Nantes, cité phare du collaboratif

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Formation, solidarité, emploi, gestion de l'énergie, des déchets, des transports, partage de données... Nantes se numérise à grands pas et expérimente à tour de bras.
Formation, solidarité, emploi, gestion de l'énergie, des déchets, des transports, partage de données... Nantes se numérise à grands pas et expérimente à tour de bras. (Crédits : Décideurs en région)
Avec la réhabilitation de l'Île de Nantes, la métropole dispose d'un champ d'expérimentation unique en France pour élaborer de nouveaux modèles urbains. L'enjeu : impliquer tous les Nantais dans la transition numérique pour devenir une vraie ville intelligente.

Entre la création d'un coffre-fort numérique pour héberger les papiers d'identité des SDF et la mise en place d'un « Voyage à Nantes » numérique, la métropole nantaise se dessine les atours d'une vraie smart city. Les édiles locaux préfèrent parler de ville intelligente... à la nantaise, différente des concepts élaborés par Barcelone, Berlin ou Masdar, aux Émirats Arabes Unis. « Pour moi, c'est la mise en oeuvre de nouveaux modèles urbains pour faciliter la vie des habitants, et où l'interconnexion sert le lien social », résume Johanna Rolland, présidente de Nantes Métropole et maire de Nantes. Pour elle, c'est l'un des enjeux du mandat.

Après avoir passé au crible 50 villes françaises, le cabinet M2Ocity accorde à la cité des ducs de Bretagne, une honorable troisième place, derrière Lyon et Lille. « Auréolée du label Écocité, la capitale verte de l'Europe 2013 s'impose parmi les villes durables, avec la construction de quatre écoquartiers, la mise en oeuvre de processus participatifs citoyens, le projet de territoire 'Ma ville Demain', l'atelier climat, l'accueil du sommet mondial Ecocity, le réaménagement de l'Île-de-Nantes, etc. », rappelle l'étude publiée en 2013. Sur un territoire labouré de longue date par Jean-Marc Ayrault, l'héritière de la sixième agglomération française imprime progressivement sa marque.

« On a vraiment adopté une logique transversale avec un profil équipe/projet associant trois ou quatre adjoints en maintenant l'utilisateur au cœur du système, explique Francky Trichet, adjoint au numérique et à l'innovation. On veut vraiment une ville fabriquée par tous; les citoyens, le privé, le public en adoptant de nouveaux modes coopératifs et collaboratifs pour mieux vivre ensemble. On est en mode innovation. C'est ça notre vision de la smart city. Une ville intelligente, de gauche, dans laquelle on peut avoir tout le prisme de la ville facile, sobre, durable, engagé, citoyenne et créatrice d'emplois... Et le numérique, c'est le catalyseur qui se met au service de cette ambition », dit-il affinant un plan d'actions qui devrait être déroulé début 2015. « Pas un catalogue, ajuste Johanna Rolland, mais des projets dont la mise en perspective montrera en quoi ces actions participent à faire de Nantes un territoire innovant et connecté au service de tous. »

Initiée avec le débat sur la Loire, la démarche de la métropole devrait s'enrichir d'une application réunissant l'ensemble des microservices (horaires de bus, des piscines, menus des cantines, places de parking disponibles, alerte météo, etc.) déployés sur l'agglomération.

"Un plan pour les 3 à 83 ans"

« La plateforme a aussi pour ambition d'accélérer la captation d'opinions dans les îlots, les quartiers, la ville... et de donner la parole à ce que j'appelle les "voix invisibles". Ceux qui n'expriment pas ou peu leur avis et qui pourtant ont des choses à dire », explique l'adjoint au numérique.

Associant les données ouvertes et les applis développées par des start-up nantaises, l'agrégation et l'interopérabilité des services, seront portés par Orange. Que ce soit en termes de progrès social, de formation ou de solidarité, il s'agit d'évangéliser le plus grand nombre aux enjeux de la transition numérique. «Je travaille sur un plan pour les 3 à 83 ans», explique Francky Trichet. À l'instar de l'association Stéréolux qui, ces jours-ci, proposait des ateliers d'éveil au numérique pour les enfants à partir de trois mois !

«L'enjeu pour les métropoles, c'est d'aller bousculer l'éducation nationale. Montrer que l'on est capable de faire de la littératie numérique au plus tôt en s'appuyant sur des associations et des dispositifs innovants. Pour les très jeunes mais aussi pour les anciens.»

C'est le cas à travers l'association Mediagraph dont la sensibilisation intergénérationnelle aux nouvelles technologies attire un public nombreux désireux de comprendre pourquoi les jeunes passent autant de temps sur Candy Crush, le dimanche midi !

L'île de Nantes, "formidable terrain de jeux"

Inspirée par l'École 42 fondée par Xavier Niel pour débusquer de jeunes talents en informatique, la métropole nantaise va expérimenter avec l'association nationale Simplon une école de la deuxième chance pour former des informaticiens dans les quartiers. «On a aujourd'hui un millier d'emplois non pourvus dans le numérique. Nous voulons offrir une alternative aux traditionnelles voies de garage. On va former des gens qui seront capables de s'auto-former. On va leur donner envie d'aller plus loin. Et deviendront des développeurs», s'enflamme Francky Trichet. Une centaine de jeunes pourraient ainsi être formés chaque année. «C'est un dispositif de formation un peu différent qui contribue à faire de Nantes une ville intelligente», estime-t-il.

Formation, solidarité, emploi, gestion de l'énergie, des déchets, des transports, partage de données... Nantes se numérise à grands pas et expérimente à tour de bras. Ici, où une cinquantaine d'entreprises est impliquée dans un programme d'évaluation de leurs dépenses énergétiques (Ecoza), là, en implantant prochainement sur l'Île-de-Nantes, trois mille compteurs EDF intelligents Linky. « Chaque ville est plus ou moins intelligente. La difficulté est de tenir compte de l'existant et des problèmes d'acceptabilité. Une dimension à ne pas négliger », remarque Gérard le Bihan, directeur général du pôle Images et réseaux, très impliqué dans l'émergence des smart cities dans l'Ouest. « Or, le partage des données va devenir essentiel. Pour cela, la présence d'intégrateurs de dimension nationale comme Bouygues, GDF Suez, Vinci, Schneider Electric... qui font actuellement défaut à Nantes, est essentielle », dit-il. Avec l'Île-de-Nantes, en revanche, la métropole dispose d'un terrain de jeu immédiat qui n'existe pas ailleurs en France et où tout est à faire. « Un vrai atout pour déployer des innovations là où les gens vivent et travaillent. À l'image du transfert du CHU qui participe à l'élaboration de l'hôpital du futur », observe-t-il.

Croiser davantage les filières

« Il y a un vrai chantier autour des technologies de l'information et de la communication et la naissance d'une vraie communauté du numérique », constate lui aussi Stéphane Cassereau, directeur général de l'IRT Jules Verne qui concentre un certain nombre d'industriels (Airbus, DCNS...) autour du projet d'usine du futur, des nouveaux matériaux et systèmes de production innovants. Mais les ponts entre l'industrie traditionnelle et les start-up ont encore du mal à se faire. D'où la volonté de la technopole Atlanpole de promouvoir le croisement des filières.

« La connexion entre les grandes filières industrielles et de petites entreprises très éclatées est difficile », reconnaît le patron de l'IRT Jules Verne, associé à la candidature nantaise pour la FrenchTech. À elle seule, elle illustre la dynamique de l'écosystème nantais. À la tête du réseau Entreprendre Atlantique, Cyrille Corlay en convient. «Depuis trois ans, un tiers de la trentaine de projets de PME-PMI que nous suivons chaque année, est innovant ou connecté», observe-t-il, reconnaissant un paysage fiscal et d'aides publiques favorables aux entreprises innovantes et une présence insuffisante, à ses yeux, des fonds d'investissement.

Pour attirer des talents, l'équipe métropolitaine voudrait élaborer un « Voyage à Nantes » numérique, calqué sur le modèle de l'opération touristico-culturelle menée depuis trois ans par Jean Blaise. « Parce que nous sommes capables d'accueillir des délégations étrangères... et de leur mettre une petite claque !.. »,s'amuse l'adjoint au numérique et à l'innovation.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2014 à 16:34 :
"désireux de comprendre pourquoi les jeunes passent autant de temps sur Candy Crush"

Une société qui cherche bêtement à comprendre les jeunes quoi qu'ils fassent, plutot que de les éduquer... C'est ca mettons les sur internet des l'age de 3ans et ensuite cherchons à comprendre leur comportements bizarres à 20ans.. ! Société connectée ... déconnectée du réel, .. Je veux surtout pas que mes enfants passent leur journée d'école sur des tablettes numériques a surfer sur zap de spion candycrush ou youporn, ce qu'ils feront de toute facon après l'école.. Tachons de préserver un minimum de cerveau de nos enfants, une petite partie, de la "révolution numérique", ce grand bond "en avant" technologique, la dicktatur du prolétariat électronique..
Allons y pleinement, puisque l'histoire nous a bien montré qu'il était inoffensif de se lancer aveuglément à corps perdu dans l'inconnu des nouvelles technologies, charbon, nucléaire, amiante, mediator, plastiques, pesticides, nitrates, métaux lourds, chimie etc.
a écrit le 20/11/2014 à 17:40 :
Nantais, je me suis lancé sur cet article.

Ca fait bien 4 à 5 articles que je lis sur latribune.fr sur le concept de smart city. Et bien j'ai toujours pas compris à quoi ça correspondait concrètement... à part un label.... (par contre j'ai bien compris que GDF Suez, IBM, EDF, Vinci, Microsoft... et toute la clic était dans la boucle..........)

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