Nicolas Bricas (Cirad) : "Le plaisir de manger, c’est le plaisir du partage"
Romain Charbonnier
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ACTEURS DE L'ECONOMIE-LA TRIBUNE. Bien-être et santé semblent devenus indissociables de l'alimentation. Ce qui laisse penser que le plaisir de se nourrir a disparu. En France, ces dernières années, cette notion a-t-elle été vidée de son sens ?
NICOLAS BRICAS. J'observe un décalage entre la médiatisation de certaines positions très arrêtées concernant l'alimentation (véganisme par exemple) et la réalité de ce que les gens mangent vraiment. Certes, mieux s'alimenter correspond à une préoccupation nouvelle des mangeurs, mais ces questions de santé ne remplaceront pas l'importance du repas, du partage, du lien social et donc du plaisir qu'il procure. Cette notion existera toujours.
Construite avec le temps, elle évolue vers de nouvelles pratiques, mais son sens n'a fondamentalement pas changé. Enfin, le plaisir ne se résume pas au gras et au sucré. Au contraire, longtemps la cuisine française a fourni une alimentation saine avant que l'industrie n'intègre le gras et le sucré dans ses préparations, créant alors l'addiction à des produits de plus ou moins bonne qualité.
Comment définiriez-vous le plaisir du bien-manger à la française ?
Il ne s'agit pas seulement du plaisir gustatif, mais du plaisir du partage. Dans une étude comparative entre des populations américaines et françaises, des chercheurs ont montré que se nourrir, pour les premiers, signifiait manger équilibré, relevant d'un besoin biologique. Pour les seconds, c'était faire une « bonne bouffe » entre copains, en famille. Culturellement, les rapports à la nourriture sont différents entre les peuples ; pour nous, le repas comporte cette dimension sociale en plus, indélébile.
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Les Français aiment manger et sont de plus en plus attentifs à leur alimentation. Sont-ils devenus plus méfiants à l'égard de certaines pratiques et de certains produits ?
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Il y a 10 000 ans, on craignait déjà ce que l'on mangeait. Le processus de distanciation tant géographique, économique, cognitive que politique entre les mangeurs et leur alimentation, construit avec l'urbanisation, l'industrialisation et la mondialisation, provoque une forme d'anxiété encore plus forte du mangeur. Nous aimons manger mais nous sommes inquiets de ce que nous mangeons, car nous n'avons pas de prise dessus.
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