Recréer la confiance pour intensifier "l'effet métropolitain"

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« Le fait métropolitain, avant d'être idéologique, est, aujourd'hui, d'abord avéré, massif, intellectuellement et politiquement incontournable » indiquait Laurent Davezies, économiste.
« Le fait métropolitain, avant d'être "idéologique", est, aujourd'hui, d'abord avéré, massif, intellectuellement et politiquement incontournable » indiquait Laurent Davezies, économiste. (Crédits : Décideurs en région)
Le frémissement est déjà perceptible, pour peu que l'on y prête une oreille attentive. Et les promesses, mirobolantes. Le Grand Paris condense tous les défis du temps. Décryptage.

Et si l'effet métropolitain se faisait sentir dès à présent ? Ainsi, selon la Direction régionale interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement, la très sérieuse Driea, près de 14.200 logements ont été mis en chantier en Île-de-France entre juillet et septembre 2015. Soit +25,7% par rapport à la même période l'an dernier.

« L'impression générale est que l'on a touché le fond et que l'on remonte la pente », indique Gilles Bouvelot, DG de l'Établissement public foncier d'Île-de-France.

Autre signe de l'effervescence actuelle, China Investment corporation (CIC) vient de signer, en marge de la visite de François Hollande en Chine, un chèque de 1 milliard d'euros en partenariat avec la Caisse des Dépôts et consignations en faveur des projets et des actifs du Grand Paris.

« Il y a trois ans, lors de nos tournées de promotion en Chine, CIC nous interrogeait sur la fiabilité des projets du Grand Paris. Ses doutes sont aujourd'hui dissipés », résume Pierre Simon, président de Paris-Île-de-France Capitale économique.

La région capitale, c'est un tiers du PIB français

L'effet métropolitain ? C'est le constat que lorsqu'une métropole s'agrandit, la croissance générée est plus que proportionnel à l'augmentation de la population regroupée. C'est tout l'enjeu du Grand Paris.

« Le fait métropolitain, avant d'être "idéologique", est, aujourd'hui, d'abord avéré, massif, intellectuellement et politiquement incontournable », indiquait Laurent Davezies, économiste (Cnam), invité récemment par le conseil des partenaires de la mission de préfiguration de la métropole du Grand Paris.

Et pas qu'en France. Alors qu'entre 1987 et 2006, le PIB de l'État de New York progresse moins vite que celui des États-Unis, entre 2006 et 2014, c'est l'inverse, avec une véritable échappée de l'État, moteur des États-Unis. Or, la reconnaissance et l'intensification du fait métropolitain constituent des objectifs majeurs des lois Maptam (Modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles) et NOTRe, qui viennent de constituer un acte III de la décentralisation, plus souvent moquée qu'autre chose. Car la mariée n'est pas assez belle aux yeux des nombreux contempteurs du Grand Paris. Pourtant, s'intéresser à la région capitale, c'est mesurer sa puissance économique et ses potentialités hors normes. N'en déplaise aux déclinistes.

L'Île-de-France, c'est 630 milliards d'euros de PIB, soit un tiers du PIB français, autant que les Pays-Bas, la Suisse ou l'Indonésie, seule région monde européenne avec le Grand Londres. Le Grand Paris, entre la construction du Grand Paris Express, la rénovation du réseau de transport existant et le logement, c'est plus de 100 milliards d'euros d'investissements publics au cours des vingt années à venir. C'est, selon Philippe Yvin, président de la Société du Grand Paris, un produit intérieur brut supplémentaire de 100 à 200 milliards d'euros pour la région généré par le métro automatique... D'où l'enjeu. Personne, en réalité, ne conteste le bien-fondé du projet.

À l'exception de quelques esprits chagrins, le tracé du Grand Paris Express fait l'objet d'un consensus. Les objectifs assignés par la loi à la métropole du Grand Paris - développement économique, stimulation de l' (open) innovation, transition écologique et réduction des inégalités - sont eux aussi très largement partagés. Mais, paradoxalement, le dénigrement du Grand Paris ne s'est jamais si bien porté. Premier grief, le seul périmètre pertinent pour la métropole du Grand Paris serait celui de la région. Ce qui est à la fois parfaitement exact et absurde !

Une révolution copernicienne

À l'évidence, sur le plan de l'attractivité économique, toute l'Île-de-France doit se placer derrière la bannière Grand Paris.

« Lorsque je rencontre un industriel chinois, il ne s'interroge pas sur la question de savoir s'il doit investir à Cergy-Pontoise ou à Saint-Denis Pleyel, mais il compare Paris et Londres », résume le préfet Jean-François Carenco.

Certes, le plateau de Saclay, Silicon Valley française et locomotive économique nationale, doit faire partie du périmètre de la métropole, tout comme les aéroports. Mais il ne faut pas tout mélanger ! Il a fallu une dizaine d'années et pas moins de trois lois pour réussir à créer une métropole de 131 communes. Que se serait-il passé s'il avait fallu regrouper les 1.200 communes franciliennes ?

Ajoutons que le droit administratif français est suffisamment riche et créatif pour permettre toutes les conventions possibles et imaginables afin que les territoires d'Île-de-France travaillent ensemble. En réalité, le Grand Paris institutionnel, tel que dessiné par les lois Maptam et NOTRe, constitue une révolution copernicienne. Alors que les frontières de la capitale n'ont pas bougé depuis cent cinquante ans, au 1er janvier prochain naîtra une métropole composée de 131 communes, formant 12 territoires.

Même révolution en grande couronne, puisque l'ensemble de la zone dense sera couverte par des intercommunalités de 200.000 habitants minimum, (15.000 habitants en zone non dense). L'acharnement des maires contre la construction métropolitaine fournit, à lui seul, la preuve de la réalité et de l'ampleur des changements à venir !

Sur un plan institutionnel toujours, les nombreux contempteurs du Grand Paris fustigent également le fait que la métropole ajouterait une couche supplémentaire au mille-feuille territorial. Fallait-il supprimer, d'un trait de plume, les communes ? Les départements ? En intégrant les communes au sein d'établissements publics territoriaux, en créant, sur le périmètre de la petite couronne une métropole stratège, en renforçant les prérogatives de la Région, en matière de développement économique notamment, le législateur poursuit un chemin tracé depuis plusieurs décennies en faveur du couple Région-intercommunalité. La réforme territoriale n'est pas achevée... Une mise en réseau accrue des départements et de la Région d'une part, des communes et de leur groupement d'autre part, figure au programme des années à venir.

Permettre aux entreprises de loger leurs salariés

La construction de logements enfin, dont l'intensification constitue l'une des vocations majeures du Grand Paris, cristallise également les oppositions. Espérons, sans tomber dans l'angélisme, qu'un compromis sera trouvé, et que le sursaut enregistré récemment se poursuivra. Quelques idées fausses, là encore : la densité serait honnie des populations. Mais le Paris haussmannien, aux loyers immodérés, atteint des records de densité ! Construire des logements, ce n'est pas seulement se mettre en capacité de réduire la liste d'attente des candidats au logement social. C'est permettre aux entreprises qui souhaitent s'implanter sur le territoire du Grand Paris de loger leurs salariés.

Gageons donc qu'entre le refus obstiné de certains maires de bâtir des logements et le retour d'un urbanisme d'État, façon Kim II-sung, comme le dénonce le maire de Meudon, Hervé Marseille, l'on trouve une voie médiane, chacun restant à sa place, aménageurs publics et privés, (ces derniers revendiquant, à juste titre, d'être associés plus en amont aux projets), État et collectivités. Avec l'intérêt général comme objectif premier. Dépasser les intérêts particuliers, c'est favoriser les conditions d'un regain de confiance dans l'avenir, comme le rappelait récemment Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et vice-président de Paris Métropole, dans les colonnes du Journal du Grand Paris.

« Il reviendra aux élus de s'entendre, au premier rang desquels le maire de Paris, le président de la Région et le président de la métropole, soulignait-il. Si les acteurs économiques ou les investisseurs immobiliers voient que nous parvenons à recréer de la confiance, sur l'avenir notamment, l'effet positif peut être réel également. »

Recréer de la confiance, c'est tout l'enjeu du Grand Paris.

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L'AUTEUR:

Jacques Paquier, éditeur du "Journal du Grand Paris"

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Commentaires
a écrit le 18/11/2015 à 23:46 :
La confiance s'est perdue un 13 Novembre 2015 et pour longtemps.

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