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La SNCM enfin fixée sur son sort mardi ?

Photo de Jean-Louis Alcaide

Adeline Descamps, à Marseille, Méridien Mag

Publié le 24 février 2014 à 16:36 - Mis à jour le 25 février 2014 à 10:19

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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Si le conseil de surveillance de ce mardi 25 février est symbolique dans la mesure où les actionnaires doivent se prononcer sur une décision qui engage l’avenir de la société, il ne garantit pas sa survie. Outre l’inadéquation de son modèle économique et sa vulnérabilité financière, la société doit stabiliser son actionnariat et régler ses dettes avec l’Europe.

Le 25 février, la SNCM sera-t-elle définitivement fixée sur les intentions à son égard de ses principaux actionnaires que sont Veolia et la Caisse des dépôts (66 % via leur société commune Transdev) et l'État avec 25 % (les salariés détenant 9 %) ? À l'occasion d'un conseil de surveillance, prévu mardi matin à 9h30 au Parc Chanot de Marseille, la direction doit présenter à ses actionnaires les offres des différents chantiers consultés dans la perspective de la commande de deux nouveaux navires (entre 140 et 150 M€ l'unité) avec option pour deux unités supplémentaires. Sont en lice le français STX, l'italien Fincantieri et l'allemand FSG. Mais surtout cette commande est la pierre angulaire d'un nouveau modèle économique qu'a présenté l'actuelle direction en 2011 et qui, depuis, n'en finit plus d'être confirmé. Au cours de cette réunion, qui revêt un caractère éminemment symbolique car la direction de l'entreprise et les personnels attendent depuis des mois des signes concrets attestant d'une réelle volonté de sauver l'entreprise, devra aussi être abordée la question du financement.

Les actionnaires au pied du mur

Si l'engagement est respecté cette fois - mais il ne s'agit que d'une lettre d'intention formulée au constructeur choisi - il faudra ensuite entamer la négociation avec le chantier en question avant de passer commande. Et ce, conformément à la promesse faite aux salariés par le ministre délégué aux Transports, à la Mer et à la Pêche, Frédéric Cuvillier, à l'issue de la semaine de grève début janvier, mobilisant l'ensemble des organisations syndicales de la SNCM et de la Méridionale alors que les deux compagnies partenaires devaient, à compter du 1er janvier 2014, honorer le nouveau contrat de délégation de service public de la desserte maritime de la Corse pour lequel elles ont été retenues face à Corsica Ferries, à l'issue d'un appel d'offres astreint à de nombreuses conditions, dont la fiabilité. Mais c'est précisément pour mettre les actionnaires au pied du mur en réclamant la mise en œuvre de la restructuration que les marins ont pris le risque de s'autosaborder.

Pression forte des syndicats

Dans cette perspective, tout au long de la semaine dernière, les organisations syndicales (CGT, CFE-CGC, CFDT, FO) des sections départementales des Bouches du Rhône et de Loire-Atlantique, ont maintenu la pression, tout particulièrement sur l'Elysée, Matignon et le ministère du Redressement productif, pour réclamer deux choses : que les velléités de l'État se transforment en engagements concrets sur les commandes de la SNCM mais aussi que la construction des nouveaux navires se fasse en France, et dit ainsi, au sein des chantiers navals français de STX donc (deux en France : Saint-Nazaire et Lorient).

Mardi 25 février, au cours du conseil de surveillance, du vote de l'État dépendra la décision finale dans la mesure où Veolia et Transdev devraient « voter contre tout décision qui engage l'avenir », sauf grande surprise, tandis que les actionnaires salariés (9 %) voteront en sa faveur.

L'État, arbitre in fine

Reste donc le juge de paix : l'État qui, mardi dernier 18 février, ne savait toujours pas ce qu'il allait voter. Ce jour-là, à 18h30, Marc Dufour, le président du directoire, qui en avait formulé le souhait en janvier à l'issue du conflit social, était reçu, et ce pour la première fois, par Frédéric Cuvillier. Au programme : présenter encore et encore le nouveau plan industriel et surtout rappeler l'urgence de la situation. L'entreprise, qui s'est placée en procédure de conciliation auprès du Tribunal de Commerce de Marseille en octobre dernier, a juste de quoi tenir jusqu'à la saison estivale, laquelle ne risque pas d'être bonne compte tenu de la situation (la saison 2013 s'était soldée pour la SNCM par un recul de 7,2 % soit 802 756 passagers dans un marché en recul de 5 % mais un retrait deux fois plus important que sa rivale Corsica Ferries. Elle y a laissé plus d'un point de part de marché avec 23,9 % contre 60,4 pour la concurrente).

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Sans nouveaux navires, pas de continuité possible

Pour mettre en œuvre son nouveau schéma d'exploitation, consistant à se positionner sur le segment du transport combiné, la SNCM, qui exploite exclusivement des car-ferries, a besoin d'acquérir des RoPax (navires mixtes : fret et passagers). Marc Dufour milite pour des bateaux propulsés au gaz naturel liquéfié sur lesquels ont planché le bureau d'études finlandais Foreship et le cabinet nantais Stirling Design International (précisément ceux que Brittany Ferries va acquérir, qui au passage, lui a grillé la possibilité de doter la SNCM du premier navire doté d'un système innovant dans l'Hexagone). Cette restructuration, qui n'est pas sans douleur pour le personnel puisqu'elle est assortie de la suppression de 515 postes, a été approuvée par les organisations syndicales via la signature d'un nouveau pacte social. Pour le président du directoire, l'idée est donc d'obtenir très vite l'accord de commande pour pouvoir réceptionner la première unité au printemps 2016, en attendant la réception de ses sisterships en 2017.

Soupçons de mise en défaillance

Outre sa vulnérabilité financière, la compagnie maritime marseillaise est acculée par l'Europe à rembourser des aides publiques (2 x 220 M€) indûment perçues. Les soupçons quant à une mise en défaillance programmée qui ne dit pas son nom sont largement relayés localement, à commencer par les élus (de tous bords politiques), qui craignent les conséquences de ce dossier à haute teneur explosive dans un contexte électoral. Des soupçons verbalisés par Marc Dufour, qui a fini par dénoncer le bras de fer entre Veolia et l'État dont sa compagnie fait l'objet.

L'État est accusé de jouer contre la montre pour des raisons purement électoralistes dans une ville que la gauche rêve d'arracher à la droite. Veolia, qui cherche à se désendetter pour rassurer ses actionnaires stressés par les chutes vertigineuses des cours de la bourse, gagerait sur un dénouement opportuniste de la situation. Quoi qu'il en soit, le patron de Veolia, Antoine Frérot, a été clair il y a quelques jours à l'occasion d'une présentation partielle des résultats du groupe : « Transdev ne remettra plus d'argent à la SNCM. » Le patron du géant de l'eau et des déchets, dont le mandat vient à terme le 24 avril (*), joue sa reconduction notamment sur son œuvre d'assainissement.

Changement d'actionnariat, seule garantie

À cet écheveau complexe il faut ajouter l'instabilité de l'actionnariat actuel qui bloque tout dossier de reprise de la SNCM mais la place également en trublion, car elle bloque le règlement d'un autre chantier : la cession des 50 % que détient Veolia Environnement dans le capital de Veolia Transdev (actionnaire donc de la SNCM), sa filiale transports publics détenue à parité avec la Caisse des dépôts. Depuis l'annonce du groupe de se désengager de l'activité transport, le 6 décembre 2011, les manifestations d'intérêt ne se bousculent pas. Certes, l'endettement de Transdev (partie de la dette concernée, celle de Veolia : 900 M€) n'aide pas. Et les 440 M€ que doit la SNCM à l'Europe doivent en effrayer plus d'un. En attendant, l'État, via la Caisse des dépôts, qui pourrait reprendre la SNCM, ne se presse pas non plus pour trancher le nœud gordien tout en étant agacé, dit-on en coulisses, par l'intransigeance du polytechnicien Antoine Frérot à l'égard de la SNCM. Pour autant, l'équipe gouvernementale aurait mandaté un groupe de travail chargé d'étudier un financement pour l'acquisition des nouveaux navires via le recours à la Caisse des Dépôts (qui est aussi co-actionnaire de Transdev !) et à la BPI. Encore faut-il que l'État français, déjà sommé par l'UE de recouvrer 440 M€ auprès de sa filiale pour aides publiques illégalement perçues, ne se retrouve pas à nouveau pris en défaut.

Combler sortie de Transdev

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Quoi qu'il en soit, et ce même si la lettre d'intention est signée, l'avenir de la compagnie maritime marseillaise, à laquelle sont subordonnés quelque 2 000 emplois, est tout sauf garanti. Il faudra aussi régler la dette de 440 M€ à l'égard de l'Europe, et surtout s'activer pour trouver un nouvel actionnaire industriel, comblant la sortie de Transdev. À ce jour, seul Christian Garin, l'ancien président du Port autonome de Marseille, associé au groupe norvégien Siem Industries, a manifesté un intérêt, moyennant dettes réglées auprès de l'Europe et passif épongé. Une offre qui n'a pas trouvé preneurs.

(*) Selon Le Point, Dassault, deuxième actionnaire de Veolia, aurait demandé le remplacement d'Antoine Frérot par David Azéma, actuel DG de l'Agence des participations de l'État.

Adeline Descamps, à Marseille, Méridien Mag

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