Saint-Denis et Pierrefitte : fusion controversée, tensions persistantes, nouveaux horizons
latribune.fr
A la confluence des anciennes villes de Pierrefitte et de Saint-Denis, avec, au premier plan, les Archives nationales (ex-Pierrefitte) et à l'arrière, l'université Paris-8 (ex-Saint-Denis).
Le 1er janvier 2025, Saint-Denis est devenu la deuxième ville d’Île-de-France en fusionnant avec Pierrefitte, suscitant débats et inquiétudes parmi les habitants.
Le 1ᵉʳ janvier 2025, la commune nouvelle de Saint-Denis a officiellement vu le jour, s'affirmant comme la deuxième ville d'Île-de-France, juste derrière Paris. Cette fusion avec Pierrefitte-sur-Seine, votée au printemps dernier, n'a pas fini d'alimenter les querelles. Pour certains, elle représente une opportunité d'améliorer les services publics. Pour d'autres, c'est une « absorption » aux motivations politiciennes, alimentant ainsi un climat de tensions locales.
Pour marquer cet événement, les maires et élus de la majorité socialiste ont organisé une cérémonie de coupure de ruban à un carrefour emblématique, où se font toujours face les panneaux des deux anciennes communes. Ce geste a suscité l'indignation d'une habitante de Pierrefitte, membre de l'association « Stop fusion Pierrefitte Saint-Denis ». Elle a qualifié la fusion de « stratégie politique hallucinante » et a interpellé plusieurs élus présents avant de quitter les lieux.
Les maires des deux villes, Mathieu Hanotin pour Saint-Denis et Michel Fourcade pour Pierrefitte-sur-Seine, avaient créé la surprise en avril 2023 lorsqu'ils avaient annoncé la fusion, avançant que cette nouvelle configuration permettrait à la ville d'exercer une influence accrue au niveau national pour plusieurs arbitrages, notamment financiers, et permettrait également obtenir de nouvelles marges de manœuvre pour investir.
La fusion devrait aussi entraîner une baisse d'impôts pour les résidents de Pierrefitte, qui pourront bénéficier des services scolaires et des initiatives de lutte contre l'habitat indigne de Saint-Denis. Selon les chiffres municipaux, la nouvelle commune comptera officiellement 149.781 habitants, lui permettant d'accéder à une dotation réservée aux communes fusionnées de moins de 150.000 habitants, soit environ 6,74 millions d'euros sur trois ans.
« Réservoir de voix »socialistes
Cependant, cette dotation « ne sera pas suffisante pour absorber la diminution des impôts sur Pierrefitte », a souligné Sofia Boutrih, conseillère municipale PCF à Saint-Denis et cheffe de file de l'opposition à Mathieu Hanotin, qui s'inquiète de « difficultés en termes d'organisation ».
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Pour les opposants à la fusion, le projet est avant tout une manœuvre politique afin d'acquérir « un réservoir de voix » socialistes en vue des élections municipales de mars 2026. Mathieu Hanotin, qui a pris la ville aux communistes en 2020, est au centre de ces préoccupations. En réponse, Michel Fourcade, qui devient premier adjoint de la commune nouvelle tout en restant maire de Pierrefitte, a minimisé ces inquiétudes : « Les voix ne nous appartiennent pas », a-t-il estimé, avant d'évacuer la question : « Il faut bien [que les oppositions] aient quelque chose à dire. »
Prenant acte de la fusion, Sofia Boutrih ne va« pas faire campagne sur la défusion ».
Elle promet en revanche, si elle arrive à la tête de la mairie en 2026, de mener un audit avant de consulter la population sur la nécessité de poursuivre ou non, rappelant que le mariage des deux villes n'étaient pas dans les programmes des deux maires lors des dernières élections municipales.
Diminution du nombre d'élus
La fusion entre deux grandes villes comme Saint-Denis et Pierrefitte est « atypique », avait concédé en mai 2024 Françoise Gatel, alors sénatrice centriste d'Ille-et-Vilaine et aujourd'hui ministre déléguée chargée de la Ruralité, à l'origine d'une loi en 2019 sur les communes nouvelles. Elle vise généralement des villages ou petites communes. Elle a été rendue possible par une loi de 2010, sans consultation obligatoire de la population.
Pour être effective, la fusion doit être votée en conseil municipal sans consultation obligatoire de la population, puis validée en préfecture, qui vérifie le respect de la procédure. Le 31 mai 2024, le projet de la commune nouvelle de Saint-Denis avait été voté à 45 voix pour sur 55 à Saint-Denis et 26 pour sur 36 à Pierrefitte.
Le conseil municipal d'installation se tiendra samedi à l'hôtel de ville de Saint-Denis, rassemblant les 94 conseillers municipaux. Aux prochaines élections municipales, le nombre d'élus sera sensiblement diminué, probablement autour de 60.