Alors que les plus anciens réacteurs nucléaires du parc français sont peu à peu en train de passer leur 4e visite décennale, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) lyonnaise dresse d’ores et déjà plusieurs enjeux de la possible prochaine étape : passer de 50 à 60 ans d’exploitation.La décision n'est pas encore prise, mais politiquement le sujet a fait son chemin : l'État et EDF entendent bien poursuivre l'exploitation des réacteurs nucléaires français jusqu'à 60 ans. La plupart conçus pour une durée de vie de 40 ans, aujourd'hui en train d'être prolongée jusqu'à 50 ans, ces réacteurs font l'objet de visites décennales consistant à faire le bilan global des installations et à réaliser les travaux nécessaires, afin d'être réautorisés pour une durée de 10 ans.
Alors que le 4e examen est en ce moment en cours pour les réacteurs de 900 mégawatts (MW) - les plus anciens - et qu'elle débute pour la génération suivante des 1.300 MW, EDF et les autorités travaillent déjà sur la prochaine étape : le 5e réexamen périodique, aux 50 ans des réacteurs, qui pourrait débuter en 2030 à la centrale nucléaire de Bugey (Ain), la plus ancienne en activité.
Les tuyauteries et les cuves seront scrutées
Ce 5e réexamen marquerait une étape importante. « Il sera le lieu pour revoir la démarche de vérification de la conformité des installations, qui sera plutôt « au fil de l'eau », plutôt que d'attendre tous les dix ans », souligne Paul Duriat, chef de la division de Lyon de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), regroupant depuis le 1er janvier 2025 les ex-ASN et IRSN.
Alors que l'autorité administrative indépendante prendra position sur les conditions de ce réexamen fin 2026, des sujets sont déjà décelés afin d'aller jusqu'à 60 ans.
« Nous avons identifié, dans une décision de l'ASNR, des points de vigilances », soutient Richard Escoffier, adjoint au chef de division de Lyon, chef du pôle des réacteurs. « Il y a les "coudes E", qui sont de grandes pièces métalliques moulées d'à peu près 80 cm de diamètre. Le procédé de fabrication a pu conduire à des défauts pendant le refroidissement ». L'un se trouve au Tricastin, qui a terminé comme la centrale de Bugey son quatrième examen périodique, ce qui a permis de « défricher » des sujets par ailleurs utiles aux réexamens suivants.