Innovation végétale : les actifs naturels de Green Impulse aident les plantes à lutter contre les champignons

Green Impulse veut disrupter le marché de la protection des plantes et contribuer à faire évoluer le secteur agricole vers un modèle plus vert. Avec la mise au point d’une famille d’antifongiques d’origine naturelle au mode d’action original, l’entreprise propre une solution capable d’affaiblir les champignons pathogènes et les bactéries pour que les plantes puissent prendre le dessus naturellement. Une première mise sur le marché est attendue pour 2026 aux Etats-Unis, avant de venir en Europe.
Pour l'Association Française des Entreprises de bio contrôle (IBMA France), l'objectif est d'atteindre 30% du marché à l'horizon 2030 contre 12% à 15% aujourd'hui.
Pour l'Association Française des Entreprises de bio contrôle (IBMA France), l'objectif est d'atteindre 30% du marché à l'horizon 2030 contre 12% à 15% aujourd'hui. (Crédits : green Impulse)

On appelle ça un « synergiste de biocontrôle ». Autrement dit, une préparation renforçant l'efficacité de la ou les substances actives présentes dans les produits de protection des plantes. Un marché où la biotech angevine Green Impulse, fondée en 2019, s'apprête à lancer une nouvelle famille d'antifongiques d'origine naturelle au mode d'action original pour limiter l'usage de pesticides et de fertilisants chimiques. « On ne va pas tuer les champignons pathogènes et bactéries qui affectent les cultures céréalières, la viticulture, l'arboriculture ou les productions légumières, on va les fragiliser. Il s'agit d'aider les plantes à mieux se défendre», explique Emmanuel Pajot, co-fondateur et directeur général de Green Impulse, après avoir passé vingt-trois ans chez les spécialistes Vegenov, Végépolys, Agrauxine... « J'ai acquis une certaine vision des besoins du marché où la chimie de synthèse est encore très répandue. Il y a vingt ans, les pratiques du biocontrôle représentaient 3% des usages. Aujourd'hui, les produits alternatifs couvrent 12% à 15% des besoins. L'ambition de l'Association Française des Entreprises de bio contrôle (IBMA France) est d'atteindre 30% du marché à l'horizon 2030 », mentionne l'expert du biocontrôle et de la protection des plantes.

 Du chiffre d'affaires d'abord

 « Un des problèmes du biocontrôle, c'est qu'il est souvent moins efficace que la chimie de synthèse. Mais, si celle-ci s'avère très efficace contre les champignons pathogènes, sa surutilisation, provoque, comme pour les antibiotiques, des résistances, et donc une moindre efficacité », rappelle Emmanuel Pajot. D'où l'idée de valoriser les travaux de recherche de laboratoires (FUNGISEM et SONAS) de l'Université d'Angers, spécialistes des champignons pathogènes des plantes et des substances naturelles, principalement d'origine végétale, en s'appuyant sur deux brevets. De là est née Green Impulse, avec l'intention de développer des molécules au mode d'action ARPI (Adaptative Response Pathways Inhibitors), c'est à dire une nouvelle famille d'antifongiques, moins polluants, à faible toxicité, les fameux synergistes. Comme souvent dans les biotech, le cheminement vers les autorisations de vente va s'apparenter à un marathon.

Fondée en 2019, avec le concours de l'ingénieur agronome Alexandre Olivaud qui cherchait une idée d'entreprise à lancer, Green Impulse reçoit d'emblée le soutien du réseau Entreprendre Loire-Atlantique et Maine et Loire, du gestionnaire de fonds Go Capital et de la société de capital-risque Anjou Amorçage pour lever un million d'euros. L'aventure est lancée avec l'ambition d'obtenir les autorisations de mise sur le marché européennes et américaines. Un processus lent. Trop aux yeux du réseau Entreprendre qui invite Green Impulse à générer du chiffre d'affaires...

 Levée de 5 millions d'euros et lancement aux Etats-Unis en janvier 2023

 Grâce à un dispositif européen créé il y a dix ans permettant des procédures simplifiées pour des substances ayant déjà prouvé leur innocuité et leur efficacité pour la protection des plantes dans des secteurs comme l'agroalimentaire, Green Impulse va accélérer. La biotech identifie l'une de ces substances, issue de l'économie circulaire et répondant aux exigences réglementaires. « Nous avons alors investi pour développer un produit performant et complémentaire à nos molécules ARPI », indique Emmanuel Pajot. Le KITAE, solution préventive naturelle pour protéger les cultures contre les maladies fongiques et bactériennes, utilisable en agriculture biologique, est lancé en 2020 à travers un réseau de distributeurs, coopératives, centrales de négoce en Europe. Les premières ventes démarreront chez des producteurs landais pour lutter contre l'alternariose de la carotte. Grâce à cette innovation, Green Impulse dit enregistrer une croissance de 40%, sans dévoiler son chiffre d'affaires... L'entreprise angevine, qui vient de décrocher l'autorisation de distribuer ce produit sur le marché Américain dès janvier 2023, a néanmoins conforté les investisseurs. Au gré d'un tour de table finalisé en juin dernier, elle a réuni les Fonds Ecotechnologies 2, géré pour le compte de l'Etat par Bpifrance dans le cadre des actions de France 2030, Go Capital, Pays de la Loire développement, et GwenneG, opérateur en financement soutenu par la Banque des Territoires pour lever 5 millions d'euros et accélérer le développement des molécules ARPI, destinées à maitriser les maladies des plantes (Blé, mildiou de la vigne, tavelure du pommier...) « A l'avenir, un produit sur trois utilisés par les producteurs aura un profil d'innocuité très favorable », estime Emmanuel Pajot, alors que les champignons sont responsables de 80% des maladies connues à ce jour chez les plantes cultivées. Ce qui entraînent des pertes de production d'environ 15% à l'échelle mondiale.

 Réflexion à propos d'un outil industriel

 L'enjeu, c'est de continuer à avoir des rendements en protégeant les plantes et de réduire la dépendance de l'agriculture aux fongicides de synthèse, dont le marché est évalué à 13 milliards d'euros dans le monde. « L'agriculture va se complexifier et le métier des agriculteurs va se jouer sur les nouvelles technologies, les nouveaux produits avec des modes d'actions originaux, à base de produits naturels avec une faible innocuité. Notre objectif est de participer activement au changement d'un modèle agricole. Celui-ci doit aujourd'hui réduire son impact écologique, assurer la rentabilité des entreprises et la sécurité des utilisateurs et garantir la santé des consommateurs », observe-t-il.

Pour Green Impulse, l'ambition est de prendre pied sur le marché américain dès 2026 où les procédures peuvent être accélérées et deux ans plus tard en Europe. A l'horizon 2030, Green Impulse pourrait employer 30 à 50 personnes contre 10 aujourd'hui et réaliser un chiffre d'affaires supérieur à 10 millions d'euros. D'ici là, l'entreprise devrait avoir répondu à une autre de ses interrogations du moment : A savoir, la création ou non d'un outil industriel en propre... « Plusieurs scénarios sont en cours », assurent Emmanuel Pajot et Alexandre Olivaud, pdg de Green Impulse. Un projet qui n'échappera sans doute pas à une nouvelle levée de fonds.

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