pas l'habitude de lire la réalité ?
a écrit le 12/12/2015 à 14:39 :
Et le PS, il prospere ou ? La ou la densité de mosquees est la plus importante ?
Réponse de le 12/12/2015 à 16:16 :
Même pas : on s'y abstient massivement.
Réponse de le 12/12/2015 à 20:50 :
"densité de mosquées" ? C'est où ça, les densités d'églises, où ? Au niveau d'un département ? Quand y en a une, aucun besoin de deux. La Poste, elle est rarement dédoublée, y en a pas des "forêts".
(si le choix est une mosquée (sans minaret) ou des pratiques souterraines/secrètes, qu'est-ce qui est le mieux ??)
A Paris, doit pas y avoir une église orthodoxe avec de (très) gros bulbes dorés ? Ça va 'jurer' avec le reste, mais Poutine paie, c'est donc OK. C'est triste, on ne peut même plus se payer une église orthodoxe nous même... :-)
a écrit le 12/12/2015 à 12:07 :
Si l'on s'abstient de parler de politique d'élection l'article est objectif mais partiel. On ne peut résumer l'abandon de certaines régions aux transports pour décrire tel ou tel vote. Si l'on considère le discours de Debout, c'est pour beaucoup de zones y compris à Paris un vote pour l'idée nationale à 30% ou plus.Là où cette petite liste copieuse n'est pas présente car elle est avant tout destinée à rafler le plus gros de ce qui peut l'être, la liste originale fait de forts scores correspondant au total. En réalité pour l'enjeu global il s'agit de deux grands blocs politiques de conception économique qui s'opposent. L'un se base sur le progrès à marche forcée, décliné du protestantisme et provoquant quelques avancées contre une grande casse sociale, il dispose donc d'un plan de rattrapage sous la forme d'un volet socialiste ou humaniste qui soit promet une revanche qui ne vient jamais soit expose que ce n'est pas grave car la vérité est ailleurs. Cet ensemble avec balancier électoral est ce que nous connaissions jusqu'à présent. En face, l'élan national porte en fait le désir d'un meilleur aménagement de cette ancienne conception, il souhaite un progrès réel et non spéculatif, moins d'abus nécessitant donc moins de rattrapage social ou d'humanisme bidonné, de concepts délirants. Un parler plus vrai, des valeurs différentes qui peuvent s'apparenter au terroir légitime, à la camaraderie les yeux dans les yeux et non idéologique, à des notions simples et principales, au drapeau de nos ancêtres. Que devient l'ouverture internationale si nous ne savons plus qui nous sommes ? Le premier bloc dans son volet principal est construit comme une idéologie d'émulation moutonnière sur laquelle on a oublié au juste depuis longtemps de réfléchir, il oblige en fait au volet social sans lequel il ne pourrait exister. Lorsque le "progrès" se ralenti ou s'arrête voire régresse c'est une effroyable spirale vers le bas qui s'enclenche, mécaniquement : ne restent plus que les dégâts. Les gens reprennent alors le temps de réfléchir et remettent en cause l'absurdité de leurs anciens choix. Les groupes qui sont le plus éloignés (ce n'est pas une question de distance) de l'émulation idéologique et de l'éventuelle "réussite" qui s'y attache (ou espoir de) font cette démarche en premier. Pour revenir au thème de l'article les populations détachent souvent volontairement de l'agitation idéologique aussi par un moyen de distance ... et finissent par voter pour ceux qui représentent exactement ce qu'ils ont en fait décidé il y a longtemps, dans une logique d'apothéose : ils sont en accord avec eux même s'étant prémunis contre tout prisme de lecture et de tout tabou que l'on voulait leur imposer. L'idée nationale est une idée de régénération.
a écrit le 12/12/2015 à 10:08 :
Nos politiques ne sont absolument pas préoccupés des problèmes quotidiens des gens .Ce que veulent nos politiques, c'est garantir leur place qui est très bonne...Voyez- vous des députés vous voir et vous demandez qu'est ce qui pourrait être amélioré dans leur vie de tous les jours ? ......
Or la politique actuelle est en déphasage avec la vie de tous les jours d'une majorité de français.
Nos politiques font des lois qui ne correspondent pas forcément aux attentes des gens et sont complètement à coté de la plaque !
Devant un tel fonctionnement, je ne vois pas comment cela va changer ! Et que nos politiques ne s'étonnent pas de voir arriver le FN à grand pas !
a écrit le 12/12/2015 à 0:27 :
Et dans les zones délaissées par la matière grise ?
a écrit le 11/12/2015 à 23:05 :
Et ce n'est pas avec les décisions de la reine Hidalgo qu'ils reviendront vers le droit chemin... interdire la circulation dans Paris ou comment fracturer encore plus la relation entre la population et les politiciens... Bien sur c'est pour le bien tous, mais qu'ont-ils fait pendant qu'ils étaient à la tête de la région les socialo ? aujourd'hui ils mettent la charrue avant les bœufs... Ils sont ou les transports en communs après la première couronne ? mmmh ? Ah ...ils seront la dans 40 ans ? et la reprise économique, vous faites comment ? Ah ... tant pis pour les commerces ? bon je ne vois plus que l'augmentation des impôts pour suivre la logique socialiste... c'est vrai que Staline a réussi lui...
a écrit le 11/12/2015 à 22:10 :
Ha bon ! Il y a des zones délaissées ? Pas de panique ! Lundi prochain tout rentrera dans l ordre et on en parlera plus.
a écrit le 11/12/2015 à 20:34 :
Payez moi un gisant
a écrit le 11/12/2015 à 20:33 :
Des Bus , des TER, pourquoi l'UMPS n'a pas pensé à cette solution pour éradiquer
le FN . Ces naïfs pensaient qu'il s’agissait du chômage ou de l'immigration.
Vite des tickets gratuits et plus de problème pour Monsieur Valls.
a écrit le 11/12/2015 à 20:05 :
Corrélation n'est pas causalité.
Réponse de le 12/12/2015 à 17:28 :
Ces zones peu desservies ont souvent la chance d'être plutôt paisibles et n'ont aucune envie de voir débarquer certains habitants venus de zones mieux desservies. Leur vote FN, ce n'est sûrement pas le manque de transports qui le motive. Les gens s'y souviennent qu'il n'y a pas si longtemps, Montfermeil, Clichy sous Bois ou Sevran étaient de charmants villages campagnards, comme les leurs...

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