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Stratégie - La Tribune AURAIndustrie - La Tribune AURA

La marque d'habillement de luxe Zilli, en solde ?

Marie-Annick Depagneux

Publié le 16 mars 2015 à 14:33 - Mis à jour le 26 août 2015 à 16:46

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Le fabricant de prêt-à-porter masculin de luxe Zilli a-t-il encore les moyens de rester indépendant ? A l'heure où la marque tournée vers l'export tente de surmonter la crise monétaire en Russie, son marché historique, Alain Schimel, son président souhaite couper court aux rumeurs et refuse d'évoquer un quelconque adossement. Mais il imposerait surtout l'omerta à l'ensemble de ses collaborateurs laissant planer le mystère autour de la santé financière de l'entreprise lyonnaise.

Où en est Zilli ? Difficile de répondre, tant est épaisse la loi du silence imposée par Alain Schimel, le président du fabricant lyonnais de prêt-à-porter masculin de luxe. Selon nos informations, les salariés auraient eu ordre de ne faire aucun commentaire à l'extérieur, au risque de se retrouver révoqués. Une menace brandie pour couper court aux rumeurs qui commencent à circuler sur la société. Des bruits alimentés au sein de la profession par un certain nombre de départs dans différents services, en particulier le congédiement du directeur général adjoint, Hugues Bartnig.

Une cadre, qui tient à garder l'anonymat, relate une séparation pour le moins expéditive :

« Il est entré dans le bureau d'Alain Schimel pour lui parler d'un dossier. Celui-ci lui a alors répondu : « Il vaudrait mieux que nous ne travaillions plus ensemble ». »

Hugues Bartnig, que nous avons contacté, a décliné notre demande d'entretien. « Lorsqu'on nous l'a présenté, se souvient notre interlocutrice, nous avons accueilli son arrivée avec un certain soulagement. »

Embauché en septembre 2013, le directeur général adjoint sera remercié au bout d'à peine dix mois. Était-il allé trop loin dans sa mission aux yeux de son employeur ? Voulait-il des explications sur certaines dépenses ?

« Nous avons mis fin à cette relation professionnelle, car nous ne nous entendions plus. Et il n'a pas été remplacé. », répond Laurent Schimel, directeur général et fils d'Alain Schimel.

Ce dernier a démarré l'aventure Zilli en achetant, en 1965, l'atelier d'un tailleur italien installé à Lyon, Teofilo Zilli. Il a appelé à ses côtés sa femme Roberta, puis ses trois enfants, Alexandra, Laurent et Michela, et leur conjoint. Tous travaillent dans la société. À l'instar de nombreux entrepreneurs de sa génération ayant bâti un petit empire, Alain Schimel, 72 ans, homme à la mise élégante et revendiquant une grande culture littéraire et artistique, règne en maître sur son entreprise (photo).

Une entreprise dont il a longtemps vanté la réussite auprès de la presse économique. En interne, « il avait l'habitude de réunir le personnel deux fois par an. Il nous disait :

« La maison va très bien. Nous allons encore augmenter le chiffre d'affaires de 20 à 25 %. Nous allons continuer d'ouvrir des boutiques. »

« Mais nous ne savions pas si c'était Zilli ou des partenaires qui investissaient. La croissance était alimentée par l'extension du réseau », se souvient une des ex-collaboratrices. « Pour lui, l'argent n'a pas d'odeur. Il va là où il y en a », appuie une autre ancienne responsable.

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Effondrement du rouble

Alain Schimel a été le premier dans son métier à partir à l'Est quand ses concurrents se tournaient plutôt vers l'Ouest. Et il s'en félicitait.

Cela remonte à 1991, peu après la chute du mur de Berlin. En 2005, la maison, dont le blouson en cuir à 9 000 euros est le produit phare, a même été sacrée « meilleure exportatrice » par le ministère délégué au Commerce extérieur. En 2012, la marque se glorifiait encore de tirer plus de la moitié de ses recettes de ses implantations dans l'ex-CEI (Communauté des États indépendants). Bien sûr, elle ne pouvait pas anticiper les événements de 2014 en Ukraine et dans les pays voisins.

Les exportations de l'Union européenne vers Moscou ont enregistré une chute de 10,5 % au premier trimestre 2014, soit une baisse de 28,7 à 25,6 milliards d'euros. Toutefois, il n'est pas possible d'imaginer que l'effondrement du rouble, aggravé par la chute vertigineuse du cours du pétrole, soit sans conséquence sur les ventes de Zilli en Russie.

La France est ainsi concernée puisque ses échanges commerciaux étaient en 2013 de l'ordre de 18,3 milliards d'euros, faisant de l'Hexagone son troisième partenaire européen. Et ce sont avant tout, les biens à haute valeur ajoutée qui pourraient être impactés par cette crise, notamment l'industrie du luxe.

« Cela ne se passe pas trop mal pour nous. Il y aura toujours une place pour une niche de marché comme la nôtre. Reste que nous sommes sortis de la dépendance de ce pays, qui n'aura représenté que 15 % de nos ventes l'an dernier », assure néanmoins Laurent Schimel.

Alors pourquoi l'entreprise a-t-elle précisément choisi 2014 pour changer la date de l'arrêt de ses comptes en l'avançant au 31 octobre ?

« Nous aurions dû le faire depuis longtemps, reconnaît Laurent Schimel. Nous sommes désormais plus en phase avec notre activité soumise à une saisonnalité. »

Ce changement a-t-il été imposé par des banques inquiètes ?

« Nos banquiers nous connaissent bien et il existe une vraie confiance mutuelle, balaye-t-il. Les dix premiers mois de 2014 sont conformes à 2013. La rentabilité est la même. »

En attendant la publication des chiffres, il faut se contenter du bilan consolidé 2013, disponible sur Société.com. Il affiche 96,94 millions d'euros de chiffre d'affaires (+ 15 %) et un bénéfice courant avant impôt de 8,54 millions d'euros.

Toujours plus loin

Positionnée sur le très haut de gamme, la marque ne peut vivre qu'en allant chercher ses clients à l'international. Elle exporte donc à plus de 90 % et son réseau de « 59 boutiques » à enseigne (et une présence dans 150 multimarques) continue de s'étoffer dans le monde, est-il précisé. Au Moyen-Orient, elle totalise neuf implantations, les plus récentes étant Riyad et Djeddah.

Pour diversifier ses zones de diffusion, Zilli est allée, il y a trois ans seulement, à la rencontre des Chinois fortunés. Un contrat de distribution exclusive avait alors été passé avec un partenaire local. Les relations se sont-elles tendues ? Les résultats commerciaux n'étaient-ils pas à la hauteur ?

Toujours est-il que « le territoire est aujourd'hui divisé en deux, avec un partenaire au Nord et un autre au Sud, concède le directeur général. Le magasin de Shanghai est le deuxième plus important après celui de Paris. » Et la première boutique de Pékin, ouverte en juillet 2012 au sein de la galerie de l'hôtel Peninsula Beijing « triple sa surface », insiste-t-il. En incluant Hong Kong et Macao, la marque est diffusée dans onze enseignes à sa griffe (selon le site internet de la société) et cette zone lui assurerait déjà entre « 10 et 12 % » de ses revenus.

Aux États-Unis, l'ouverture de la boutique de Miami - la troisième en propre, après New-York et Washington - est désormais annoncée pour le printemps 2015 au sein du Design District. La société lyonnaise consacre « plusieurs millions d'euros à ce point de vente. La Floride est une porte sur l'Amérique du Sud, le Mexique, le Brésil, le Panama ou encore le Costa Rica », énumère Laurent Schimel.

Des investissements réguliers, le dirigeant en évoque aussi au siège de Vaise, à Lyon, pour agrandir les ateliers, notamment de maroquinerie. Ici, où sont regroupés 180 des 350 salariés, sont montés à la main les vestes, manteaux et autres habits en peau, fourrure, cachemire ou vigogne (laine).

La PME recourt aussi au savoir-faire italien : elle possède son propre atelier de confection de chemises à Bologne, et de costumes dans la banlieue de Milan. Pour les chaussures, elle s'appuie sur un sous-traitant. Laurent Schimel dit vouloir renforcer encore la maîtrise en direct de la fabrication des produits, tous ornés du lingot Zilli, doré à l'or fin.

Endettement significatif

À l'unanimité, les professionnels du secteur reconnaissent à l'entreprise un vrai attachement à la qualité. Elle a gardé son âme artisanale et son amour originel pour les très belles matières : soie, cachemire, fourrures, peaux (agneau glacé, cerf, python..). Des matières d'exception qui doivent souvent être achetées par lots entiers, aux enchères.

C'est la seule façon pour Zilli de s'adjuger les peaux les plus rares et précieuses. Mais ces marchandises pèsent dans ses stocks et alourdissent le montant des actifs circulants, non destinés à rester durablement dans la société : 76,84 millions d'euros de stocks, créances clients et autres figurent au bilan consolidé 2014.

L'endettement est significatif : 80 millions d'euros (dettes financières, dettes fournisseurs et autres dettes). En face, l'entreprise met en avant 50 millions d'euros de capitaux propre et la garantie que représente son patrimoine immobilier : les murs de ses boutiques à Paris, Cannes, Megève, Courchevel, Porto Cervo, Milan et Londres.

Elle loue celle de Lyon, rue Edouard Herriot, car Laurent Schimel certifie que s'offrir une vitrine commerciale entre Rhône et Saône, n'est plus du tout à l'ordre du jour après l'expérience malheureuse de la rue Grolée, à laquelle il a mis fin en mars 2012.

Ce joyau pourra-t-il rester indépendant ?

Familial, il le demeurera, certifie Laurent Schimel. Serait-il approché par de grands noms du luxe français qui s'intéressent de plus en plus à ce segment de marché du très haut de gamme masculin ? « Ni de près ni de loin, nous n'avons reçu de proposition en direct », affirme le directeur.

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Une réponse habilement formulée puisque, selon nos informations, un intermédiaire voulait établir un contact avec un groupe aux quatre initiales. Mais Alain Schimel semble sourd à tout adossement. Pour l'instant tout au moins.

Marie-Annick Depagneux

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