"Le Grand Paris doit être un projet pour les gens" (Thierry Lajoie)

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Le quartier des Facultés à Saint-Maur-des-Fossés, sur 6,6 hectares privilégiera la qualité de vie.
Le quartier des Facultés à Saint-Maur-des-Fossés, sur 6,6 hectares privilégiera la qualité de vie. (Crédits : DR)
Thierry Lajoie, directeur général de Grand Paris Aménagement, l'opérateur de l'État, entend remettre les citoyens au cœur du processus de décision.

LA TRIBUNE - Quel Grand Paris voulez-vous ?

THIERRY LAJOIE - Je rêve d'un Grand Paris qui soit un grand projet et qui ait du sens avec deux finalités essentielles : la première est de fabriquer une ville monde, d'incarner une attractivité de rang mondial ; la seconde est de répondre aux attentes de qualité de vie quotidienne pour ses habitants. À l'horizon 2050, 70% à 80% de la population globale vivra en ville, contre 30% il y a trente ans. Demain, la puissance des nations dépendra du rang de ces villes mondes. Si ces dernières peuvent créer de la richesse et de la culture, elles ne s'identifient pas nécessairement aux capitales. La preuve avec New York et Washington. Devenir une ville monde se crée, se fabrique, mais ne se décrète pas. L'Île-de-France représente 2,8% du territoire, 19% de la population et 31% du PIB alors que son territoire est urbanisable à seulement 20%. Le Grand Paris n'est pas qu'un périmètre ou une infrastructure. Bien sûr, c'est indispensable mais cela ne suffit pas. Le Grand Paris doit être un projet pour les gens. Il ne pourra se faire sans les habitants. Et nous avons un ensemble urbain à penser, une ville que j'aime à qualifier de « complète », que l'on doit harmoniser pour y vivre, s'y loger, y travailler, y consommer, s'y divertir, y respirer...

"Objectif collectif fondamental : que chaque territoire ait sa chance"

Que pense le rénovateur que vous êtes aussi des dernières annonces du président de la République ?

Aujourd'hui, le renouvellement urbain est une des composantes du recyclage de la ville en toutes circonstances. Les opérations de rénovation financées par l'Anru [Agence nationale pour la rénovation urbaine, ndlr] sont un très bon programme. Il y a aussi d'autres actions, comme la requalification de copropriétés dégradées. Pour l'aménageur que nous sommes, parmi les 100 opérations que nous conduisons, toutes comportent cependant d'autres dimensions de recyclage urbain. Le président de la République a donc raison quand il nous invite à mettre en oeuvre des politiques dédiées mais à les mettre en oeuvre partout et pour tous. Emmanuel Macron a d'ailleurs cité le renouvellement par Grand Paris Aménagement de La Coudraie, à Poissy, comme l'un des exemples de cette réussite à la fois de transformation urbaine et de coopération exemplaire entre tous les acteurs. L'enjeu est de ne pas créer un Grand Paris à plusieurs vitesses. C'est un objectif collectif fondamental : que chaque territoire soit égal, ait sa chance, sa réparation... Car si on ne prend pas garde à l'attractivité résidentielle ou à la mixité à chaque fois qu'on construira, on prend le risque de déloger autant que de loger.

Vous avez d'ailleurs fait du maire de Poissy le président de votre conseil de développement, dont la première vice-présidente est la présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers. Quel sens cela revêt-il pour vous de vous associer avec des élus et des opérateurs privés ?

Depuis quelques années, Grand Paris Aménagement grandit par croissance externe, en réunissant des établissements publics comme l'ex-Plaine de France et Orly-Rungis-Seine-Amont, et aussi par la croissance interne, comme en témoignent les territoires et les élus qui nous font confiance. J'ai également proposé au gouvernement que la présidence de Grand Paris Aménagement ne revienne plus à un représentant de l'État, mais à un élu. De même ai-je proposé que le conseil d'administration accueille les intercommunalités (EPCI [établissement public de coopération intercommunale] et MGP [Métropole du Grand Paris]) dont les compétences grandissent. Quant au conseil de développement composé de 150 personnes - 80 élus et 70 représentants d'organismes et d'associations professionnels, économiques, associatifs, culturels ou environnementaux -, sa vocation est simple : le président, Karl Olive, maire de Poissy, et la vice-présidente, Alexandra François-Cuxac, présidente de la FPI, assurent le lien entre cette organisation et le conseil d'administration de Grand Paris Aménagement, qui pourra mettre en oeuvre les bonnes pratiques qui contribuent à mieux agir.
Leur premier sujet 2017-2018 est la participation des habitants, la concertation. Ce sujet illustre bien l'une de nos convictions les plus profondes : la ville ne se fait pas sans les habitants.

Le XXIe siècle sera aussi celui de la nature en ville. Comment y travaillez-vous ?

Nous faisons partie de ces établissements publics qui s'honorent d'avoir une politique de transition écologique. Nous sommes très fiers d'être reconnus pour notre mobilisation sur ces sujets, notamment en étant le seul établissement public de l'État à être certifié Emas [système de management environnemental et d'audit mis en place par l'UE, ndlr] ou par le nombre de projets labellisés "ÉcoQuartier", "Démonstrateur de la ville durable", "Quartier écologique et innovant ", ou soutenus par des labels européens, comme Cycle terre à Sevran.
Nous conduisons parallèlement un programme de transition écologique sur tous les fronts, dont les axes caractérisent nos interventions : maîtrise des consommations énergétiques, respect de la biodiversité, défense de la faune et de la flore, voire réintroduction sur sites, utilisation croissante de matériaux biosourcés, lutte contre les nuisances sur les chantiers... La ville du XXIe siècle n'est pas que le sujet de la nature en ville, c'est aussi celui de la sobriété et des écosystèmes plus adaptables, plus « mutables », plus agiles.

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Commentaires
a écrit le 21/06/2018 à 11:49 :
Très dangereux ce monsieur!
L’idée de demander directement aux citoyens leur avis sous-entend que notre processus démocratique d’élection de représentants n’est pas démocratique.
Pourquoi ne pas rester sur un system ou les gens votent pour un représentant qui a les pleins pouvoirs? Ce monsieur pense t il que les gens que l’on élit deviennent tous corrompus ou déconnectés du réel? Pourquoi changer de système? Macron a été élu démocratiquement? Personne ne s’en plaint apart les écologistes anarchistes retraités médecins cheminots étudiants infirmiers professeurs sur lesquels il envoie taper les CRS. Bon alors!
a écrit le 19/06/2018 à 12:38 :
très bonne idée de supprimer la banlieue et de l'intégrer a la ville dans toutes les agglo de France !

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