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Quel Grand Paris voulez-vous ?

Photo de César Armand

César Armand

Publié le 14 juin 2018 à 06:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:51

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Getty

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Selon l’institut de sondage Elabe, la quasi-totalité (95%) des Franciliens ont déjà entendu parler du Grand Paris et ils y adhèrent en grande majorité (85%). En tête de leurs priorités, les habitants citent l’amélioration des transports, l’emploi et le logement. Si l’impact est jugé positif, ils doutent de l’achèvement dans les temps du Grand Paris Express. Pour porter et faire avancer le projet, ils citent en premier Valérie Pécresse, la présidente de Région, et Emmanuel Macron.

Il y a plus de dix ans déjà, le 17 septembre 2007, le président Nicolas Sarkozy, inaugurant la Cité de l'architecture et du patrimoine au Palais de Chaillot, appelait à « un nouveau projet d'aménagement global du Grand Paris ». Depuis, la Métropole du Grand Paris (MGP) est née le 1er janvier 2016, et le Grand Paris Express, réseau circulaire de métro, sera mis en service dans son intégralité dans environ 12 ans, avec quelques lignes achevées plus tôt grâce aux JO de 2024.

La notoriété du Grand Paris ne fait plus débat : aujourd'hui, les Franciliens disent à 95% avoir déjà entendu parler du projet, mais seuls 46% d'entre eux savent "précisément" de quoi il s'agit. Difficile donc pour eux de s'approprier une construction politique encore jeune et un projet territorial encore flou.

Face à une Région Île-de-France aux compétences connues et très présente dans leur quotidien grâce à son financement des transports en commun, difficile pour le Francilien de s'y retrouver entre les 12 établissements publics territoriaux (EPT) que seuls les élus et le microcosme grand parisien connaissent, la Métropole du Grand Paris, une intercommunalité qui n'existe que depuis deux ans, les sept départements de petite couronne qui pilotent les politiques sociales à destination des publics fragiles et plus de 1.200 communes en Île-de-France. D'ailleurs, même les plus initiés s'y perdent ! Principaux concernés, les habitants du périmètre actuel de la Métropole du Grand Paris, à savoir les résidents des 131 communes de Paris et des départements des Hauts-de Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, ont la « connaissance la plus précise » du Grand Paris. Avec les cadres (38% « très favorables »), c'est même la population qui se dit le plus « favorable » (36%) au projet.

« Il y a encore du travail à faire en termes d'information et de communication. Plus on le connaît, plus on y est favorable. L'information renforce l'adhésion », souligne le président d'Elabe, Bernard Sananès.

--

[Les Franciliens sont 85% à se déclarer favorable au projet du Grand Paris.]

Priorité à l'amélioration des transports

Autre enseignement de l'étude : les sondés estiment que la réalisation du projet aura un impact « positif » pour les entreprises de la région (83%)  comme sur leur quotidien (73%), un pourcentage qui monte à 76% pour les habitants de la métropole du Grand Paris. De même, à la question concernant l'impact pour la France dans son ensemble de ce qui est le plus important plan d'investissement d'infrastructures d'Europe, la majorité (52%) répond par la positive.

Sans surprise en revanche, les habitants de grande couronne (77, 78, 91 et 95), qui ne se situent pas à l'intérieur des frontières actuelles, doutent des retombées positives pour eux personnellement. De 66% de sondés qui font confiance au projet dans le Val-d'Oise, le pourcentage tombe à 50% en Seine-et-Marne, un département qui représente 51% de la région en termes de superficie, mais qui est aussi le plus excentré. D'où une polémique croissante sur les « oubliés » du Grand Paris qui fait le jeu de la Région, qui conteste le périmètre de la Métropole.

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Au chapitre des attentes, l'amélioration des transports demeure la priorité numéro un avec 76% des réponses cumulées. Même si la maire de Paris, Anne Hidalgo, vante le rôle de la Métropole du Grand Paris comme autorité de second rang en matière de mobilité, le conseil régional, présidé par Valérie Pécresse, demeure l'autorité organisatrice des transports publics pour l'ensemble de l'Île-de-France. Ce sujet dépasse les clivages territoriaux puisqu'il est en tête à Paris (67%), en petite couronne (77%) ou en grande couronne (78%), grimpant même à 83% en Seine-et-Marne, département éloigné géographiquement du centre et toujours très mal desservi.

S'agissant du Grand Paris Express, ce métro circulaire qui arrivera en 2024 en Seine Saint-Denis pour les Jeux olympiques, en 2027 sur le plateau de Saclay et en 2030 dans le Val-d'Oise et les Yvelines, le pessimisme prend pour la première fois le dessus. 60% des Franciliens jugent en effet « pas probable », voire « pas du tout probable », le respect du calendrier annoncé en février dernier par le Premier ministre Édouard Philippe, et la ministre des Transports Élisabeth Borne.

« Les Franciliens savent qu'il y a toujours des retards chez eux mais il faudrait que le Premier ministre donne de la réassurance, commente Bernard Sananès d'Elabe. Ce sont les habitants de la petite couronne, les plus favorables, qui doutent. Ils voient l'avancement du chantier en bas de chez eux et se demandent peut-être si les délais seront tenus. »

Parmi les autres priorités citées par les habitants, suivent à 61% le dynamisme territorial et la création d'emplois, à 46% le logement et à 42% l'amélioration de la qualité de l'air. Or, dans ces domaines, les compétences sont enchevêtrées entre les différentes institutions, ce qui rend sans doute moins lisible la capacité des décideurs du Grand Paris à y répondre.

Concernant le développement économique, la Région, la Métropole et même la capitale s'en mêlent, chacune voulant apposer son logo sur l'entreprise qui s'exporte ou la multinationale qui recrute. Idem en matière de logement, pour lequel la Région dispose d'un établissement public foncier visant à libérer les terrains disponibles, la Métropole d'un plan d'habitat et d'hébergement, et la ville de Paris détient, comme toute commune, le pouvoir d'attribuer les permis de construire. A contrario, la redistribution des richesses, la finance, l'excellence académique et les Jeux olympiques et paralympiques apparaissent bien loin des préoccupations quotidiennes, plafonnant respectivement à 27%, 16%, 13% et 10%.

Qui incarne le mieux le projet ?

Qui pour porter le projet du Grand Paris ? Alors que la gouvernance institutionnelle entre la Région, la Métropole et la Ville suscite beaucoup de cacophonie, Elabe a cherché à savoir qui incarne le mieux le Grand Paris pour les Franciliens. Pour porter le projet et faire avancer toutes ses thématiques, la présidente de la Région, Valérie Pécresse, est citée spontanément en premier par 29% des personnes interrogées et son nom est évoqué dans 54% du total des réponses. Elle est davantage citée par les hommes (60%) que les femmes (48%), et par 64% des 65 ans et plus. Cependant, l'écho qu'elle rencontre dans les Yvelines - son département d'élection - est moindre (52%) que dans les Hauts-de-Seine et le Val-d'Oise (57% chacun).

« C'est incontestablement Valérie Pécresse la personnalité désignée par les Franciliens, c'est la présidente de Région, c'est celle qui s'exprime le plus », explique Bernard Sananès.

Le président de la République, Emmanuel Macron, est le deuxième acteur politique le plus évoqué pour faire avancer ce projet. Il est vrai que le président de la République se l'est approprié depuis juillet 2017, sans doute parce qu'il y voit une opportunité économique à saisir pour l'attractivité de la France en plein Brexit, mais aussi parce que l'enjeu est très politique, à deux ans des élections municipales. Depuis l'été 2017, Emmanuel Macron s'occupe beaucoup du Grand Paris mais, pour l'instant, sa décision est sans cesse reportée, la conférence territoriale du Grand Paris destinée à rationaliser et simplifier ce millefeuille à cinq niveaux se fait toujours attendre. 22% des Franciliens le citent spontanément, contre 18% pour Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris, qui se hisse sur la troisième marche du podium. Mais, en cumul des citations, les habitants favorisent ce dernier : 40% contre 30% pour Emmanuel Macron.

« Si on prend en compte les réponses totales, Patrick Ollier bénéficie du titre de président de la Métropole du Grand Paris, explique Bernard Sananès. Le rappel de cette fonction fait que les gens sont légitimistes et lui accordent ce rôle. »

Patrick Ollier semble avoir pris conscience de son déficit de notoriété : il a lancé le 16 mai "le bus du SCoT", un van qui part à la rencontre de ses habitants pour coconstruire le schéma de cohérence territoriale (SCoT).

Édouard Philippe, le Premier ministre, qui a rendu des arbitrages difficiles sur le budget du Grand Paris Express, n'est cité en premier que par 12% des sondés et dans l'ensemble que par 27% d'entre eux.

Enfin, Anne Hidalgo, surtout connue comme maire de Paris, bien qu'elle soit aussi la première vice-présidente de la Métropole du Grand Paris, ferme la marche avec respectivement 9% et 19% des citations des Franciliens.

Enseignement du sondage, à Paris même, Valérie Pécresse obtient 56% des citations, dont 35% en premier, suivie de Patrick Ollier avec 37% du total, dont 16% en tête, talonné par Emmanuel Macron, cité aussi en premier à 16% mais dont le cumul atteint 25%. Reste à savoir si l'incarnation du Grand Paris peut avoir une signification pour les élections municipales. Certes, Valérie Pécresse assure qu'elle n'a aucune ambition pour Paris. Mais elle ne cache pas que la Région Île-de-France est pour elle plus légitime démocratiquement que la Métropole. La balle est désormais dans le camp d'Emmanuel Macron, dont le bon score spontané ne peut que l'encourager dans sa volonté de lancer La République en Marche à la conquête de Paris... et du Grand Paris en 2020.

ÉTUDE ELABE POUR LA TRIBUNE

[ Cliquez simplement sur l'image pour lire l'étude ]

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Étude Elabe réalisée pour La Tribune auprès de 1.002 Franciliens de 18 ans et plus, interrogés selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession), après stratification par département, sur Internet, du 25 au 30 mai 2018.

César Armand

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