Avec ses start-up et PME innovantes, Toulouse lance sa stratégie pour la ville connectée

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Le pont Saint-Pierre enjambant la Garonne et, en arrière-plan, le dôme de la chapelle Saint-Joseph de la Grave.
Le pont Saint-Pierre enjambant la Garonne et, en arrière-plan, le dôme de la chapelle Saint-Joseph de la Grave. (Crédits : DR)
Mobilité, énergie, réseaux, e-services, économie des services aux seniors : la métropole toulousaine lance officiellement sa stratégie smart city. Ou comment le numérique peut améliorer la vie des citoyens. Une démarche qui prendra directement en compte les initiatives innovantes des start-up et PME locales et qui s'appuiera sur la quarantaine d'expérimentations déjà menée dans le territoire.

En amorçant une démarche globale en matière de smart city, Toulouse entend rattraper l'avance prise depuis quelques années par d'autres grandes métropoles françaises, comme le Grand Lyon, Nice Côte-d'Azur, la Communauté urbaine de Bordeaux et même Grenoble, Montpellier et La Rochelle. Sans compter le Grand Paris, qui déploie actuellement une stratégie ambitieuse en la matière.

Pour Toulouse et sa métropole, l'objectif est double. Il s'agit à la fois de s'offrir une visibilité plus forte à l'échelle nationale et internationale, et d'apporter aux habitants de nouveaux services.

La collectivité va ainsi lancer au début de 2015 un plan d'action visant à « faire remonter les besoins exprimés par nos services et ceux des citoyens », explique Caroline Lapelerie, directrice Recherche, innovation et filières à Toulouse Métropole. Mais la ville intelligente - qui, grâce au numérique, devrait être « plus facile à vivre, plus collaborative et moins chère », selon Jean-Luc Moudenc, maire UMP de Toulouse et président de Toulouse Métropole - s'appuiera également sur la quarantaine d'expérimentations menée récemment dans le territoire toulousain.

Ces expérimentations permettent à des PME, des start-up et des laboratoires de recherche de Midi-Pyrénées, en collaboration avec des acteurs nationaux, de tester en conditions réelles leurs prototypes ou leurs services innovants.

C'est notamment le cas de l'initiative SoGrid, portée par un consortium de dix partenaires réunis autour d'ERDF, du Laas-CNRS Toulouse, de Capgemini et de STMicroelectronics. Dans un test grandeur nature prévu pour 2015, un millier de foyers toulousains pourront expérimenter un nouveau réseau électrique intelligent. Un projet qui mobilise un budget global de 27 millions d'euros.

Des bornes de charge innovantes

Autre initiative, cette fois-ci dans le domaine des transports : le projet Électromobilité.

Un partenariat que Toulouse Métropole a conduit notamment avec EDF-ERDF, Sodetrel, Citiz et une entreprise régionale, le Groupe Cahors. « Nous avons mené une expérimentation durant plus d'un an, explique Caroline Lapelerie. Nous avons déployé sept bornes de charge de véhicules électriques, dont trois proposant une charge rapide innovante permettant d'effectuer une charge complète en trente minutes, contre six à huit heures habituellement, et ce, sans impacter le réseau ». Ce projet a d'ores et déjà permis au Groupe Cahors de lancer l'industrialisation et la commercialisation de ses solutions.

Des succès... et des échecs

Applications mobiles pour les musées ou les transports en commun, optimisation énergétique des bâtiments, compteurs électriques communicants, services de paiement sans contact pour les piscines municipales... : les domaines concernés par les expérimentations de terrain sont multiples. Ainsi, le projet Binaur, mené avec la PME toulousaine Navocap, mais aussi Rockwell Collins France, Eurisco, Medes et le Laas-CNRS, a permis de développer un système d'aide au déplacement des malvoyants en milieu urbain, désormais déployé par la société Angeo. Côté culture, le projet TONICité, développé à la Cité de l'Espace, a amené les sociétés toulousaines Pole Star et Ergospace, à imaginer des guides électroniques multimédias permettant une visite plus interactive. Certaines expérimentations, n'ont cependant pas rencontré le succès escompté, à l'image du trottoir producteur d'énergie, Trotelec.

Les start-up au centre du dispositif

Si elle ne ferme pas la porte aux grands acteurs présents sur le marché de la smart city, la métropole toulousaine mise sur son écosystème local, et notamment sur les start-up. « Les petits peuvent faire aussi bien que les grands », estime Bertrand Serp, vice-président de Toulouse Métropole en charge de l'Économie numérique, et par ailleurs président de l'association Open Data France. Pour l'élu, « les grands groupes peuvent agir en complémentarité avec des start-up ». Un avis partagé par Maud Franca, directrice adjointe Économie numérique-Mission programme investissements d'avenir à la Caisse des dépôts, et membre de la cellule nationale French Tech. « S'associer à un grand groupe peut être très bénéfique pour les jeunes pousses, estime-t-elle.

Mais elles peuvent aussi répondre à des sous-marchés dans le cadre d'appels à projets, ou directement à des appels à projets qui leur seraient spécifiquement dédiés ». Toulouse Métropole souhaite accompagner chaque année au moins dix expérimentations associant de jeunes pousses locales.

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>>> FOCUS CES START-UP TOULOUSAINES QUI MISENT SUR LA SMART CITY

  • WATTLET, LES CÂBLES INTELLIGENTS POUR LE BÂTIMENT

« Nous mettons de l'intelligence dans les câbles électriques », se félicite Luc Wathelet, fondateur de la jeune société Wattlet, implantée à Auterive, en Haute-Garonne.

L'entreprise, créée en 2011, a développé le Wattcub un système innovant, qui permet à de simples interrupteurs de communiquer avec l'ensemble des objets connectés de l'habitat, mais aussi des bâtiments tertiaires et des unités de production industrielle, dans un souci d'économie d'énergie.

« Le marché de la domotique n'est pas encore mature, constate Luc Wathelet. Car les prix des équipements sont souvent trop élevés. Et d'autre part, la communication au sein de l'habitat doit passer par des technologies les plus standard possible ».

  • COOVIA, LA MOBILITÉ MULTIMODALE

Fondée en 2012 par David Larcher, un ancien salarié d'Airbus, la start-up Coovia, située à Sainte-Foy-de-Peyrolières, en Haute-Garonne, développe une solution innovante de transport urbain multimodal.

« Nous prenons pour base que le covoiturage peut être considéré comme un transport en commun à part entière, explique le jeune dirigeant. Nous souhaitons ainsi transformer les places vides des automobiles de la métropole toulousaine... en bus ! L'idée est de combiner de façon fine et en temps réel les véhicules privés et publics, en proposant des trajets multimodaux, débutant par exemple en métro pour se poursuivre en covoiturage et se terminer en bus. »

Coovia, qui devrait atteindre les 10.000 inscrits à la fin de l'année, voit dans Toulouse un « laboratoire ».

  • TELEGRAFIK, LES CAPTEURS POUR LES SENIORS À DOMICILE

La start-up toulousaine Telegrafik a été fondée fin 2013 par Carole Zisa-Garat, qui, après avoir occupé durant dix ans des postes d'encadrement et de direction au sein du groupe Renault, a décidé de se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. La jeune société débute actuellement la commercialisation d'Otono-me, son système d'alerte et de monitoring destiné aux personnes fragilisées à domicile.

« Nous répondons aux problèmes des médaillons que portent certaines personnes âgées et qui ne fonctionnent que dans 20% à 30% des cas, parce qu'ils ne sont pas portés ou parce qu'en cas de chute, les utilisateurs ne parviennent pas à les atteindre ». Avec son système basé sur des capteurs posés au domicile des seniors, la start-up mise sur un chiffre d'affaires de 200K€ en 2015.

  • SIGFOX, LA RÉVOLUTION BAS DÉBIT POUR LES OBJETS CONNECTÉS

« Dans cinq ans, cette boîte peut être plus grosse qu'Airbus ! », s'enthousiasme Ludovic Le Moan, président de la société Sigfox, basée à Labège, en Haute-Garonne.

Et si l'homme affiche de telles ambitions, c'est parce que son entreprise, premier opérateur de réseau cellulaire bas débit destiné aux objets connectés, vise « un marché au potentiel gigantesque ». Actuellement en phase de déploiement mondial de sa technologie, la société compte depuis avril dernier une recrue de choix. Anne Lauvergeon, ancienne présidente d'Areva, en a en effet pris la tête aux côtés de Ludovic Le Moan. Un duo complémentaire : « Je gère l'opérationnel, elle gère le board », résume-t-il.

Sigfox devrait lever « au moins 50 M€ » au début de 2015 et entrer au Nasdaq en 2016.

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Commentaires
a écrit le 16/12/2014 à 13:35 :
TRES BIEN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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