Pourquoi la famille Pinault mise sur le business de l’immortalité

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Le siège d'Immunobank, créée par des Français, se situe aux Pays-Bas où, contrairement à la France, ce service est autorisé.
Le siège d'Immunobank, créée par des Français, se situe aux Pays-Bas où, contrairement à la France, ce service est autorisé. (Crédits : Reuters)
Le groupe Artémis, détenant la fortune de la famille Pinault, est actionnaire d’Immunobank, une société créée par des Français mais implantée aux Pays-Bas. Pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, Immunobank propose à ses clients de congeler leurs cellules immunitaires pour un éventuel usage à l’avenir.

Régénérer ses cellules, résister au cancer voire en guérir grâce à ses propres défenses immunitaires conservées dans la glace pendant des décennies… à condition d'en payer le prix. Rien à voir avec un cauchemar de cinéma du type Elysium, la contre-utopie du Sud-africain Neill Blomkamp où les plus riches humains accèdent à l'immortalité sur une planète artificielle pendant que les autres tentent de survivre sur terre dans un environnement asphyxié par la pollution… Il s'agit au contraire d'un projet bien réel, porté par des investisseurs apparemment très sérieux.

Une "bio-assurance"

Depuis janvier 2014, Immunobank a commencé à cryogéniser des poches de cellules immunitaires appartenant à des clients sains. L'objectif ? Mettre de côté ces cellules pour une réinjection "au cas où" un cancer se déclencherait. Avec un présupposé somme toute logique : les défenses immunitaires de sujets jeunes seraient bien plus efficaces pour lutter contre les effets secondaires de thérapies anti-cancer qui affaiblissent l'organisme. Le Dr François Fish, le PDG de l'entreprise explique:

" C'est une bio-assurance. Stocker vos cellules maintenant vous permet d'être ouvert à toute possibilité dans l'avenir."

Le professeur René Van Lier, chef du département de recherches au sein de Sanquin, l'établissement néerlandais du sang où sont conservées ces cellules, opine :

"Cela permettra d'apporter une meilleure qualité de vie à tous les gens, de plus en plus nombreux, qui ont un cancer."

Pinault et Descroix-Vernier misent dessus

En clair, le procédé offrirait l'espoir de prolonger la vie de ceux qui sont atteints de maladies très graves. Un projet qui, pour l'heure, ne repose que sur des recherches expérimentales mais qui a visiblement su convaincre des partenaires de taille.  Via la holding Artémis, la famille de François Pinault, l'une des premières fortunes mondiales grâce à PPR (aujourd'hui Kering), détient ainsi 21% de la start-up créée en 2011.

Cette année-là, la jeune entreprise a par ailleurs levé des fonds via la société d'investissement Arkeon finances, dans le cadre d'une souscription réservée à des investisseurs intéressés par la réduction sur l'impôt sur le revenu ou l'ISF dans le cadre de la loi Tepa qui avait été votée par la précédente majorité. Une nouvelle souscription du même type a été lancée l'année suivante. En tout, Immunobank a ainsi levé 2 millions d'euros, selon son PDG.

"Un projet qui tient la route"

Parmi ses propriétaires, Immunobank compte également Jean-Baptiste Descroix-Vernier, l'excentrique fondateur de Rentabiliweb, l'entreprise de monétisation de sites internet qui compte… Kering (ex-PPR), l'entreprise dirigée par François-Henri Pinault parmi ses actionnaires.  A propos de ces investisseurs, le patron d'Immunobank se félicite : ils "ont étudié le projet, ont rencontré les scientifiques, et ont dit : 'voilà un projet qui tient la route' ".

Pour tenter d'apporter de la crédibilité à son activité, Immunobank s'appuie également sur des cautions scientifiques. La jeune entreprise se targue ainsi d'avoir été créée sous le patronage de Luc Montagnier, le prix Nobel de Médecine célèbre pour ses recherches sur le Sida, qui n'est désormais plus que "consultant". Elle compte en outre plusieurs chercheurs de l'Inserm parmi les membres de son comité scientifique.

43.000 euros sans le Thalys

Il faut au moins cela pour persuader ses clients de débourser jusqu'à 43.000 euros pour le bilan immunologique, le prélèvement de 400 ml de sang, la préparation des poches contenant en tout 4 milliards de cellules (lymphocytes) et leur conservation pendant 10 ans (renouvelables) par -190 degrés aux Pays-Bas. Un tarif "négociable" pour ceux qui viendraient en famille. Bien sûr, cela ne comprend pas le coût du voyage pour se rendre sur place.

D'ailleurs, pour Immunobank, si tout se passe aux Pays-Bas, ce n'est pas parce que l'un de ses actionnaires, Jean-Baptiste Descroix-Vernier vit sur une péniche à Amsterdam. Mais bien parce qu'en France, la conservation de "produits du corps humain" à des fins autologues (pour soi-même) est tout simplement interdite.

Pas de conservation "au cas où" en France

Emmanuelle Prada-Bordenave, directrice de l'Agence de la biomédecine française, rappelle :

"En France, on ne doit pas conserver 'au cas où'. Des cellules ne peuvent être conservées que dans le cas de prise en charge de pathologies très graves."

Seule une prescription médicale reposant sur un protocole précis peut conduire à autoriser la conservation de cellules. La plupart du temps, elles doivent d'ailleurs servir à soigner quelqu'un d'autre. Pour se faire une idée dans ce cas, le prélèvement d'une poche de cellules souches par exemple, coûte 56 euros et sa conservation 80 euros par an, sans compter la rémunération du personnel ni les différents frais générés par l'activité des laboratoires de très haut niveau qui les accueillent. 

Bientôt à Dubaï

Pourtant, le coût global de la conservation de cellules, François Fish, le PDG d'Immunobank, affirme pouvoir le faire baisser "de telle manière que beaucoup plus de personnes pourront y accéder". "Ceux qui achètent la mise en banque de leurs cellules savent qu'ils paient un montant pour la recherche, pour faire diminuer les coûts pour les autres", argue-t-il. En attendant, il réfléchit à l'installation d'une "plateforme" au Moyen-Orient, histoire d'aller titiller la fibre hypocondriaque des riches dubaïotes.

Un système aux antipodes des principes français reposant sur l'universalité des soins, où "ce qui est bon pour l'un doit pouvoir être accessible à l'autre", encore réaffirmés dans le troisième plan cancer annoncé par François Hollande le 4 février. "Nous ne sommes pas dans un système où on met de côté pour soi, vous retrouvez cette différence dans le système de retraite", souligne à cet égard Emmanuelle Prada-Bordenave qui omet cependant l'atténuation de cette différence. 

"C'est de la science fiction"

Surtout, l'efficacité réelle de ce service peut-être mise en doute. Pour le professeur Ibrahim Yakoub-Agha, responsable des greffes de moelle osseuse au CHU de Lille:

"Dans l'absolu, c'est séduisant. Mais en 2014, congeler des lymphocytes pour les réutiliser plus tard, c'est de la science fiction."

Certes, des vaccins ont été mis au point qui utilisent des cellules immunitaires autologues pour traiter certaines maladies. C'est le cas par exemple dans le cadre d'un traitement du cancer de la prostate ou bien pour la leucémie lymphoblastique aiguë. Mais cela concerne "moins d'une personne sur un million", pointe le membre du laboratoire d'immunologie de l'université lilloise. D'après le chercheur, si les recherches avancent effectivement très rapidement, il est encore impossible de déterminer quelles cellules entrent précisément en action dans le déclenchement des cancers et, surtout, dans quelle mesure le fonctionnement conjoint de cellules différentes entre en ligne de compte. Autrement dit, tenter de séparer le bon grain de l'ivraie, comme le promet Immunobank reviendrait à tâtonner à l'aveugle. 

Sur le fonds, le cancérologue regrette que "l'on transforme des patients sains en malades". Dans sa plaquette, Immunobank écrit par exemple que ses "médecins recommandent un 'bilan immunitaire' effectué à intervalle régulier". Pour Ibrahim Yakoub-Agha, le message sous-entendu est le suivant: "vous allez développer un cancer, il reste juste à savoir quand". Cela revient à vivre "en permanence avec un couperet sur la tête, alors qu'il y a plus de risques de mourir d'un accident de la route que d'un cancer".

Abandonner ses cellules? 

Le chercheur formule une autre objection, sur le plan financier: "si vous avez dépensé autant d'argent pour déposer vos cellules, vous n'allez pas les abandonner au bout de dix ans". Or, pour renouveler le contrat, le tarif est une fois de plus "à négocier", a indiqué le patron d'Immunobank. La facture risque donc de grimper...

 En outre, conserver ses cellules pour plus tard serait d'autant plus hasardeux qu'entre le moment de leur cryogénisation et une éventuelle découverte d'application concrète, les conditions d'hygiène ou les procédés utilisés pourront avoir évolué, souligne la patronne de l'Agence de biomédecine. Outre-Atlantique, par exemple, où la conservation de sang de cordon ombilical est autorisée, des familles se sont vues refuser leur utilisation pour ces mêmes raisons.

Le PDG d'Immunobank prétend bien sûr avoir pris toutes les précautions : assurance, normes de sécurité drastiques, et même clause spéciale en cas de décès, les clients ayant le choix entre faire détruire leurs cellules ou bien en faire don à la science.

"Vous pouvez tout conserver, il suffit de payer"

Plus largement, ce service soulève une question éthique posée avec de plus en plus d'acuité par la multiplication des services de conservation de cellules diverses et variées dans le monde. Emmanuelle Prada-Bordenave, la directrice de l'Agence de biomédecine, note à cet égard que "sur internet, on trouve beaucoup de charlatanisme. Vous pouvez tout conserver, il suffit de payer : des bulbes capillaires, du sang menstruel, des prépuces…" Des produits du corps humain où se trouveraient plus facilement qu'ailleurs des cellules "reprogrammables" permettant de réparer des tissus.

"Accoucher d'un cauchemar"

Ibrahim Yakoub-Agha partage le même avis à propos de la conservation de sang de cordon ombilical qui contient des cellules souches proposé à des femmes dans certains pays. Non seulement "vous accouchez d'un cauchemar", puisque vous prévoyez déjà la maladie de votre enfant, s'insurge-t-il, mais en plus "ces cellules sont inutilisables". 

Ces cellules souches reprogrammables, représentent un tout autre champ de recherche sur lequel Immunobank ne se dit pas encore prêt à se lancer. L'entreprise compte d'abord sur le bouche-à-oreille pour convaincre quelque 400 personnes n'ayant souffert d'aucune maladie grave d'aller déposer leurs cellules à Amsterdam et ainsi "parvenir à l'équilibre" avant la fin de l'année. Avant un lancement sur le marché libre l'année suivante. Un pari bien réel reposant sur un espoir encore lointain.

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Commentaires
a écrit le 29/08/2015 à 13:36 :
Alors que son oncle est mourant, Warren Flamel se voit confier la lourde tâche de détruire son oeuvre : la pierre philosophale. Mais les forces de l’ombre feront tout pour s’en emparer.
J’ai découvert cette Web série en flânant un peu sur Allociné et le preview de l’épisode 2 m’a interpelé, juste une photo avec écrit dessus épisode 2 en gros et une fille avec une baguette magique. J’ai cliqué et la magie à opérer. 2 épisodes sont déja disponibles sur Youtube ( lien en fin d’article), le premier faisant office plutot de prologue et un deuxième plus développé.
www.immortalite.fr
a écrit le 22/02/2014 à 16:01 :
J'espère pour la planète et aussi pour nous pauvre mortel que l'on arrivera pas a créer l'immortalité... La planète ne s'en remettrait plus.
Réponse de le 22/05/2014 à 1:35 :
En cas d'immortalité, l'Univers est grand, le nombre de planètes quasi infini.
a écrit le 20/02/2014 à 17:01 :
Et , à tout hasard , existerait-il une cellule-souche stressable , ou , à défaut une potion , un breuvage qui pourrait ...il ne s'agira certes que d'une tentative , mais , l'ENJEU est tellement important...!! Oui , juste faire se développer 1 neurone...soyons fous , allez...2 , 2 neurones dans le cerveau des hommes et femmes politiques de tous bords et de tout acabit... Je sens que cela va marcher...cela va être comme une Renaissance du Monde...S'il vous plait , Monsieur Le Professeur...!!!
a écrit le 15/02/2014 à 9:46 :
le français gregory courtine fait repousser le nerf sectionné avec un coktail d'enzymes et de la rééducation donc il stresse les cellules souches. Ce sera bientôt pareil pour les cancers. La reimplantation des cellules souches est has been chez les Americains. Suffit de stresser directement sur le corps les cellules souches et voilà
a écrit le 12/02/2014 à 18:39 :
Peu me chaud que des riches idiots filent leur fric à des charlatans en échange de la vie éternelle, puisque ce serait la rançon de leur bétise mais il faut anticiper que des personnes modestes pourraient se mettre dans des situations financières impossibles pour les mêmes raisons, et c'est du domaine de la loi que d'empêcher ce genre d'escroquerie, car s'en est une.
a écrit le 12/02/2014 à 18:21 :
Ça va être long pour un condamné à perpétuité !
a écrit le 12/02/2014 à 18:19 :
Pinault rêve devenir "mortellement " riche ?????loooooooooool
a écrit le 12/02/2014 à 18:11 :
Pourquoi Sarkozy, Hollande, Ségolène, Marine,Laurent misent l’immortalité etc... la liste longue!
a écrit le 12/02/2014 à 15:38 :
A partir de mardi la majorité silencieuse monte sur paris ! pour redonner le pouvoir au peuple ! appel á bloquer á partir de mardi soir toutes les prefectures et sous prefectures
faites circulez !
faites circulez !
Réponse de le 12/02/2014 à 18:13 :
Est ce apolitique ?????

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