Bières du Nord  : des brasseries en pleine forme

 |   |  973  mots
(Crédits : DR)
Avec 7,1 millions d'hectolitres produits en 2016, soit 33,5% de la production nationale, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie se hissent à la 2e place des régions brassicoles de France, derrière l'Alsace, d'après une étude de l'association Brasseurs des Hauts-de-France.

« Cela faisait cinquante ans que l'on n'avait pas construit de brasserie en France : le site Goudale est aujourd'hui le plus moderne d'Europe », se réjouissait André Pecqueur lors de la visite de sa toute nouvelle brasserie automatisée, à Arques dans le Pas-de-Calais.

C'était en 2016, le patron de 74 ans de la Brasserie Goudale et de la Brasserie de Saint-Omer ne pouvait pas deviner la suite : la demande étant tellement forte, il a fallu pousser les murs pour créer une extension de 1.000 m2 moins d'un an après sa mise en service.

Au total, l'investissement sur deux ans a été de 125 millions d'euros pour ces 37.000 m2. Objectif de Goudale : fabriquer 1,5 million de litres de bière par an et se tailler une place de choix dans le marché des bières de spécialités (contrairement à la brasserie de Saint-Omer qui fabrique des bières d'entrée de gamme). « J'ai été représentant en vin, les clients achetaient le vin au litre alors qu'aujourd'hui, on le préfère en bouteille. Il se passe exactement le même phénomène dans le secteur de la bière : on boit moins mais mieux », analyse André Pecqueur.

Bières de spécialités

Dans toutes les brasseries nordistes, cette bière de spécialité se développe à vitesse grand V. Terminée l'époque où la bière rimait systématiquement avec Alsace, le Nord a réussi à se faire une place dans le paysage brassicole. « Je me souviens quand j'ai commencé, on me reprochait de ne pas noter sur le pack « bière d'Alsace » alors qu'aujourd'hui, les bières du Nord sont reconnues comme étant de qualité », poursuit André Pecqueur.

Avec la hausse des ventes de bière de spécialités, de nombreuses brasseries se développent dans la région depuis quatre ans. Les Hauts-de-France comptent aujourd'hui 65 brasseries et 350 marques de bières, représentant près de 800 emplois directs et 5.600 emplois indirects, selon Brasseurs de France. Et encore, ce comptage ne prend pas en compte la dizaine de micro-brasseries...

Croissance durable

« Le gâteau s'agrandit pour tout le monde. La croissance est bien là, elle apparaît durable. C'est le moment d'investir, c'est le moment de prendre des risques », note François Loos, président des Brasseurs de France.

« C'est le discours que nous tenons à la filière houblon qui est en train de se reconstruire : le temps est venu de créer de nouvelles variétés. Les brasseurs peuvent s'engager ».

Après avoir mobilisé 7 millions l'année dernière, Heineken prévoit d'investir 8,7 millions d'euros dans son site nordiste de Mons-en-Baroeul (la marque possédant deux autres unités de production en France, à Marseille et à Schiltigheim, à côté de Strasbourg). L'ancien site du Pélican, qui a vu naître la marque Pelforth, a été repris dans les années 80 : le géant a fabriqué 3,2 millions d'hectolitres l'année dernière dans le Nord, employant près de 300 personnes. Le groupe international tient aujourd'hui à fabriquer en France l'essentiel des bières qui y sont vendues.

Au total, Heineken a investi 55 millions dans le Nord depuis 2010 :

« Un rythme soutenu qui montre qu'il faut beaucoup de trésorerie pour les construire et aussi pour les entretenir », note Pascal Sabrié d'Heineken France.

« Nos derniers investissements ont plutôt été faits en fermentation et en embouteillage mais il faut aussi investir dans les autres postes, à savoir la fabrication et la logistique, la bière prenant beaucoup de place ».

Heineken France a lancé pas moins de 60 nouvelles références en cinq ans, notamment sur le créneau des bières de spécialité vendues en supermarché.

Meilleure bière au monde

À Blaringhem, dans les Flandres, la Brasserie du Pays Flamand produit l'Anostéké, élue meilleure bière de garde au monde par les World Beer Awards. Après dix ans d'existence, la marque franchit un cap.

« Jamais nous n'aurions imaginé, quand on a commencé à deux, qu'on en arriverait à ce point de développement », se souvient Olivier Duthoit, co-fondateur avec Mathieu Lesenne.

« Notre site est devenu trop petit car nous brassons par dix hectolitres, soit 1.000 litres par brassin, ce qui représente 1.000 brassins par an ».

Comme ils n'arrivaient plus à livrer ses clients, les deux gérants ont décidé de construire une nouvelle brasserie, avec un investissement de 2,6 millions d'euros, avec l'aide de la BPI et Finorpa.

« Il faut imaginer que ce projet, c'est notre chiffre d'affaires aujourd'hui ! ».

Les brasseurs s'intéressent aussi à positionner leurs bières avec des matières premières locales, surfant sur la vague des circuits courts. Vincent Bogaert, de la Brasserie Saint-Germain, croit qu'il est essentiel de soutenir la filière des fournisseurs régionaux.

« Nous avons refait un investissement de 80.000 euros il y a trois ans pour pouvoir obtenir de l'orge local, malté à moins de 110 kilomètres de la région. Du côté du houblon, nous n'avons plus que 7 producteurs sur 35 hectares. Heureusement avec le soutien de grosses brasseries, comme la brasserie de Saint-Omer, ils peuvent continuer à travailler ».

Produits locaux

A la brasserie des Deux Caps, basée sur la Côte d'Opale, Christophe Noyon est à la fois brasseur et agriculteur, ce qui lui permet de faire pousser 95% de son orge.

« Je travaille avec un malteur d'Anvers, capable de traiter de petites quantités. Nous sommes capables de faire nos propres assemblages de malt. Nous nous sommes positionnés vers l'excellence avec la maîtrise des ingrédients produits dans la région. »

 Si la brasserie "Page 24" ne participe plus au concours général agricole (en ayant auparavant décroché 29 médailles et 5 prix d'excellence), les autres brasseurs ont littéralement cartonné cette année en décrochant près de 17 médailles, soit cinq de plus qu'en 2017. Ce qui fait dire à certains que c'est bien dans le Nord qu'on produit les meilleures bières...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/05/2018 à 14:34 :
Oui ok. Elles sont bonnes leurs bières mais elles tapent fort pour un prix xxxxl qu'on peut comparer au prix d'un champagne pour certaines.
D'ailleurs il est impossible en France de se faire un plaisir bières à 17heures sans y laisser 15 euros. Allez à Munich vienne ou même en suisse la pinte la plus chère sera à moins de 4 euros parfois 3. Café....

La qualité mais à mes yeux aussi le gros défaut de ces bières est le trop grand taux d'alcool. Ce ne sont pas des bières de soif... rien que pour cela les pils de l'est sont plus agréable.

Sinon de temps en temps pourquoi pas
a écrit le 06/05/2018 à 13:35 :
Bonjour,
Un journaliste se doit d'être professionel et de vérifier ses sources.
Qui plus est vous avez un rédacteur en chef qui doit vérifier l'article avant sa parution.
Tout le monde fait des erreurs,mais dans votre cas plusieurs personnes sont censées vérifier pour éviter celles-ci.

Vous avez confondu la Brasserie des 2 caps basé sur la côte d'opale et la Brasserie Saint Germain dit Page 24 qui existe depuis plus de 15 ans et maintes fois primées au salon de l'agriculture par exemple.

Pourriez-vous effectuer les rectifications, et effacer mon commentaire après si vous voulez.
Je vous en remercie,pour le respect de ces brasseurs de notre région.
a écrit le 06/05/2018 à 9:43 :
Un peu normal vu la géographie , car pour moi provençal :
Le NORD c'est la BELGIQUE et que les bières belges sont bonnes !
a écrit le 05/05/2018 à 11:09 :
"le site Goudale est aujourd'hui le plus moderne d'Europe "

Tant mieux c'est une bonne bière. L'explosion des bières artisanales n'a-t' elle pas dynamisé ce secteur au final ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :