Le grand projet structurant de la future métropole Aix-Marseille

Le quatrième comité de pilotage du projet s'est tenu ce jeudi 3 juillet, deux ans après son lancement officiel le 20 juillet 2012, sur la ZAC des Florides à Marignane, à l'endroit même où doit sourdre de terre le grand projet structurant de la métropole Aix-Marseille. Henri Fabre porte un nouveau modèle industriel extrêmement ambitieux et vertueux sur le concept d'entreprise étendue. L'évangélisation a démarré.

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La PME spécialisée dans la mécanique et traitement de surface est en train de construire sur la Zac des Florides une nouvelle usine dans laquelle elle a investi 6 M€
La PME spécialisée dans la mécanique et traitement de surface est en train de construire sur la Zac des Florides une nouvelle usine dans laquelle elle a investi 6 M€ (Crédits : Almodovar)

Ils étaient tous là, industriels de la filière aéronautique et de l'énergie, représentants des pôles de compétitivité, écoles et organismes de formation, élus des collectivités territoriales concernées ...Et tous les protagonistes ont présenté l'instant comme capital dans l'histoire de la construction du projet Henri Fabre. En réalité, le 4e comité de pilotage, qui s'est tenu le 3 juillet sur la ZAC des Florides à Marignane (13), a paraphé trois documents qui, sans être dénués d'importance et de cosignataires (une quarantaine), n'ont pas la portée de concrétisation annoncée.

Simon Babre, le sous-préfet d'arrondissement d'Istres souligne :

« C'est un moment important. Nous étions dans de la préfiguration, nous sommes désormais dans l'opérationnel. Nous avons signé une convention de partenariat entre les différents acteurs, qui fixe les objectifs et les règles fonctionnement. Nous avons validé le contrat de prestations intégrées (CPI) qui permettra notamment à l'Agence régionale pour l'innovation et l'internationalisation des entreprises (ARII)* d'accueillir une équipe-projet pour assurer le suivi administratif, financier et technique (budget de fonctionnement 300 K€ NDLR). Nous avons acté la création de la société Inovsys qui doit permettre aux PME d'accéder à des outils, équipements et logiciels de dernière génération qu'elles n'auraient pas les moyens d'acquérir. »

À quelques nuances près ...

Inovsys, plate-forme mutualisée d'innovation (PFMI), financée par le programme Investissements d'avenir, pour la conception, prototypage, usinage et caractérisation de pièces mécaniques complexes, existe déjà depuis 2008, mais sous une forme associative. C'est son passage en société de droit commercial (dotée d'un capital d'1,3 M€, abondé par plusieurs partenaires publics, industriels et académiques), qui est nouveau.

L'investissement de 8,5 M€, dont il est question, renvoie à la valeur des équipements (déjà) alloués par les partenaires industriels et académiques (6,3 M€). En revanche, il sera investi 1,7 M€ dans l'aménagement et l'installation des unités dans un nouveau bâtiment construit au sein de la ZAC des Florides par les partenaires publics. La nouvelle société prévoit un chiffre d'affaires de 6 M€ en 2019.

Modèle vertueux

Au-delà des discours officiels, l'essentiel est ailleurs :« Le technocentre spécialisé dans la mécanique et les matériaux du futur prend forme », assure Gérard Goninet, directeur des sites d'Airbus Helicopters en France. « Cela va permettre d'accélérer la structuration industrielle de notre réseau de sous-traitants. »

Sur le modèle airbusien de Toulouse, l'hélicoptériste a remis à plat son organisation industrielle et, dans le cadre de ses futurs programmes, cherche à faire monter en compétences et en méthodologie industrielle sa constellation de fournisseurs. Un enjeu pour une filière aéronautique régionale composée de quatre donneurs d'ordre de rang mondial et de 200 PME et qui revendique un CA de 5,5 Md€ avec 40 000 emplois dans l'aéronautique civile et 45 000 dans la défense.

Usine du futur

L'ambition du projet - s'il porte le nom d'une des figures emblématiques de l'aéronautique, inventeur de l'hydravion en 1910 -, va bien au-delà de la seule filière aéronautique. Issu des travaux des États généraux de l'industrie de 2009 et officiellement lancé suite à la conférence régionale de l'industrie du 26 octobre 2011, il doit permettre l'émergence d'un écosystème de référence mondiale autour de deux expertises clefs : la mécanique, matériaux et procédés du futur ; et les services innovants aux industries et à la supply chain (à l'image de la Control Room spécialement aménagé par la division logistique de Daher pour le projet de fusion nucléaire ITER).

Ces compétences seront mis au service du développement des deux grandes filières phares de la région - l'aéronautique et l'énergie - qui, par effet d'entraînement, doivent enrôler dans leur dynamique des secteurs en croissance comme le naval, biomédical, photonique-imagerie... tout en permettant aux PME de se diversifier plus rapidement. Un nouveau modèle industriel extrêmement vertueux (partage de référentiels technologiques, organisation collaborative, fertilisation croisée...) sur le concept d'entreprise étendue, que défend notamment le gouvernement dans ses 34 priorités de La nouvelle France industrielle.

Le chantier des infrastructures

Le projet se déploie sur un territoire de 120 ha, au Nord de Marseille et au  sud d'Aix-en-Provence, dans l'environnement proche d'Airbus Helicopters, entre Marignane, Vitrolles et Saint-Victoret. L'ambition affichée est de créer 7 000 emplois à l'horizon 2020. Selon la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), plus de 1 600 emplois auraient déjà été implantés sur le périmètre. Le cœur névralgique de cette nouvelle organisation se loge surtout dans le Technoparc des Florides, en cours d'aménagement par MPM. La première tranche de 23 ha (100 000 m2 SDP) serait commercialisée à 90 %. Elle accueille déjà Eurocopter, Daher Aerospace, Akka technologies, un village d'entreprises (Îlot Carmin), un pôle tertiaire (Floricity)...

C'est là que la PME Bonnans (CA de 42 M€ en 2013, 576 personnes), spécialisée dans la mécanique de précision et le traitement de surfaces, vient de lancer le chantier de sa future usine destinée à accueillir 120 personnes et dans laquelle elle a investi 6 M€. La seconde phase (37 ha, 180 000 m2 SDP), toujours en cours de commercialisation, hébergera notamment le technocentre, pièce emblématique sur 15 000 m2 du Technoparc, qui devrait être livré d'ici fin 2018-début 2019.

Enjeu : accessibilité

Rendre accessible ce bassin d'emplois au réseau routier saturé, où chaque jour se rendent plus de 22 000 personnes, et surmonter le morcellement de la zone, à cheval sur plusieurs communes et au moins deux intercommunalités (MPM et Communauté d'agglomération du Pays d'Aix - CPA), ne seront pas une mince affaire. "Le 2e COPIL avait priorisé une dizaine de projets pour améliorer l'offre de transport s'appuyant sur une vision globale de l'espace métropolitain, précise Olivier Latil d'Albertas, responsable du développement économique à MPM.

Et de lister : le doublement de la D9 au niveau du Réaltor, l'amélioration du carrefour de l'Agavon (A7/RD113), la mise en place d'un bus à haut niveau de service (BHNS) entre Marignane et Vitrolles, la construction ou amélioration de quatre pôles d'échanges structurants (Pas-des-Lanciers et Florides à Marignane, Miramas et Vitrolles-Aéroport Marseille-Provence), la modernisation de trois lignes de bus du réseau Cartreize et la création d'une quatrième, reliant une fois par heure Martigues à l'aéroport, Airbus Helicopters et aux Estroublans. L'usine étendue du futur aura donc quelques réglages à faire avant de pouvoir servir pleinement le développement économique : pas moins de 20 ans de retard dans les transports.

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