La balade de Paris en grand

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Canal de l'Ourcq aux abords du Parc de la Villette à Paris.
Canal de l'Ourcq aux abords du Parc de la Villette à Paris. (Crédits : iStock)
En deux jours et sept mouvements, je parviens à faire découvrir Paris en grand à un ami étranger. Par Roland Castro, architecte et chargé de mission du Grand Paris.

Dans les années 1980, à chaque fois qu'un ami venu d'ailleurs arrivait pour la première fois à Paris, pour le travail ou le plaisir, je lui racontais la ville en deux heures et en seulement trois mouvements. C'était l'époque bénie des paresseux où nous pouvions longer la Seine en un seul trajet de voiture. Ce premier mouvement était l'occasion de montrer que toutes les institutions de la République et toute la beauté monumentale de Paris se trouvaient à moins d'un kilomètre du fleuve de part et d'autre. On s'émerveillait du plus beau ciel de la capitale. Puis, nous grimpions à Montmartre pour embrasser tout Paris en un seul point de vue. Enfin, nous empruntions la petite ceinture des Maréchaux pour observer l'héritage des habitations à bon marché (HBM) des années 1930. Ils restent encore aujourd'hui un modèle de HLM imbattu et imbattable. En deux heures et trois mouvements, je lui montrais donc la poétique, la limite et la géographie de Paris.

Aujourd'hui, en 2030, à force d'efforts, Paris est Paris en grand. Quand j'accueille un ami étranger, je suis obligé de prendre un peu plus de temps pour lui raconter ce Paris en grand, en sept mouvements.

Premier mouvement

Nous empruntons l'avenue Molière, l'exautoroute A86 de 80 km devenue une avenue fluide et partagée entre trottoirs pour piétons, pistes réservées aux vélos, gyropodes ou véhicules à roulettes.

Au milieu, sur des voies rapides arborées circulent des voitures autonomes et électriques. Cette avenue reliant Paris-Fresnes, Paris-Bobigny, Paris-Créteil et pouvant attraper Paris-Versailles (triomphe posthume de la Commune de Paris) permet de comprendre de l'intérieur l'extraordinaire histoire de Paris en grand. Elle est ponctuée de très nombreuses beautés urbaines et architecturales à double façade intrados et extrados : une centralité intérieure dans la métropole. Parsemée de leds, elle forme une couronne d'étoiles à la Ville Lumière. L'autonomie énergétique du territoire permet de passer de l'ère de l'éclairage à celle de l'émerveillement lumineux.

Deuxième mouvement

Nous prenons un bateau sur la Seine, sur le bief allant de l'écluse de Paris-Vitry à celle de Paris-Suresnes. Il permet d'apercevoir, derrière le Port-à-l'Anglais, les nouveaux ponts haubanés suspendus aux immeubles à gradins pleins de terrasses et de jardins des deux côtés, de passer sous deux ou trois nouveaux ponts entre Paris-Alfortville et Paris-Ivry, de découvrir l'extrême beauté du Paris historique, d'aller taquiner la Seine musicale à l'île Seguin et d'admirer la nouvelle mise en scène des berges entre Paris-Passy et Paris-Suresnes.

Au lieu des 13 km de Seine du Paris historique, on en compte aujourd'hui 110 dans le Paris en grand, et leur gestion est désormais partagée entre l'habitat, l'activité économique et la flânerie.

Troisième mouvement

Nous montons depuis la Porte des Lilas dans le téléphérique qui rejoint la colline de Paris-Romainville à la Villa Médicis de Paris-Clichy-sous-Bois, puis la nouvelle forêt de Paris-Bondy enfin ouverte.

Quatrième mouvement

Une balade à pied sur les promontoires de l'Est parisien, du Fort de Paris-Romain-ville au Fort de Paris-Noisy-le-Sec. On découvre la sublime avenue du canal de l'Ourcq, bordée de platanes, de Paris-Pan-tin à Paris-Noisy-le-Sec. Une avenue magnifique de Paris en grand.

Cinquième mouvement

Sur le plateau de Saclay apparaît une montagne Sainte-Geneviève d'un type nouveau. À partir des caisses des grandes institutions et des grandes écoles, une belle urbanité, intense et agreste, se dévoile, remplie de cafés et de théâtres et en osmose avec un territoire agricole productif.

Sixième mouvement

Nous visitons une illustration de la mutation et du remodelage des grands ensembles. On y voit des morceaux de ville extrêmement beaux, avec un habitat digne et valorisant, des terrasses et jardins mélangés à des lieux d'activités économiques (et circulaires) et des sites agro-industriels. Dans l'histoire des villes, c'est en général à partir des lieux les plus laids que se sont construites les plus belles choses (la place de la Concorde, par exemple).

Septième mouvement

Pour finir le voyage en beauté, nous montons au Moulin d'Orgemont. Il met en scène en surplomb le port de Paris-Genne-villiers (un immense ciel de Paris en grand). Le port, devenu mixte, accueille des bateaux de plaisance et des barges industrielles, un nouvel opéra qui scintille, une nouvelle université ainsi que de nombreux habitats verdoyants.

Dans ce vaste paysage, la nature a été réintégrée. Elle pousse sur les toits terrasses qui ont été réinvestis pour un usage agricole de proximité. Des millions d'arbres ont été plantés, l'air est devenu respirable et les canicules moins accablantes.

En deux jours et sept mouvements, je parviens à faire découvrir Paris en grand à cet ami étranger. Sur notre chemin, nous avons croisé les « cathédrales de l'accueil », lieux de célébration de l'arrivée des exilés en France, dans lesquels droits et devoirs leur sont précisés contre un engagement à la laïcité. Dans cette pérégrination, nous sommes passés devant le nouveau ministère des Affaires européennes à Paris-Aulnay, la base nautique de Vaires-sur-Marne, l'un des héritages des JO 2024, et la nouvelle gymnathèque (gymnase et médiathèque) de Paris-Gagny en pierre, en fer, en brique et en bois, car ces matériaux sont revenus en force dans Paris en grand. On voit qu'on a réussi à échapper à la dictature de l'imprimante 3D qui avait tenté de refaire des « non-villes » orwelliennes.

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Par Roland Castro, architecte et chargé de mission du Grand Paris

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